Source : ONUDC (2013) Dans une sous-région ouest-africaine vulnérable au terrorisme et sujette à une importante criminalité organisée, la lutte contre la prolifération d’armes à feu illicites représente un défi considérable.

Trafic illicites d’armes  : Le Burkina Faso touché

• Il a ravitaillé l’armée ivoirienne

• Elles alimentent les conflits et le terrorisme

• Tous les pays de l’Afrique de l’Ouest concernés

 

L’Afrique de l’Ouest est devenue la plaque tournante des réseaux criminels. Le rapport publié par l’OCDE sur «Flux financiers illicites : l’économie du commerce illicite en Afrique de l’Ouest» (2018), qui le dénonce, indique que les interventions ciblées n’ont pas toujours un grand impact sur les activités de ces réseaux criminels. Elles doivent prendre en compte la situation globale pour relater la manière dont l’air se déplace dans le ballon. Dès que l’air est comprimé dans un ballon, il migrera ailleurs.
En somme, pour lutter contre les activités des réseaux criminels, il faut une coordination des interventions par les différents acteurs. Un de ces aspects serait le commerce illicite qui alimente les flux financiers illicites. Un lien qui n’est pas souvent étudié, mais qui influent de manière négative le développement de la sous-région.
Le trafic d’armes à feu, par exemple, alimente le commerce illicite dans une région en proie aux groupes armés, aux conflits et au terrorisme.
Le rapport parle d’armes à feu et de munitions illicites qui sont des biens normalement licites, mais détournés de la chaîne d’approvisionnement légitime. Il indique que l’Afrique de l’Ouest est inondée d’armes illicites provenant de sources innombrables, qui alimentent les conflits armés et favorisent de nombreux autres types de criminalité.
Ces armes et les munitions illicites sont une condition préalable pour assurer le pouvoir militaire et économique des acteurs criminels et pour mettre en danger le monopole de la violence légitime détenu par l’État.
Dans certains cas, ces armes pénètrent en petites quantités dans la région par des frontières mal contrôlées. Dans d’autres cas, des cargaisons importantes sont organisées par les gouvernements ou autres acteurs puissants. Même les armes illicites trouvées et confisquées ne sont pas à l’abri, puisque des stocks régionaux d’armes confisquées ont été cambriolés à maintes reprises. Les voleurs se servent de ces armes pour commettre d’autres crimes ou lutter dans des conflits armés. Certains remettent leurs armes volontairement à des programmes régionaux de désarmement ou vendent leurs surplus.

Quels sont les zones les plus touchées ?
Il n’existe pas de statistiques fiables sur le trafic d’armes en Afrique de l’Ouest. La méthodologie utilisée dans le rapport a consisté reconstituer une image d’ensemble à partir de données isolées telles que les données sur la Côte d’Ivoire et le Liberia, qui ont tous deux fait l’objet d’embargos sur les armes dans les années 2000. Les embargos contribuent à focaliser l’attention sur le trafic d’armes dans un pays donné. En criminalisant toutes les transactions d’armes, ils aident à faire la différence entre les armes illicites et celles acquises de manière légitime. Entre 2005 et 2010, des armes à feu d’une valeur légèrement supérieure à 25 millions USD (environ 13 milliards de FCFA) ont été trafiquées vers la Côte d’Ivoire. Le rapport de l’OCDE qui cite l’ONU informe qu’une partie de ces armes provenait du Burkina Faso.
Le Liberia a importé quelque 8 millions USD, soit environ 4,5 milliards de FCFA, alors qu’il était sous embargo entre 2000 et 2010.
La Lybie est l’autre source principale d’armes en Afrique del’Ouest. Après la chute du régime de Kadhafi, près de 12.000 armes pourraient avoir été trafiquées vers le Mali en 2013.
Ces armes sont venues s’ajouter à une importante quantité d’armes à feu déjà disponible dans la région. Le rapport estime que 8 à 10 millions d’armes à feu illicites auraient circulé en Afrique de l’Ouest en 2014.
Ces armes ont changé de mains, une décennie après. Par exemple, les chercheurs ont trouvé à maintes reprises de petites quantités d’armes inhabituelles circulant en Côte d’Ivoire, indiquant que les combattants réutilisent simplement les armes anciennes plutôt que d’importer des armes modernes.
Rares sont les endroits en Afrique de l’Ouest considérés comme étant à l’abri du trafic d’armes, indique le rapport. Les multiples systèmes de conflits qui sévissent dans la sous-région ont fourni à des millions d’individus les moyens, les mobiles et les opportunités d’acquérir des armes sur le marché noir.
Mais, certaines zones sont plus vulnérables que d’autres. Le Nigeria, avec sa longue histoire de conflits armés, est devenu un pays du trafic d’armes dans la région. A cela s’ajoutent les frontières notoirement poreuses de ce pays.
Le Nord-Mali et la côte atlantique de l’Afrique de l’Ouest sont 2 autres zones primordiales pour les trafiquants d’armes.

Elie KABORE


Les acteurs clés du trafic d’armes 

Il existe un large éventail d’acteurs en Afrique de l’Ouest activement impliqués dans ce trafic illicites d’armes. La première catégorie comprend des groupes impliqués dans un conflit armé. Le groupe islamiste nigérian Boko Haram, par exemple, trafiquait des armes au Nigeria ; tandis que les rebelles maliens ont importé des armes de la Lybie et d’autres pays.
La deuxième catégorie d’acteurs clés est constituée de petits contrebandiers et trafiquants d’armes non affiliés à des groupes armés. Au Liberia, l’ONU rapporte que les communautés agricoles trafiquent des fusils de calibre 12 importés de Guinée pour chasser.
La troisième catégorie d’acteurs clés comprend des acteurs gouvernementaux. Les fabricants d’armes à feu militaires vendent des munitions à des détenteurs qui ne sont pas des acteurs étatiques. Par exemple, les enquêteurs de l’ONU en Côte d’Ivoire ont déterminé que les munitions importées dans le pays en violation de l’embargo sur les armes avaient été initialement vendues au gouvernement du Burkina Faso.

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Numéro d'édition: 245

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