Au feu ?

Kemi Seba, activiste panafricain, s’est illustré la semaine dernière en brûlant symboliquement un billet de F CFA. L’homme protestait ainsi contre une monnaie dite «coloniale» et en appelait de ce fait à une monnaie «souveraine», indépendante du trésor français. Le message est passé certes ; et la vidéo du billet de banque se consumant entre ses mains a fait le tour du monde. Mais l’homme, en agissant ainsi, a violé la loi. Interpelé, lui-même s’est dit prêt à assumer les conséquences de son geste. Mais, devant le juge, il a regretté son geste et a ainsi bénéficié de la clémence du juge en payant le franc symbolique exigé par la BCEAO, gardienne de la monnaie commune. Les apparences sont donc sauves.
C’est un acte courageux, provocateur, pour faire entendre cette cause. Militant qu’il est, il a délibérément décidé de franchir un palier supplémentaire dans interpellation des consciences populaires et des dirigeants de la zone Franc.
Il espérait peut-être que la génération Facebook l’imite, histoire de créer un véritable buzz. C’est bien tenté ! Mais la question est de savoir si le jeu en vaut la chandelle. Car il y a un hic: la loi. Celle-ci prévoit et punit ce type de comportements ; et les peines sont assez dissuasives. Les fans de Seba ont pu, certes, «liker» sa page, mais ce n’est pas sûr qu’ils soient tous assez souverainistes pour sacrifier au même rituel de feu. Tout le monde n’est pas Kemi Seba ; et tout le monde n’est pas Serges Gainsbourg non plus ! Brûler un billet de 5.000 F CFA, dans ce contexte de crise et de pauvreté, relève plutôt de l’indécence. Ne faudrait-il pas continuer le hargneux travail d’explication et de mobilisation des Africains pour une monnaie indépendante?
Sortir le FCFA du girond français ne devrait pas être un objectif. On y arrivera tôt ou tard, par le simple fait du temps. L’urgence est plutôt de repenser nos économies, de changer leurs structures, afin qu’elles soient plus compétitives pour couvrir les besoins des populations. C’est la seule bataille qui vaille aujourd’hui !

Abdoulaye TAO

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Numéro d'édition: 218

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