La viande burkinabè est demandée en Côte d’Ivoire, mais pour satisfaire ce besoin, les producteurs locaux devraient s’organiser pour produire en quantité et en qualité, disposer d’une logistique adaptée, négocier des conditions d’exportation avantageuses et anticiper les risques liés aux tracasseries. (DR)

Filière viande: la Côte d’Ivoire passe commande au Burkina

• Grosse opportunité pour les producteurs locaux

• Les premières demandes tablent sur 20 tonnes/semaine

• Sur le terrain, pas de dispositif pour l’exportation

 

C’est un nouveau contexte qui s’installe et relance les opportunités, en termes de marché, pour la viande made in Burkina. Dans la foulée de l’interdiction de l’importation, en Côte d’Ivoire, de la viande surgelée d’origine brésilienne notamment, des distributeurs du marché ivoirien expriment aujourd’hui un réel intérêt pour la viande produite au Burkina.
Cette viande, en plus d’avoir la garantie des services vétérinaires, est issue des conditions de production professionnelles. Toute chose qui favorise les différentes transformations souhaitées et lui confère un goût savoureux. «Pour obtenir de la viande de qualité, il y a plusieurs recommandations respectées par les professionnels burkinabè, mais qu’on néglige ailleurs. Le travail commence par la sélection des animaux suivant les besoins spécifiques. Par la suite, l’animal vivant est mis en stabulation pendant un certain temps pour réduire le stress.
Après l’abattage, la carcasse passe par une procédure de réfrigération appelée ressuage avant d’être exportée», explique Tidjane Barry, charcutier et président du Cadre national de concertation du secteur bétail-viande.
C’est donc cette viande fiable et bonne que les Ivoiriens souhaitent entièrement avoir, dans un contexte où les consommateurs, un peu partout, commencent à se méfier de la viande surgelée aux origines et à la qualité incertaines.
Une demande a été adressée à l’Abattoir frigorifique de Ouagadougou (AFO). Etant donné la réalité de l’AFO, réduit à faire de la prestation de service pour les bouchers et à satisfaire des demandes ponctuelles d’abattage, celui-ci a décidé de réunir les acteurs de locaux de la production pour examiner la demande ivoirienne.
Lors d’une réunion tenue au mois d’avril dernier, il a été décidé d’effectuer une mission en Côte d’Ivoire pour évaluer le potentiel de cette demande, sa nature exacte, et discuter des questions techniques et des problèmes qui, de par le passé, ont découragé les initiatives d’exportation de la viande vers ce pays.
C’est dans cette logique que la Société de gestion de l’AFO (SOGEAO), a initié, du 4 au 9 juin 2017, une mission à Abidjan pour rencontrer des acteurs ivoiriens de la distribution de la viande. Outre les premiers responsables de la SOGEAO, la délégation burkinabè comprenait des représentants de la Chambre de commerce et d’industrie du Burkina (CCI-BF) et surtout des acteurs de la filière bétail-viande.
Des professionnels de la grande distribution moderne sur le marché ivoirien tels que la SICOPA, la SICS et le groupe de promotion des supermarchés (PROSUMA) ont clairement exprimé des besoins en viandes bovine et ovine produites au Burkina.
La SICS a estimé son besoin de viande à 5,4 tonnes par semaine. Cela représente 15 carcasses bovines de 200 kg et 200 carcasses ovines de 12 à 14 kg.
Quant à la PROSUMA, son besoin hebdomadaire a été évalué à 50 carcasses bovines de 200 kg et près 300 carcasses ovines et caprines d’environ 14 kg.
«Au total, le besoin exprimé par les différentes structures se chiffre à environ 65 carcasses bovines, 300 carcasses ovines et 100 carcasses caprines, soit 20 tonnes de viande par semaine», a annoncé Mamoudou Ouédraogo, Dg de la SOGEAO. Et ce n’est que le début. Certains demandeurs ont même déjà proposé des prix de rachat qui restent ouverts à la négociation. Il s’agit de 1.800 F CFA /kg de viande bovine livrée à Abidjan et 1.250 F CFA/ kg à Ouagadougou. Pour le Burkina Faso, pays d’élevage à forte potentialité de production de viande, cette demande est une aubaine. Le Burkina ravitaillait déjà la Côte d’Ivoire en viande, en y convoyant plusieurs quantités d’animaux sur pied. Ce qui réduit les marges bénéficiaires que l’élevage aurait pu rapporter au pays. A présent, c’est une vraie opportunité non seulement d’augmenter les quantités, mais aussi d’exporter des produits transformés jugés plus rentables.

Comment satisfaire cette demande ?

Sur le terrain, le dispositif qui permet de saisir cette opportunité n’existe pas encore. Et c’est un vrai souci.
L’AFO, qui devait être le producteur industriel de viande au Burkina et assurer l’exportation, va mal. Son projet de transformation en une véritable unité de production traine (Voir notre article dans L’Economiste du Faso N°212).
Par ailleurs, les acteurs actuels de la production de viande sont des producteurs modestes et éparpillés qui manquent de moyens logistiques conséquents et adaptés (camions frigorifiques à double moteurs) pour satisfaire cette demande ivoirienne.
La question de l’organisation de la filière burkinabè pour pourvoir le marché extérieur, en commençant par cette demande ivoirienne, est aujourd’hui une vraie préoccupation.
La SOGEAO a réuni les acteurs de la production le 23 juin 2017 pour présenter le rapport de la mission et aussi réfléchir sur l’organisation et les moyens à mettre en place.
Il ressort que l’accompagnement des autorités nationales et des partenaires au développement est indispensable. Cet accompagnement doit permettre de régler les questions de fluidité lors des opérations d’exportation, mais aussi permettre d’avoir un système de transport approprié. Il faudra des camions frigorifiques adaptés sur la route ou des wagons frigorifiés sur le réseau ferroviaire de la Sitarail.
En plus, les moyens de l’AFO, qui va nécessairement être une pièce maitresse dans le dispositif d’exportation, doivent être conséquemment renforcés. Dans ce sens, le projet de transformation de l’AFO reprend tout son sens. Au-delà de la Côte d’Ivoire, les opportunités de marché pour la viande burkinabè s’étendent à tous les autres pays qui ont commencé à se méfier des viandes brésiliennes et autres. Déjà en Afrique, ce sont 5 pays, dont le Bénin voisin, qui ont suspendu l’importation de la viande brésilienne.

Karim GADIAGA


 

Des producteurs en attente de vrais soutiens

Face à la demande ivoirienne, l’enthousiasme est là, mais les moyens manquent. Aucun acteur local de la viande n’a les moyens d’exporter, tout seul, les quantités de viande demandées par les Ivoiriens.
Lors de leur rencontre, le 23 juin, avec les responsables de l’AFO, les producteurs (bouchers-charcutiers) ont convenu de la nécessité de s’unir pour non seulement négocier les conditions d’exportations, mais aussi combler cumulativement le besoin exprimé. Ils attendent que les autorités nationales puissent s’impliquer dans l’organisation. Les producteurs craignent les tracasseries, les barrières et les contrôles anarchiques sur le corridor ivoirien, alors que la viande est un produit périssable.
Ils demandent que le Traité d’amitié et de coopération ivoiro-burkinabè (TAC) puisse régler ce problème. Ils attendent également que des fonds d’aide au secteur de l’élevage, comme le FODEL, puissent les accompagner dans l’acquisition des camions adaptés, au profit notamment de l’AFO. Les démarches vont être entreprises pour que le Burkina soit prêt à livrer de la viande en quantité à la Côte d’Ivoire d’ici la fin de l’année 2017.

Commentaires
Numéro d'édition: 213

2 comments

  1. Bjr monsieur, nous disposons une ferme de porcs à Abidjan ,nous avons une grande production et nous cherchons des acheteurs extérieurs.0022507956210

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