L’incident du 25 février est semble-t-il clos. Il faut en gérer les effets secondaires. (DR)

Dialogue sociale : Thiéba, les raisons de la colère

• Face à la surenchère syndicale

• Le gouvernement dos au mur

• Vérité et responsabilité

 

De toutes les façons, il fallait bien un jour que ça sorte. Et on ne peut pas dire que le Premier ministre n’a pas choisi le moment pour interpeler publiquement et solennellement les syndicats sur la surenchère des revendications, avec leur cortège de sit-in et de grèves à répétition.
Le ton a peut- être surpris. Mais, il fallait bien que cela arrive un jour. Parce que c’était à se demander qui tenait les rênes du gouvernement. Le 25 février, juste après la fin de l’installation des nouveaux ministres, lors de ce qui devait être la première rencontre du gouvernement Thiéba II avec les responsables syndicaux, le Premier ministre n’est pas allé du dos de la cuillère. Il voulait marquer le coup, mettre un holà à un phénomène que tout le monde voyait venir et qui risque de bloquer le fonctionnement normal de la plupart des départements ministériels. Les préavis et les mots d’ordre de grève se succédant comme dans une course de relais. Son inquiétude est légitime en tant que coordonnateur de l’action gouvernement, tout comme la colère des délégués syndicats, vexés que l’on les suspecte d’être à la solde d’autres intérêts que ceux matériels et moraux des travailleurs. Le Premier ministre a eu le tort de prononcer ce jour-là le mot «manipulation». Basolma de la CGT-B n’a pas manqué d’exprimer son courroux avec sa désormais célèbre boutade à l’endroit du Premier ministre: «C’est celui qui est mal assis qui tombe».
Reste à savoir quelles seront les conséquences de ces dérapages verbaux après la réplique de l’Unité d’action syndical (UAS) le 2 mars. La première, et qui est perceptible déjà, c’est le durcissement des positions de part et d’autre, malgré le ton apaisant de cette seconde rencontre. Et ce serait alors une grossière erreur. Les syndicats se feraient ainsi piéger et confirmeraient peu ou prou la thèse de la manipulation consistant à bloquer le gouvernement dans son action, puisqu’il passe de plus en plus de temps à négocier qu’à déployer son programme.
Du côté de l’exécutif, ce serait plutôt une catastrophe. Puisqu’il renforcerait dans l’esprit de ses contempteurs son incapacité et son manque d’expérience à gérer certaines situations délicates. L’un dans l’autre, c’est le Burkina qui est perdant, et malheur à celui qui crierait alors victoire. Cependant, le gouvernement a su montrer jusque-là sa disponibilité au dialogue et essaie de tenir certains engagements au nom de la continuité de l’Etat. S’il avait remis en cause ceux pris par la transition, il n’y aurait personne aujourd’hui pour le défendre. On l’avait même taxé de populiste lorsqu’il a mis rapidement en œuvre le nouveau statut des magistrats, avec des avantages à faire pâlir les autres corporations.
Ces interlocuteurs y ont vu une brèche et s’y sont engouffrés. Mais voilà, il y a bien quelqu’un qui tient les calculettes et, à un moment donné, il montre le drapeau rouge. C’est ce qui s’est passé le 25 février. L’essentiel est de savoir faire passer ce message, et c’est là tout l’art de la politique et du dialogue républicain: préserver les grands équilibres au nom de l’intérêt général.

FW


Dilemme

Le gouvernement est arrivé à un carrefour où il ne peut plus se permettre d’alourdir la masse salariale et ses charges de fonctionnement, alors que l’ambition du pouvoir de Roch Marc Christian Kaboré est de faire redémarrer le pays à travers les investissements prévus dans le cadre du PNDES.
Ce financement sera supporté à 64% par le budget national. Comment tenir ce pari si déjà, selon le Premier ministre, les salaires et frais de fonctionnement sont à plus de 80 % des ressources propres?
Apparemment, cette réalité, le gouvernement n’a pas encore trouvé la meilleure façon de l’expliquer à ses partenaires sociaux. Le risque pour lui, c’est de perdre toute crédibilité devant les partenaires techniques et financiers. Et là, même les syndicats n’y ont pas intérêt.


Salifou Diallo enfonce le clou

Le 1er mars dernier, lors de la séance solennelle d’ouverture de la première session de l’année qui devrait avoir comme plat de résistance la loi de finances rectificative afin d’intégrer les premières contributions au financement du PNDES, le président de l’Assemblée nationale est venu en soutien au Premier ministre sur les grèves à répétition dans l’administration publique. Il a asséné: «Dans certains cas, derrière ces arrêtes de travail se cachent des situations de non-dit. Leur enchainement laisse parfois percevoir clairement que ce sont des manœuvres politiques, des provocations d’officines peu crédibles qui, faute d’arguments, avancent cagoulées sous le fallacieux prétexte de la lutte syndicale».
La charge du président de l’Assemblée annonce clairement que le pouvoir s’organise pour gérer cette situation et que la sortie du Premier ministre le 25 février était mûrement préparée.

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Numéro d'édition: 196

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