Sur la base des chiffres d’affaires de 2013, près de 54% des entreprises sinistrées sont de très petites ou de petites entreprises réalisant moins de 100 millions de chiffre d’affaires. Les grandes entreprises réalisant plus de 500 millions de chiffre d’affaires représentent un peu plus de 17%. La plus emblématique est Azalaï Hôtel Indépendance. (DR)

Secteur privé: l’attente s’est prolongée le long de 2016

• Pas encore de signal fort

• Statu quo pour les industries en difficulté

• Le secteur informel baigne dans la précarité

 

Depuis le 3 mai 2016, le capital minimum pour créer une entreprise de type SARL est passé de 100.000 F à 5.000 F CFA. Il s’agit d’une réforme réalisée par le gouvernement dans le but de promouvoir la création des entreprises et d’améliorer le climat des affaires. Cette amélioration constitue l’un des actes notables en faveur du secteur privé au cours de l’année 2016. Elle entre dans le cadre de la réalisation de la volonté exprimée par le Premier ministre Paul Kaba Thiéba, lors de sa déclaration de politique générale, le 6 février 2016, de hisser le Burkina dans le TOP 10 des pays réformateurs au classement Doing Business Better.
Pour le secteur privé, l’année 2016 a vu également la poursuite et l’achèvement du processus de mise en place d’une Assemblée consulaire à la Chambre de commerce et d’industrie. L’institution consulaire, qui a été touchée par les répercutions de l’insurrection populaire de fin octobre 2014, a pu se doter de nouveaux textes statutaires et d’une nouvelle équipe dirigeante à l’issue des élections du 13 novembre 2016. C’est un acquis qui devrait permettre de réaffirmer le crédit d’une institution qui rassemble les hommes d’affaires et porte leurs aspirations, notamment auprès du gouvernement. Avec ces exemples, on peut estimer que l’année 2016 a apporté des satisfactions au secteur privé. Malheureusement, ce genre d’exemples n’est pas légion.
Au cours d’une année 2016 marquée par les difficultés du pouvoir du président Roch Kaboré à prendre ses marques, la plupart des attentes du secteur privé sont restées quasiment en l’état. La situation des entreprises n’a pas connu de mesures profondes au point d’entrainer une nouvelle dynamique telle que cela était attendu.
En matière du climat des affaires, par exemple, les réformes n’ont finalement touché que le montant de base pour la création de la SARL. C’est ainsi que le Burkina a enregistré une régression dans le classement dressé par le rapport 2017, paru le 25 octobre 2016. Alors qu’il avait gagné 6 places en 2016 et était arrivé 143e au niveau mondial en matière d’attractivité du climat des affaires, le Burkina se classe 146e en 2017.
Sur des critères comme le «raccordement à l’électricité», «l’obtention d’un prêt bancaire pour les entreprises», «l’exécution des contrats», «le règlement de l’insolvabilité», «la protection des investisseurs minoritaires», le Burkina a obtenu de mauvais scores sur la période entre juin 2015 et juin 2016. C’est une situation qui affecte la vie des entreprises.
Une autre attente insatisfaite en 2016 concerne la relance des entreprises sinistrées lors de l’insurrection populaire de fin octobre 2014. Il n’y a pas eu de mesures fortes face à cette situation. On estime que c’est environ 47 milliards de F CFA que les entreprises ont perdus lors de l’insurrection.
Selon un inventaire dressé par la Chambre de commerce et d’industrie aux lendemains de l’insurrection, ce sont au total 106 entreprises sur l’étendue du territoire qui ont été sinistrées lors des manifestations. 63% d’entre elles ont été recensées à Ouagadougou. L’un des cas les plus emblématiques est celui d’Azalaï Hôtel Indépendance. Le 3 août 2016, le gouvernement a autorisé la réhabilitation et l’extension de l’établissement, mais les choses peinent à se préciser.
Outre le cas des entreprises sinistrées qui affecte la relance de l’économie nationale, il y a cette question du paiement de la dette qui a aussi joué sur la santé de certaines entreprises où tout le monde n’est pas logé à la même enseigne.
Du côté des industries, la situation difficile reste en l’état depuis des années. En 2016, on n’a pas pu apporter un début de solution qui permette de résoudre la crise profonde que traverse la plupart des industries du Burkina. La plupart des usines basées à Bobo-Dioulasso ; lesquelles ont permis autrefois d’attribuer l’appellation «capitale économique» à cette ville ne sont plus au mieux de leurs formes. Le président Roch Kaboré, alors en campagne présidentielle, avait fait des promesses de sauvetage, mais sa touche déterminante ne s’est pas encore manifestée. La SN SOSUCO a pu, entre-temps, se débarrasser de ses invendus et la MINOFA (ex SN GMB) a été pratiquement réhabilitée, mais la faillite guette toujours la plupart des industries de l’Ouest.
Les huileries, les pneumatiques, notamment Sap Olympic, les manufactures de cigarettes, les unités de montage de cycles, les fabriques de piles, celles des jus de fruits, des boissons gazeuses ou alcoolisées, la farine de blé sont restées fébriles tout le long de l’année 2016.
Toujours à Bobo-Dioulasso, l’implantation de la cimenterie CIMASSO, qui a été présentée comme un symbole de la relance économique de la ville, attend d’être concrétisée. Dans un tel contexte difficile pour les entreprises structurées, c’est le secteur informel qui continue de s’étendre sans que l’économie ne puisse véritablement en tirer le meilleur profit. Les démarches de structuration ou d’organisation du secteur informel n’ont pas connu d’avancées significatives en 2016.
De même, le projet portant « loi d’orientation de promotion des PME au Burkina Faso », initié sous la transition en novembre 2015, n’a visiblement pas abouti. Cette loi qui doit permettre de définir une PME et de pouvoir l’accompagner selon des conditions précises manque donc aux entreprises.
Autres dossiers d’entreprises en souffrance, ce sont les cas de la STFL et de BRAFASO. Ces projets portés par le gouvernement restent confrontés à des blocages administratifs, financiers et judiciaires. En 2017, ces dossiers, comme tous les autres, resteront des préoccupations du secteur privé.

Karim GADIAGA


Le rendez-vous de la RGSP n’a pas eu lieu

Après 2014, pour cause d’insurrection populaire, la 15e édition de la traditionnelle Rencontre Gouvernement/Secteur (RGSP) qui devait se tenir en 2016, après celle d’avril 2015, n’a pas eu lieu. Initialement prévue du 3 au 4 octobre 2016, puis reportée au 8 novembre à Bobo-Dioulasso, elle a été finalement annulée. La RGSP est un cadre qui réunit chaque année le gouvernement les acteurs du secteur privé pour aborder des sujets préoccupants pour le monde des affaires. L’édition de 2016 devait se tenir autour du thème crucial de la relance économique. Il devait permettre de faire le point des problèmes que rencontrent les entreprises, après l’insurrection populaire d’octobre 2014, en passant par le coup d’Etat avorté de septembre 2015, jusqu’aux attentats terroristes du 15 janvier 2016. Le gouvernement devait également recueillir les propositions du monde des entreprises et y apporter des solutions. Malheureusement, ce rendez-vous, qui n’a pas eu lieu, laisse des entreprises comme celles évoluant dans l’hôtellerie, le tourisme, le transport sans soutien pour la relance de leurs activités durement éprouvées. Il faudra nécessairement la rattraper en 2017.

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Numéro d'édition: 188

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