Coton OGM : Le Burkina fait machine arrière

• Monsanto en difficulté

• Le Bolgard II en panne

• La filière réclame plus de 40 milliards de compensation

 

Après moult tractations dans les coulisses, la décision est finalement tombée. Le Burkina retourne à la semence conventionnelle de coton. Le nouveau directeur général de la SOFITEX, leader de la production cotonnière, a officialisé cette information le 5 avril dernier lors de la visite de la région cotonnière de Koudougou.
Ce qui s’annonçait comme un scoop n’en est plus un, puisque l’information couvait depuis belle lurette. Mieux, il y a eu comme des alertes. D’abord les anti-OGM, puis la très sérieuse revue African Affairs de Oxford journals qui publiait en début d’année une étude qui annonçait l’échec du coton BT au Burkina Faso. Cette étude a fait l’objet d’un article de Gene Watch «Burkina Faso abandons GM BT cotton» publié le 28 janvier 2016. Ainsi, déjà en janvier, le sort du coton OGM était scellé.
Pourquoi alors cette sortie du président de la SOFITEX? Les discussions qui ont eu cours jusqu’à la semaine dernière entre les membres de l’Association interprofessionnelle du coton du Burkina (AICB) et la firme Monsanto (voir L’économiste du Faso N°151 du 29 mars 2016) visaient à trouver une solution qui arrange toutes les parties.
Il faut croire que les parties ne se sont pas entendues, d’où l’annonce du nouveau DG SOFITEX. Ainsi, non seulement le Burkina suspend la culture des OGM, mais demande une compensation des pertes de commercialisation. Ces pertes sont liées à la décote du coton burkinabè sur le marché international due notamment à la qualité de la fibre. Cette fibre est jugée trop courte par les filateurs.
C’est un avantage comparatif que perd le Burkina à l’issue de son engagement dans le coton BT. Et il a été estimé à près de 40 milliards par la partie burkinabè pour cette campagne, d’après le nouveau directeur général de la SOFITEX cité par Reuters: «Nous sommes passés 39,2 milliards de FCFA de pertes à 49,3 milliards FCFA en une seule récolte. Si nous continuons comme ça, le trou se creusera davantage». Ce manque à gagner est le fruit de la conjugaison de la baisse des cours du coton et de la qualité de la fibre burkinabè. Une baisse de qualité que la firme américaine ne conteste pas et tente d’expliquer par l’environnement et le patrimoine génétique de la semence. Mais, les réponses de Monsanto pour pallier le problème tardent à venir. En mai 2015, le Burkina avait adressé un mémorandum à Monsanto dans lequel il annonçait la réduction des superficies emblavées et demandait, entre autres, à être dédommagé du préjudice par son label.
Dans l’article publié par Gene Watch le 28 janvier dernier, voici comment est expliquée la baisse de qualité de la fibre: «Lors de la première année de commercialisation, les responsables burkinabè remarquèrent une baisse dans la longueur des fibres et le taux de fibres. Les employés de Monsanto mirent cela au compte du stress hydrique et d’autres problèmes météorologiques. Pourtant, le problème de la qualité persista, et lors de la saison 2014/2015, les deux tiers de la production nationale étaient classés comme étant de qualité inférieure et de longueur moyenne, un seul tiers conservant son classement comme fibre de longueur moyenne à grande. Le taux de fibres se situait bien en dessous des 42% obtenus par les cultures non-OGM». Le mariage d’amour entre le Burkina et la firme Monsanto vire donc au cauchemar pour la filière coton qui perd de l’argent.
C’est l’échec de l’opération Bolgard II, une semence fabriquée par le groupe Monsanto à partir de la semence locale de coton et qui devait permettre de lutter contre le ver du coton qui décimait une partie de la production. Les producteurs escomptaient des gains en termes de rendement à l’hectare et surtout la réduction du nombre de traitement sur le cotonnier. Ces traitements contre les prédateurs étaient devenus coûteux et pas très efficaces contre le principal prédateur. D’où l’espoir suscité par l’introduction de la semence Bolgard II en 2009 après un processus d’appropriation par les chercheurs burkinabè et une intense campagne de communication.
Mais très tôt, les Burkinabè observent que si du côté rendement les attentes sont plus ou moins comblées, tel n’est pas le cas au niveau de la qualité. Car les sociétés telles que SOCOMAB, Faso Coton et SOFITEX commençaient à perdre de l’argent. Après 8 ans de pratique, cette expérience burkinabè qui commençait à faire école dans certains pays voisins connait, cette année, un arrêt net.
Pour la campagne 2016/2017, les producteurs passent à la semence conventionnelle. C’est le mot d’ordre des sociétés cotonnières qui sont déjà en campagne de sensibilisation pour expliquer cette décision. Elles ont juste quelques semaines pour préparer la mise en place de la campagne. La décision du Burkina semble avoir été murie et préparée. On en aura la confirmation si la mise à disposition des semences conventionnelles, intrants et des équipements pour sa production se passe sans accroc.
Quelle sera la réaction de l’ensemble des producteurs des trois zones? Les bases sont-elles vraiment solidaires de cette décision de faire machine arrière et de retourner aux anciennes habitudes?
Autre question importante, si Monsanto trouve la solution, le Burkina retournera-t-il au coton OGM ?

FW


 

Les imprévus de Bolgard II

Gene Watch, qui a eu accès au rapport rédigé par Brian Dowd-Uribe, professeur assistant au Département d’études internationales de l’Université de San Francisco, et Matthew A. Schnurr, professeur assistant au Département des études internationales sur le développement de l’Université de Dalhousie, rapporte ceci sur le Bolgrad II: «L’historique du déclin du coton burkinabè renvoie à un problème inhérent au processus de la manipulation génétique, ce que l’on appelle les effets pléiotropiques: les gènes introduits influencent des gènes qui apparemment ne semblent pas leur être liés».
En théorie, comme le note le rapport, l’introduction du gène BT dans le germoplasme du coton burkinabè devrait produire des récoltes identiques à celles des lignées parentales, avec toutes leurs caractéristiques, à part le fait que le trait inséré confère à cette plante la résistance aux insectes. Mais en réalité, l’introduction du trait BT dans la variété locale de coton a interféré avec certaines de ses caractéristiques les plus importantes. Les scientifiques de Monsanto «ne savent pas comment expliquer précisément les mécanismes à la source de ces problèmes».

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Numéro d'édition: 153

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