Un hôtel administratif abritera tous les ministères. (DR)

Réduction du train de vie de l’Etat : La méthode Thiéba en marche

• 10 contrats de bail seront résiliés

• Pas de commande de véhicules en 2016

• Un hôtel administratif pour tous les ministères

Il était temps que l’Etat prenne des décisions courageuses. L’insuffisance des bâtiments administratifs a conduit le gouvernement à recourir à la location de bâtiments privés à usage de bureaux, de logements ou de magasins au profit des ministères et institutions. Cela s’explique par le nombre croissant d’agents publics, la création de nouvelles structures, l’absence d’une politique immobilière de l’Etat, la vétusté et le caractère inadapté des bâtiments administratifs existants par rapport aux nouvelles exigences de l’administration. Face à la situation d’austérité que traverse l’économie burkinabè, le gouvernement Thiéba annonce les couleurs de la rationalisation des dépenses publiques.
C’est dans ce sens que le Conseil des ministres du 23 mars dernier a pris des décisions radicales. Les baux administratifs constituent une nébuleuse pour l’Etat burkinabè. Beaucoup d’immeubles loués, souvent à des prix hors normes. Ces baux crèvent sérieusement le budget national.
Pour la seule année de 2015, le gouvernement estime que ces baux administratifs ont coûté à l’Etat la somme de 5,3 milliards de F CFA. Enorme ! Il fallait donc agir. La décision est donc prise de déménager dans la Zone d’activités commerciales et administratives (ZACA) d’ici la mi–septembre 9 départements ministériels. On imagine que ces ministères intégreront la ZACA. En effet, un hôtel administratif est en construction dans la zone du projet Zaca. Il devra abriter 9 ministères au total, soit 3 ministères par bâtiment.
D’un coût estimé à plus de 13 milliards de FCFA, ce projet immobilier va soulager les dépenses de l’Etat et permettre aux citoyens de régler plus facilement les questions administratives. Ainsi, petit à petit, l’Etat pourra s’offrir un espace administratif pouvant regrouper tous les ministères afin d’éviter toutes les dépenses faramineuses liées aux baux. Dans cette logique, ce sont dix contrats de bail qui seront résiliés. Le déficit de l’Etat en matière d’immobilier sera en partie résorbé. Il n’était pas rare que certains baux administratifs appartiennent à ceux qui les louent, d’où la surenchère parfois constatée. L’Etat va-t-il pouvoir résoudre cet autre problème ?
En attendant, il est prévu depuis 2015 la construction de deux hôtels administratifs par région, soit au total 26 hôtels dont 12 pour la phase 1 et les 12 autres pour la phase 2. Déjà, 6 hôtels administratifs sont fonctionnels et 6 autres étaient en cours de l’être en fin 2015.
Au regard des difficultés constatées dans cette gestion, un audit avait été commandité afin d’assainir le parc locatif de l’Etat et de rationaliser les méthodes de gestion des baux administratifs. Le portefeuille des baux de l’Etat burkinabè comptait jusqu’en 2015 336 contrats évalués à environ 5 milliards de FCFA. Et ce budget consacré à la location augmente régulièrement.
A titre d’exemple, en 2011, ce budget était de plus de 2 milliards, soit 2 fois moins que celui de l’année 2012 qui était de 4,5 milliards, contre 3,5 milliards en 2013. Il a été de 5,3 milliards en 2015. Lorsqu’on jette un coup d’œil sur les données de la Direction générale des affaires immobilières et de l’équipement de l’Etat, on constate que l’incidence financière des nouvelles locations est passée de 741 millions en 2012 à 1,4 milliard en 2013, soit un taux d’accroissement de 89%. Pire, certains bâtiments loués ne sont pas occupés.
En effet, selon le rapport d’un audit général des contrats administratifs mené par le ministère de l’Economie et des Finances en novembre 2013, il ressort que 13 bâtiments ont été loués par l’Etat, mais restent inoccupés. La résiliation de ces baux administratifs inoccupés avait coûté à l’Etat plus de 64 millions de FCFA. Beaucoup d’insuffisances donc dans la gestion de ces baux administratifs.
Parmi elles, on peut noter le manque d’un système cohérent de gestion du patrimoine et d’un fichier de gestion et de suivi des immobilisations. C’est pourquoi le ministère de l’Economie et des Finances avait préconisé la création d’une «Comptabilité matière» pour la gestion rationnelle des biens, propriété de l’Etat et de ses démembrements. La Comptabilité matière est un «système de gestion des biens meubles et immeubles d’une structure donnée. Elle a pour objet la prise en compte, le recensement, le suivi administratif et comptable de tout bien». L’objectif de la Comptabilité matière est de responsabiliser les acteurs, l’évaluation et la valorisation du patrimoine de l’Etat, l’internalisation des dispositions des directives de l’UEMOA et la disponibilité régulière de données fiables sur le patrimoine de l’Etat.

Alexandre Le Grand ROUAMBA


Des véhicules aux enchères !

L’autre solution envisagée pour la réduction des dépenses publiques est liée au parc automobile de l’Etat. Le gouvernement de Paul Kaba Thiéba est ferme: toutes les lignes inscrites dans le budget gestion 2016 au titre d’acquisition de véhicules ont été supprimées et une vaste opération de recensement des véhicules de l’Etat hors exploitation est envisagée, en vue de leur mise en vente aux enchères très prochainement.
Que de véhicules, juste pour une petite panne, sont sur cale. A ce niveau, il y avait également du gaspillage, à telle enseigne que les enceintes de certains ministères et autres directions sont devenues des cimetières de véhicules. Or, certains ont juste besoin d’une petite réparation pour reprendre la route. La gestion du carburant alloué aux différents véhicules de fonction a été aussi prise en compte par l’exécutif lors de sa rencontre hebdomadaire du 23 mars dernier. Le gouvernement se serre la ceinture.

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Numéro d'édition: 151

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