Voici à quoi ressemblent les Koglweogo. (DR)

Koglweogo ou l’insurrection en campagne

• La République malmenée

• Les défenseurs des droits humains protestent

• Que faire ?

 

Partis comme la manifestation d’une humeur, les Koglweogo, ces groupes d’autodéfense, sont en train de devenir une épine au pied de l’Etat. Contestés par-ci, adulés par-là, ils continuent de faire parler d’eux. Les régions du Nord, du Centre-Nord, du Centre-Ouest, du Centre-Sud, de l’Est et du Centre-Est sont les zones où les Koglweogo font parler d’eux. Ils dictent leur loi, persistent, et leur popularité ne fait que croître au sein de l’opinion. Ces Koglweogo ne sont pourtant pas une nouveauté au Burkina.
Depuis les années 1990, précisément en 1992, c’est dans la région du Nord qu’un groupe s’est constitué en vue de protéger la forêt et la faune et de lutter contre le braconnage. Au fil des années, les Koglweogo ont trouvé une autre mission, celle de protéger leurs biens contre les voleurs et autres contrebandiers. Depuis 2015, le phénomène a pris de l’ampleur au regard de la recrudescence du grand banditisme et des vols dans les villages. Dans les domiciles, les marchés, les champs et sur les routes, les populations étaient permanemment en insécurité. Selon eux, la logique était de se défendre mais, désormais, ils traquent les bandits ou présumés tels.

Les droits de l’Homme ignorés

Urbain Yaméogo, président du CIFDHA. (DR)

Urbain Yaméogo, président du CIFDHA. (DR)

C’est dans la région du Centre-Sud et dans la Sissili que les premières véritables actions de défiance de l’autorité de l’Etat ont commencé. Leur mode opératoire a été la première inquiétude des observateurs, des populations et des défenseurs des droits l’Homme. Les Koglweogo traquent les voleurs dans la brousse, les saisissent, les soumettent à un interrogatoire sévère allant jusqu’aux sévices. Leur «tribunal populaire» est un lieu où le présumé auteur n’a véritablement pas mille choix. Ligoté à un tronc d’arbre par des chaines, l’interrogatoire est exécuté par trois «juges» Koglweogo. A l’issue du «jugement», le coupable paie une amende allant de 15.000 à 500.000 F CFA. Cette manière de traquer a soulagé bon nombre de villageois. Mais, dans de telles circonstances, les dérives n’étaient pas loin.
Pour Urbain Yaméogo, président du Centre international de formation sur les droits humains en Afrique (CIFDHA), «tout le monde s’accorde sur le fait que la défaillance de l’Etat et son incapacité à délivrer adéquatement les services de sécurité créent un vide sécuritaire que ces groupes semblent combler avec plus ou moins de succès».
Et pour les Koglweogo, c’est une incompétence des forces de défense et de sécurité qu’ils comblent. Le phénomène de Koglweogo semble être une réaction des populations face aux agressions et autres vols de bétails dont les villageois sont victimes. Et pour le CIFDHA, «la corruption très ancrée dans certains corps et qui aboutit à l’impunité de certains malfrats crée évidemment un sentiment légitime de révolte de la part de la population qui a tendance à se rendre justice elle-même, que ce soit par des lynchages ou par des punitions administrées par les groupes d’autodéfense». Cependant, «les pratiques de torture, de mauvais traitements ou des peines cruelles, inhumaines ou dégradantes» sont proscrites, précise Urbain Yaméogo. Aucune disposition n’autorise les agressions physiques sur les citoyens, même les forces de l’ordre sont soumises au respect strict de cette règle d’interdiction d’agressions de quelque nature qu’elles soient.
Que peut l’Etat ?
Si le chef de l’Etat estime qu’on ne saurait prendre une mesure pour supprimer ce qui n’existe pas, son ministre en charge de la Sécurité, lui, soutient que les Koglweogo doivent être encadrés. Et, les Koglweogo continuent leurs dérives, menaçant la République et ses institutions. Ils refusent de se soumettre aux règles de la République. Aussi bien à Sapouy qu’à Fada, ils ont manifesté armes au poing pour empêcher toute application des lois à l’encontre leurs membres. A Fada, le pire a été évité, même si des manifestants pro-Koglweogo ont été dispersés à coups de gaz lacrymogène. Plus d’une dizaine de Koglweogo sont actuellement entre les mains de la justice. Leur interpellation fait suite au non-respect des règles de droit. Ils attendent leur jugement, contre la volonté des leurs qui menacent et exigent leur libération. Urbain Yaméogo proteste contre ce refus de se soumettre aux lois. «Si les autorités politiques au plus haut niveau sont soumises au droit, si les forces de sécurité et de défense s’exposent à des sanctions disciplinaires sans préjudice de poursuites judiciaires éventuelles», dit-il, «on ne saurait exonérer de sanctions des Koglweogo qui contreviennent à la loi». Il en est de même pour les amendes que le CIFDHA condamne. En somme, «l’administration de la justice, les détentions auxquelles se livrent ces groupes sont une fraude à certains principes essentiels que sont la présomption d’innocence et les droits à la défense», opine le président du Cifdha.

Jean De Baptiste OUEDRAOGO


Les Koglweogo se réorganisent

Selon des sources, des autorités au sommet de l’Etat auraient rencontré les premiers responsables des Koglweogo. Une information confirmée par un responsable s’exprimant sur une radio FM privée. Cet entretien aurait été concluant. Les Koglweogo, à leur tour, au cours de leur rencontre dite nationale, ont pris des décisions pour encadrer leurs actions, preuve que la fin de ces groupes d’autodéfense n’est pas pour demain.
Ils insistent pour dire que tout membre koglweogo doit obéissance et respect aux responsables coutumiers, religieux et administratifs, le blocage des voies publiques est formellement proscrit, toute personne prise en flagrant délit de vol ne subira plus des sévices corporels, mais elle sera à moitié dénudée et conduite au marché de sa localité pour y faire le tour aux yeux de tout le monde, les amendes imputées aux délinquants restent inchangées et maintenues et tout Koglweogo qui enfreint ces règles sera banni.
Mais au CIFDHA, «tout le défi qui se pose est de favoriser une contribution des populations à la résolution des problématiques de sécurité tout en respectant scrupuleusement le droit en général et les droits humains en particulier. Et pour ce faire, il faudra plus que des recadrages à la marge», conclut le président du CIFDHA.

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Numéro d'édition: 151

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