Mobilisation des ressources extérieures: «Nous privilégions les dons et les prêts concessionnels»

Lassané Kaboré, directeur général de la Dgcoop

Lassané Kaboré, directeur général de la Dgcoop

La Direction générale de la coopération (Dgcoop) est au cœur du dispositif de mobilisation des financements extérieurs. Elle coordonne l’aide publique au développement et en fait le point chaque année. Dans son rapport final sur le suivi des engagements financiers de 2013 publié en février dernier, l’on constate que l’aide publique au développement connaît un léger recul. «La confiance aux partenaires, quant à elle, demeure selon le directeur général de la Dgcoop, Lassané Kaboré. Il revient dans cette interview sur les objectifs du rapport et rappelle les grands engagements souscrits en 2013».

– L’Economiste du Faso : Quel est l’état des lieux de la coopération en 2013?
Lassané Kaboré, directeur général de la Dgcoop: La Direction générale de la coopération a pour mission principale de rechercher et de mobiliser les financements extérieurs en soutien aux actions de développement et de veiller à la coordination des interventions des bailleurs de fonds.
A l’instar des années antérieures, en 2013, le pays a poursuivi sa coopération avec l’ensemble de ses partenaires au développement. Ainsi, a-t-il pu bénéficier au cours de l’année de l’appui des Partenaires techniques et financiers (Ptf) dans la mise en œuvre de ses actions de développement. Leur contribution a été estimée à 1.148,14 millions dollars US, soit 567,18 milliards de F CFA.
L’Aide publique au développement (Apd), au titre de 2013, est caractérisée par une prépondérance: de l’aide multilatérale (50,07%) par rapport à l’aide bilatérale; des dons (89,74%) par rapport aux prêts; de l’aide projet (69,08%) par rapport aux autres types d’assistance.
La répartition de l’Apd selon les quatre types d’assistance donne 793,11 millions de dollars US pour l’aide projet; 256,13 millions de dollars US pour l’appui budgétaire; 39,51 millions de dollars US pour l’aide alimentaire et 59,39 millions de dollars US pour l’assistance et secours d’urgence.
Par ailleurs, selon les sources de financement, 574,87 millions de dollars US proviennent des partenaires multilatéraux. Cette contribution a diminué de 8,38% par rapport à 2012 où elle ressortait à 627,42 millions de dollars US. La contribution des partenaires bilatéraux se chiffre à 539,97 millions de dollars US et s’est accrue de 8,76% par rapport à 2012 (496,50 millions de dollars US). Les ONG, quant à elles, ont apporté 33,30 millions de dollars US en 2013, en baisse de 14,46% par rapport à son niveau de l’année précédente.
S’agissant des conventions de financement, au cours de l’année 2013, 52 accords dont 20 avec les multilatéraux et 32 avec les bilatéraux ont été signés pour un montant global de 626.804. 208. 263 FCFA.
Au titre de la promotion du partenariat public-privé, l’année 2013 a été marquée par l’élaboration du cadre juridique et institutionnel dédié au Partenariat public-privé au Burkina Faso (Ppp). Il a été adopté la loi 020/AN du 23 mai 2013 portant régime juridique du Partenariat public-privé au Burkina Faso par l’Assemblée nationale et son décret d’application pris en Conseil des ministres le 18 décembre 2013.
Dans le cadre de l’élaboration du programme de projets de partenariat public-privé, 63 projets proposés par les différents départements ministériels ont été enregistrés au titre de 2013.Dans le cadre de l’amélioration de l’intervention des Ong et Associations de développement: 23 conventions d’établissement ont été signées en 2013. Le montant prévisionnel de leurs investissements au Burkina Faso est estimé à 20.265.668.460 FCFA

– Quels sont les changements significatifs par rapport à 2012 ?
Par rapport à l’année 2012 où le montant de l’Apd était de 1.162,85 millions de dollars US, soit 584,97 milliards de F CFA, l’année 2013 connaît un léger recul des décaissements de l’ordre de 1,26%. Cette baisse est imputable à la diminution des versements reçus au titre de l’appui budgétaire général et de l’aide alimentaire. Par ailleurs, l’année 2013 a connu la fin de la coopération entre le Burkina Faso et les Pays-Bas qui étaient un acteur important, tant en appui budgétaire qu’en appui projet.

– Pourquoi avez-vous attendu 2015 pour publier le rapport de 2013 ?
Le Rapport sur la coopération au développement est un document d’information sur l’aide et de référence en matière de coordination de l’aide publique au développement. Le rapport contient, en effet, des informations relatives aux ressources extérieures reçues chaque année par le pays.
Ces informations n’étant disponibles auprès des bailleurs de fonds et des projets et programmes qu’en année N+1, le rapport de l’année N est donc élaboré et rendu disponible au cours de l’année N+1. Pour ce rapport de 2013, la publication était prévue durant le dernier trimestre de 2014. Cependant, le contexte national au cours du dernier trimestre a occasionné un retard dans l’impression du document et, partant, sa disponibilité dans le temps imparti. C’est ce qui explique le lancement il y a quelques semaines.

– Y a –t-il moyen de réduire les délais?
Il y a trois années de cela, la Direction générale de la coopération avait décidé de réduire les délais pour enfin publier le rapport au 2e trimestre de l’année N+1.
Nous nous sommes confrontés à l’indisponibilité des données, voire des données provisoires, sur les flux d’aides en début d’année N+1. Au regard de l’importance du document qui est une référence dans le domaine du suivi des apports des partenaires, il est ressorti la nécessité de s’assurer auprès des partenaires et des Ong de la concordance et de la fiabilité des données collectées.
Cette approche nécessitant l’implication des partenaires et de l’ensemble des acteurs nationaux, cela explique que le rapport ne puisse être disponible qu’au cours du dernier trimestre.
Je voudrais saisir l’opportunité qui m’est offerte pour témoigner notre reconnaissance à l’ensemble des Ptf et Ong pour leur contribution et leur appui constants, ainsi qu’à l’équipe de rédaction pour l’engagement à produire à temps le Rcd.
Néanmoins, des sensibilisations sont menées auprès des partenaires chaque fois que de besoin pour les inciter à nous fournir les données dans les délais.

– Les fruits de la coopération se présentent sous forme de prêts et d’aides. Pour un pays comme le nôtre, où se trouve le bon dosage?
En effet, l’appui de nos partenaires se fait sous forme de prêts ou de dons ou encore de prêts-dons. Les prêts sont à rembourser sous certaines conditions de faveurs accordées. Quant aux dons, ils ne sont pas remboursables mais restent sous-tendus par un certain nombre de conditionnalités. Le rôle de la Dgcoop est de travailler à assurer un financement optimal de notre économie tout en veillant au maintien d’un niveau d’endettement viable pour notre pays.
Ainsi, privilégions-nous les dons et les prêts concessionnels, c’est-à-dire des prêts dont l’élément don est supérieur ou égal à 35%. Le recours à des prêts non concessionnels se fait dans le strict respect du plafond d’endettement retenu de concert avec le Fmi, pour ne pas compromettre la soutenabilité de la dette à moyen et long termes.

– La production de ce rapport est une des activités les plus en vue de votre structure. Qu’est-ce qu’elle fait d’autres en dehors de la compilation et de l’analyse des appuis financiers ?
Tout d’abord, elle ne compile pas les données sur l’aide. Elle les collecte, les traite, les saisie dans un logicielle dénommée la Plateforme de gestion de l’aide (Pga), en tire des tableaux qu’elle analyse dans le rapport qui est publié.

La rédaction.

 

Rapport

 

 

 

 


Les secteurs ayant bénéficié le plus des fruits de lacoopération en 2013

S’agissant de la répartition sectorielle de l’Apd en 2013, elle a été principalement orientée vers 5 domaines qui sont : «Aide-programme et aide sous forme de produits» (17,82% de l’Apd totale), communément appelé «appui budgétaire», «Agriculture» (12,54%), «Santé» (11,81%), «Distribution d’eau et assainissement» (7,66%) et «Transports et entreposage» (7,45%). Les financements alloués à ces cinq domaines représentent 57,30% (657,93 millions de dollars US) de l’aide totale reçue par le pays en 2013. Outre ces domaines qui ont absorbé plus de la moitié de l’aide totale, d’autres secteurs ont reçu une part importante de l’Apd. Parmi eux, figurent le secteur de l’aide humanitaire» (6,74%), l’éducation (6,68%), le «gouvernement et société civile» (5,45%) et la «production et distribution d’énergie» (4,11%). Pour 2014, les données provisoires font ressortir que la tendance sera maintenue, tant au niveau sectoriel que des financements reçus.


 

 

La Dgcoop en bref

La Dgcoop est une direction centrale du ministère de l’Economie et des finances (Mef) qui est chargée de mobiliser les ressources extérieures pour la réalisation des actions de développement. Chaque année, elle s’acquitte de cette mission, en synergie d’actions avec les autres acteurs qui interviennent dans la chaîne de gestion des financements extérieurs.
A cet titre, elle est chargée notamment:
– d’élaborer et de mettre à jour la politique et la stratégie de coopération économique, technique et financière au plan bilatéral et multilatéral et de suivre leur mise en œuvre,
– de développer les relations avec les sources de financement étrangères bilatérales et multilatérales,
– de préparer au plan technique et administratif les consultations et les négociations avec les partenaires techniques et financiers, y compris avec le Fonds monétaire international (Fmi), et de gérer le processus de négociations, de signature et de ratification des conventions et accords de financement,
– d’assurer le suivi de la mise en œuvre des politiques, programmes et réformes financiers inscrits dans les conventions signées avec les Ptf, y compris avec le Fmi,
– de coordonner l’aide publique au développement et d’élaborer un rapport annuel sur la coopération au développement,
– de promouvoir les partenariats public-privé (Ppp),
– de promouvoir et de renforcer le partenariat avec les Ong.
Elle comprend de ce faite six directions de services que sont :
– La Direction de la coopération bilatérale (Dcb) ;
– La Direction de la coopération multilatérale (Dcm) ;
– La Direction de la coordination et de l’efficacité de l’aide publique au développement (Dce/Apd) ;
– La Direction du suivi des programmes financiers (Dspf) ;
– La Direction de la promotion du partenariat avec les organisations non gouvernementales (Dpspong) ;
– La Direction de la promotion du partenariat public-privé (Dp-Ppp).o

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Numéro d'édition: 101

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