Economie

Financements extérieurs : Le faible taux d’absorption des fonds inquiète

La Direction générale de la coopération (DGCOOP) a rendu public son Rapport sur la coopération pour le développement (RCD) en 2014, le 12 novembre dernier. L’Economiste du Faso a saisi l’occasion pour s’entretenir avec le Directeur général de cette institution, Lassané Kaboré, sur les problèmes d’absorption des financements extérieurs et l’effet de la fluctuation du cours du dollar sur le remboursement des prêts contractés.

– L’Economiste du Faso : Quelle appréciation faites-vous de ce rapport ?
Lassané Kaboré, DGCOOP : C’est un rapport de qualité qui vient d’être publié. Nous le produisons annuellement et il permet à l’ensemble des partenaires d’avoir un document de référence. Il est un outil d’information et permet à la population de savoir quels sont les partenaires qui interviennent et qui financent le Burkina Faso. Ce rapport est très bien lu même à l’extérieur du Burkina Faso parce que pour avoir des informations sur l’aide au Burkina Faso, il suffit de télécharger le rapport sur le site web de la DGCOOP. Dans son contenu, le rapport établit le classement des partenaires du Burkina Faso et permet à chacun d’eux de connaitre sa place. Il indique par exemple que le premier intervenant au Burkina Faso est la Banque mondiale, suivie de l’Union européenne. Au niveau des partenaires bilatéraux, on constate que le Japon figure parmi les principaux bailleurs, alors que le public n’était pas censé le savoir. Ce pays est d’ailleurs le premier partenaire en matière de financement de l’éducation avec 19,70 millions dollars US, soit 25,15% de l’aide pour ce secteur. Le rapport a innové en intégrant cette fois-ci les ONG pour montrer leur apport au niveau du financement du développement au Burkina Faso. Ce sont des éléments importants qui permettent de sensibiliser les partenaires par rapport à leurs contributions.

– Une baisse des financements a été constatée en 2014. Quelles en sont les raisons ?
L’aide publique au développement a effectivement connu une baisse de 7,97% entre 2013 et 2014, passant de 1.194,43 millions dollars US en 2013 à 1.099,14 millions dollars US (environ 552,96 milliards de F CFA) en 2014. Cette baisse est due au fait que des coopérations avec certains partenaires étaient à leur terme. C’est le cas de la coopération avec les Pays-Bas. Vous le savez, les Pays-Bas ont fermé leur ambassade alors que ce pays était un acteur important dans le financement. La Suède aussi était en train de fermer et avait commencé à réduire ses financements. Heureusement qu’elle est restée. Du coup, 2014 a connu une baisse par rapport à 2013. Heureusement, du côté des autres partenaires, il y a eu une augmentation, ce qui a d’ailleurs permis de compenser le départ des Pays-Bas et les réductions de financements de la Suède. Aussi, la crise socio-politique ayant conduit à l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014 a occasionné des reports de décaissements.

– Ces nombreux partenaires se plaignent des problèmes de décaissements. Etes-vous informé de ces problèmes ?
Cette plainte est fondée. Nous constatons, en tant que ceux qui négocient les fonds, qu’il y a une multitude de projets et programmes; ce qui empêche une certaine coordination. C’est pour cela que dans les recommandations adressées au gouvernement, nous avons insisté sur une harmonisation de la gestion des projets et programmes. Il s’agit de les évaluer efficacement, de voir là où ces projets et programmes ne sont pas efficaces, là où les coordonnateurs ont des problèmes et de prendre les décisions qui conviennent. Aussi, notre réglementation contient des lourdeurs administratives. Il faut travailler à améliorer l’application de cette réglementation. L’application de la réglementation doit se faire avec célérité afin que nous puissions accroitre le niveau d’absorption des financements extérieurs.

– L’aide est évaluée en dollar US. Est-ce que la hausse du cours constatée ces temps–ci n’influe pas sur le volume de l’aide ?
C’est vrai. Il arrive qu’au moment où vous avez négocié les prêts, le cours du dollar soit à moins de 500 F CFA et au moment de la réception, il remonte jusqu’à 600 FCFA. Pour l’anecdote, l’appui budgétaire que nous avons reçu en 2015, en avril lorsque nous signions les accords, le dollar était évalué à 601 FCFA, ce qui donnait une enveloppe globale de 61 milliards de FCFA. Mais le fait du processus interne ayant abouti à la ratification de cet accord par les députés a pris entre 2 à 3 mois, au moment du décaissement, on a perdu plus de 700 millions de FCFA.
C’est pourquoi nous évitons les conversions en Francs CFA et préférons parler en millions de dollars parce que si l’on entre dans les conversions, avec les fluctuations, cela poserait problèmes.

– Est-ce que cela n’occasionne pas beaucoup d’écarts au moment des remboursements des prêts ?
Il n’y a pas de problème au niveau des remboursements parce que les remboursements se font au taux du jour. Vous pouvez gagner comme vous pouvez perdre. Vous pouvez prendre de l’argent au moment où le dollar est moins cher et vous remboursez plus cher, comme vous pouvez prendre plus cher et rembourser moins cher. Les deux s’équilibrent lorsque les remboursements sont étalés sur 20, 25, 30 ans par exemple.

Entretien réalisé par Elie KABORE


Contrepartie nationale: 65,63 % de taux d’absorption

Dans le financement de tous les projets et programmes de développement, il y a ce que l’on appelle «la contrepartie nationale» représentant la contribution de l’Etat. Dans le budget de l’Etat, gestion 2014, la contrepartie nationale dans l’exécution des projets et programmes de développement s’élevait à 46,06 milliards de F CFA correspondant à 9,38% des investissements financés sur ressources propres évaluées à 491,24 milliards de FCFA. Avec une dotation initiale révisée qui s’établit à 48,98 milliards de FCFA, seulement 32,15 milliards de F CFA ont été engagés, donnant ainsi un taux d’exécution de 65,63 % en 2014. Pourtant, une exécution qui n’atteint pas les 70% est considérée comme un faible niveau de réalisation. A l’analyse des projets et programmes réalisés, seulement 7 ministères et institutions enregistrent un taux supérieur à 75%.

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