Ici, le hall de l’hôtel Azalaï au lendemain de l’insurrection. L’entreprise est fermée, avec 182 agents au chômage. (Ph: Y.S)

Insurrection populaire: 7.300 emplois perdus

• La liste des entreprises touchées

• Le sinistre pas couvert par les assureurs

• L’indemnisation devient une urgence

A la faveur de l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014, on a enregistré des pertes en vies humaines, ainsi que de pillages et des destructions de biens publics et privés dans diverses localités . Cette situation a affecté l’économie du pays. Cela se traduit par la détérioration du climat des affaires, la destruction du capital productif de nombreuses entreprises, ainsi qu’un climat général d’insécurité qu’elle fait peser sur l’environnement des affaires. Plus de trois mois après cette insurrection, quels constats fait-on ? Le moins que l’on puisse dire, c’est que certaines entreprises végètent et caressent le secret espoir de se voir dédommager. Pour l’heure, les autorités de la transition n’en parlent pas, du moins officiellement. La Commission en charge de la réconciliation mise sur pied s’y penchera-t-elle? En attendant, le bilan est presque définitivement établi d’après cette recent étude de la Chambre du commerce.

Il y a eu, au total sur l’étendue du territoire national, 106 entreprises privées qui ont été victimes d’actes de vandalisme. Selon cette étude, les entreprises sinistrées sont majoritairement localisées à Ouagadougou (63,35%) et à Koudougou (16,83%). Bobo Dioulasso, Tenkodogo, Ouahigouya et Fada N’Gourma ont enregistré respectivement 7,92%, 3,96%, 2,97%, et 2,97% du total des entreprises sinistrées. L’étude a révélé que les entreprises sinistrées sont de diverses tailles. Une classification selon le chiffre d’affaires de 2013 indique que près de 54% des entreprises sinistrées sont de très petites ou de petites entreprises réalisant moins de 100 millions de chiffre d’affaires. Les grandes entreprises réalisant plus de 500 millions de chiffre d’affaires représentent un peu plus de 17% des sinistrées.
Au cours de cette insurrection, les dégâts affectant les entreprises ont été de plusieurs natures. Les recherches de la Chambre de commerce révèlent qu’ils ont concerné le pillage, le vol ou la destruction de marchandises et d’articles divers destinés à la vente ou exposés dans des boutiques de vente ou dans des entrepôts. Cela a concerné également des produits finis, semi-finis ou des matières destinées à la production pour des entreprises industrielles de transformation. Les dégâts ont aussi concerné le mobilier, l’immobilier. L’ampleur des dégâts diffère d’une entreprise à une autre. Ainsi, à partir des données collectées, il ressort que les entreprises qui ont subi des actes de pillages et de vandalisme l’ont été en moyenne à près de 70% de leurs capacités productives. Ainsi, les taux de sinistralité les plus élevés ont été observés à Fada N’Gourma (91,7%), Tenkodogo (83,8%), Bobo-Dioulasso (75,8%) et Ouagadougou (75,7%). Il est également utile de noter qu’à Ouagadougou, plus de 64% des entreprises sinistrées l’ont été à plus de 90%, avec par exemple 33 des 35 entreprises totalement détruites.
La conséquence immédiate de cette situation est l’arrêt de fonctionnement de certaines entreprises, les pertes d’emplois, le relèvement du risque économique pays par les agences de notation, la hausse des prix de certains produits. Pour sûr, cette crise a sonné l’arrêt temporaire ou définitif dans certaines entreprises sinistrées. De l’avis de la Chambre de commerce, les prévisions de chiffre d’affaires de l’ensemble des entreprises sinistrées pour l’année 2014 s’établissent à plus de 20 milliards de FCFA.
Il n’y a pas que cela. Les pertes d’emplois sont aussi énormes. Les conséquences de cette insurrection sont directes sur les salariés et des milliers de ménages. Pour s’en convaincre, il suffit de se référer à l’ampleur des dégâts traduite par le taux de sinistralité. En gros, on estime à plus de 7.300 les emplois perdus dans un contexte où un salarié assure en général au moins les charges de 10 personnes dans un ménage. Les pertes d’emplois permanents dues aux dégâts subies par les entreprises sont estimées à 1.660, selon la Chambre de commerce. Quant aux pertes d’emplois temporaires, elles sont estimées à 1.049 et les pertes d’emplois indirects estimées à 4.637 pour l’ensemble des 101 entreprises qui ont communiqué sur leurs pertes.
A l’analyse par ville, il est établi que Ouagadougou sera celle qui va ressentir le plus l’impact de la crise sociopolitique en terme d’emplois. En effet, la capitale enregistre une perte d’emplois permanents de 1.335, soit 80% des emplois permanents perdus, contre 70% pour les emplois temporaires et 88% pour les emplois indirects. Elle est suivie par celles de Bobo Dioulasso et de Ouahigouya.
Les entreprises, dans leur quasi-totalité, posent comme condition de redémarrage de leurs activités l’obtention de soutiens financiers extérieurs, notamment de la part de l’Etat.
Cette attente est d’autant plus forte que la plus grande majorité (72%) n’avait souscrit à aucune police d’assurance. Les 28% qui y avaient songé se sont aussi rendu compte que leur assurance ne couvrait pas de tels sinistres. Il est clair que le ralentissement de l’activité économique est une évidence.
En tous les cas, la détresse des entreprises sinistrées est perceptible. A quand un soutien fort des nouvelles autorités de la transition pour une reprise de certaines structures complètement à genoux?
Alexandre Le Grand ROUAMBA

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Numéro d'édition: 98

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