Prix du pain: guerre de tranchée entre les acteurs

• Baisse du poids contre maintien du prix à 150 FCFA ?

• Les professionnels passent en force

• Le gouvernement dos au mur

Augmentera ou pas. Cette décision sur le prix du pain était suspendue au niveau du Premier ministère. Le cadre de concertations a fait ses propositions et la Primature devrait trancher. L’augmentation était souhaitée par un certain nombre de patrons boulangers, au vu de la hausse du prix de la tonne de farine. Pour eux, c’est une question de survie pour leurs entreprises qui avaient du mal à faire face aux charges actuelles. La dernière augmentation du prix du carburant intervenue en mai 2022 est venue apporter de l’eau au moulin des partisans de l’augmentation. C’est ce qui explique la sortie unilatérale de la coalition des boulangers et pâtissiers le 23 mai 2022, par le truchement d’un courrier informant le ministère du Commerce. La coalition a annoncé qu’à compter du 24 mai 2022, le prix de la baguette passait de 150 FCFA à 200 FCFA. C’est d’ailleurs ce jour-là que les Burkinabè apprennent la nouvelle.
Il n’y avait pas vraiment de surprise, en fait, puisque l’opinion était plus ou moins préparée à cette éventualité. Mais ce sont les conditions de cette annonce et son démenti par le gouvernement qui ont plutôt surpris. On le sait, le gouvernement et la Ligue des consommateurs ne sont pas pour cette augmentation qui était projetée à 200 FCFA la baguette de 200g, soit plus de 30%. Cette projection avait été faite avant l’augmentation du prix du carburant le 11 mai dernier.
Ils avaient alors mis sur la table, lors des concertations tripartites, la possibilité de maintenir les prix à 150 FCFA et de permettre une baisse du grammage. Au lieu de 200 g, l’on proposait aux boulangers de réduire le poids à 175g puis à 180g. Toutes ces contrepropositions ont été rejetées par les professionnels du secteur. Selon nos informations, ne voyant rien venir, ils ont donc profité de la hausse des prix du carburant pour tenter un passage en force.
Cependant, le 9 mai 2022, cette même coalition avait fait des propositions au gouvernement dont voici la teneur :
«  Option 1: une augmentation minimum du prix du pain de 200g à 50 FCFA, soit 200 FCFA la baguette ;
Option 2 : autoriser la vente du pain de 150 g à 150 FCFA la baguette.
Pour chacune des deux options, règlementer la chaîne de distribution, en fixant par arrêté une ristourne plafond de 15 FCFA ».
Le gouvernement et la Ligue des consommateurs sont ainsi fragilisés dans leur ligne de défense, vu que l’Etat lui-même a fini par augmenter le prix des hydrocarbures dont la répercussion sera ressentie sur le niveau général des prix à la consommation progressivement. La Ligue a dénoncé également cette hausse unilatérale en brandissant l’arme du boycott pour ramener les professionnels du pain à la raison. A la guerre comme à la guerre. Mais, c’est son unique moyen de pression. Le gouvernement, après avoir dit que cette hausse n’était pas autorisée, parce que n’ayant pas été une solution consensuelle du cadre de concertations tripartites, a reussi à maintenir le prix à 150 FCFA, estimant que la structure des prix permettait toujours aux boulangers de s’en sortir. De quels moyens de pression dispose l’Etat pour maintenir le statu quo assez longtemps? S’il n’y a pas de contreparties satisfaisantes, l’augmentation devrait être actée, à charge pour l’Etat d’assurer un contrôle strict du poids du pain et de réprimer sévèrement les tricheurs.
Ainsi, les consommateurs qui le peuvent achèteront alors au juste prix leur baguette de pain. C’est la seule façon de restaurer son autorité ainsi bafouée. Les associations de défense des consommateurs ont déjà signalé la baisse du poids de la baguette de 200 g depuis quelques semaines.
En réalité, il nous revient que l’option 2 était déjà mise en œuvre par certains boulangers et l’Etat a fermé les yeux, estimant que c’était le moindre mal et que cela permettrait aux acteurs de souffler sans faire payer plus le consommateur. De facto, c’était une augmentation (voir encadré: Equation boulangère).
C’est ce qui explique la vive réaction du gouvernement face à l’augmentation unilatérale et la fermeture des boulangeries qui ont augmenté leur prix.o
FW

 

Encadré 1

Equation boulangère

C’est un secret de polichinelle. Le pain a maigri. Il a perdu beaucoup de son poids règlementaire qui était, en principe, de 200g. Faut-il maintenir ce poids et autoriser l’augmentation à 200 FCFA. ? Ou bien, réduire officiellement le poids à 150 g en maintenant le prix de 150 FCFA. Dans les deux cas, qui garantit les intérêts des consommateurs, quand on connait le manque criard des ressources pour le contrôle et la faible répression des contrevenants ?
Mais revenons aux deux options
A 200 g, le pétrin prend 2 sacs et produit 640 baguettes. Vendues à 200 FCFA l’unité, soient 128.000 FCFA par pétrin et 1.280.000FCFA/T ;
A 150g, le pétrin prend 2 sacs et sort 800 baguettes vendues à 150 FCFA l’unité, soient 120.000 FCFA par pétrin et 1.200.000 FCFA /T.
La question est de savoir si cela permet d’absorber l’augmentation de la tonne de farine de blé estimée à 525.000, selon la coalition des boulangers.

 

Encadré 2

Produits à prix règlementés

L’arrêté n°2020-0117/MCIA/SG portant modification de l’arrêté n°2018-0022 du 22 janvier 2018 fixe la liste des produits, biens et services soumis à la règlementation des prix:
Riz
Autres céréales
Huiles alimentaires
Coton graine
Intrants agricoles
Produits phytosanitaires
Sucre
Farine de froment
Pain
Lait et produits de laiterie
Savon
Ciment
Fer à béton
Tôles
Hydrocarbures
MEG
Eau, électricité (tarifs publics)
Articles scolaires
Tabacs
Services de transports
Services de parking
Décodeurs TNT
Gel et solutions hydroalcooliques destinés à l’hygiène corporelle
Les masques de protection respiration.

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Numéro d'édition: 441

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