Hausse des prix des produits: la solution via des réformes structurelles

• Le ministère du Commerce a fourni un rapport détaillé sur le phénomène

• En attendant les effets de la mitigation

• Doper la production locale pour réduire les importations

La tendance à la hausse des prix de certains produits de base depuis quelques mois a suscité des interpellations publiques du gouvernement via les associations de consommateurs. En décembre 2020, le président de la Ligue des consommateurs du Burkina avait déjà donné l’alerte dans les colonnes de L’Economiste du Faso : https://www.leconomistedufaso.bf/2020/12/28/consommation-les-prix-flambent/

Le spectre de la vie chère avec son corollaire de manifestations de colère dans les rues de 2008  est encore frais dans les mémoires. En première ligne dans le contrôle des prix des produits de grande consommation, le ministère de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat (MICA), dès le 1er juillet 2021, réagit à ces interpellations publiques, à travers une conférence de presse pour donner les explications de cette tendance haussière au niveau des céréales sur le prix du kilogramme de sorgho, riz et mais qui inquiète les ménages. La hausse des prix, selon l’INSD, était de 3,9% en moyenne, entre février, mars et mai 2021, selon l’indice harmonisé des prix à la consommation de l’INSD (Institut national des statistiques et de la démographie), contre 4,6% pour l’indice FAO des prix des produits pour la même période.

Les explications du Secrétaire général du ministère de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat, en son temps, en trois points, à savoir la Covid-19 et ses conséquences, la crise sécuritaire et la hausse du dollar : « En effet, la Covid-19 a entraîné la hausse des cours des matières premières et du fret, entraînant ainsi une augmentation des prix des produits de grande consommation. A cela s’ajoute la crise sécuritaire nationale qui a occasionné le déplacement des populations de certaines zones agricoles vers les centres urbains ». Quant à la hausse du cours du dollar, ces conséquences sont répercutées sur le transport et le prix des produits importés sensibles que sont l’huile végétale, les céréales, etc. d’où le renchérissement du prix du fret qui, selon l’indice Drewry « World containers index », le coût du fret a passé pratiquement de 800 dollars US en mars 2019 à 6.500 USD en août 2021 pour les routes maritimes Asie/Europe/USA/Afrique. Pour les importateurs burkinabè, « ce coût de fret qui s’évaluait à 40 dollars la tonne se situe désormais autour de 110 dollars ». Ce renchérissement » est curieusement lié à une bonne nouvelle, l’économie mondiale redémarre, d’où la pression sur les conteneurs, d’où les délais de plus en plus longs pour les obtenir et accomplir les rotations.

Mais face à la persistance du phénomène, le ministre du Commerce est lui-même monté au créneau pour tenter de désamorcer une éventuelle crise et éviter la récupération politique. La rencontre avec le chef de file de l’opposition et les représentants de la majorité présidentielle entrait dans cette logique. Faire de la pédagogie en expliquant les causes du phénomène, mais au-delà de cet exercice, les populations attendent des mesures de mitigation pour tenir le cap. Il s’agit des mesures conjoncturelles déjà mises en œuvre ou en cours de l’être.

Parmi elles, on peut citer : les actions de contrôle des prix règlementés, des stocks, de la qualité et de la métrologie des produits de grande consommation qui devraient être une activité permanente. 

Au niveau de la Société nationale de gestion des stocks de sécurité alimentaire (SONAGESS), 138 points de vente ouverts à ce jour avec un accent particulier sur les zones à défi sécuritaire à raison de 40 tonnes de céréales approvisionnées par boutique et pour chaque deux (02) semaines. L’ouverture des 183 points supplémentaires est prévue par la SONAGESS pour couvrir l’ensemble des 351 Communes et mettre à sa disposition un stock de céréales complémentaire de 44 000 tonnes pour lui permettre d’étendre la vente desdites céréales à prix subventionné.

L’implication des gouverneurs de régions dans la fixation des prix au niveau local par délégation du pouvoir du MICA, le tout avec le renforcement des capacités des unités de contrôle et du personnel et en matériel roulant. La suspension des ASE (autorisations spéciales d’exporter » dont la validité était toujours en cours, « au regard des comportements déviants des détenteurs desdits ASE ». Ces mesures, comme leur nom l’indique, sont « conjoncturelles », elles ne mettent donc pas le Burkina à l’abri des conséquences de nouveaux chocs exogènes liés à la hausse des prix des matières premières ou des transports.

La solution réside dans la mise en œuvre d’une politique volontariste pour réduire l’exposition de l’économie du pays, à travers une bonne couverture des besoins de consommation par la production locale en produits essentiels de base : ce que les producteurs de la Confédération des producteurs du Faso (CPF) a appelé la souveraineté alimentaire.

L’initiative présidentielle de Un million de tonnes de riz par an s’inscrit dans cette dynamique de changement structurel de l’économie nationale, mais également le soutien à la modernisation des infrastructures de production, de stockage, de transport, de transformation et de commercialisation. Il en est de même pour le Programme d’industrialisation accélérée (PIA). La transformation structurelle de l’économie ne doit pas être un slogan. Un paquet d’actions stratégiques a été identifié, il faut les mettre en œuvre et au pas de charge s’il le faut.  o

FW

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Numéro d'édition: 404

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