«Nous voulons un statut d’agriculteur», a souligné le président de la Confédération paysanne du Faso (CPF), Bassinka Dao. (Ph. DR)

Agriculture: «Il est temps que l’on s’implique davantage» Bassiaka Dao, président de la Confédération paysanne du Faso

La 20e édition de la JNP (Journée nationale du paysan) s’est tenue les 11,12 et 13 mai 2017 à Kaya. A ce rendez- vous du donner et du recevoir, les acteurs ont pris des résolutions fortes. Le président de la CPF (Confédération paysanne du Faso), Bassiaka Dao, revient pour vous sur comment ce nouveau format des JNP va s’opérer concrètement.

– L’Economiste du Faso: Les maux qui minent le développement de l’activité agricole au Burkina Faso sont bien connus de tous. Alors à quoi servent encore ces foires de JNP où le gouvernement vous réunis chaque année pour parler de ce que tout le monde sait ?
Bassiaka Dao, président de la Confédération paysanne du Faso: Ces rencontres que vous appelez foires sont bénéfiques, dans la mesure où des recommandations fortes sont prises par les autorités politiques et le monde agricole pour faire de ce secteur un levier de croissance. Quand je dis que je crois aux JNP, c’est parce que nous avons produit de bonnes recommandations qui prennent en compte la vision et la stratégie sur lesquelles on doit s’appuyer pour permettre aux différentes filières d’être opérationnelles. Toute chose qui nous permettra d’atteindre l’auto-suffisance alimentaire.
Sinon, les JNP sont un cadre du donner et du recevoir. C’est vrai que parfois les JNP adoptent des thématiques pour lesquelles aucun budget n’est pourvu pour mieux cerner les contours au profit des bénéficiaires. Les thématiques ne sont donc pas assez approfondies. Et pour changer les paradigmes, il faut que les JNP se dotent de budgets conséquents pour la mise en œuvre des recommandations et des engagements. Ce volet est l’un des points sur lesquels les JNP ont échoué.
Il a aussi que les techniciens du ministère de l’Agriculture, dans le souci de ne pas mettre mal à l’aise leur ministre de tutelle, font une entrave aux débats contradictoires entre les paysans et le ministre. Et cela a fait que les choses ont viré à 90% et n’ont pas permis aux JNP d’aller dans le fond des débats ces dernières années.
Sur les 20 éditions, nous avons traité environ 14 thèmes: accès aux intrants, accès des productions agricoles au marché, optimisation de l’eau, modernisation de l’agriculture, professionnalisation de l’agriculture. Malheureusement, toutes ces questions récurrentes reviennent aux JNP. Et vous avez raison sur ce point.

– A vous écouter, on a le sentiment qu’il suffit d’un peu de volonté, surtout politique, pour que le secteur agricole qui occupe plus de 83% de la population active permettre d’atteindre l’auto- suffisance alimentaire.
Ce n’est pas la volonté politique qui manque. Pour preuve, cela fait 20 ans que nous tenons les JNP avec l’accompagnement soutenu du gouvernement. Ce qui manque, c’est que les réformes du secteur ne sont pas menées jusqu’au fond. Depuis 2000, les paysans demandent un statut d’agriculteur. Est-ce que quelque chose a été fait à ce niveau? Non! C’est en 2009 que nous avons demandé l’élaboration d’une loi d’orientation agro-sylvo-pastorale, halieutique et faunique.
Et c’est dans cette loi qu’on doit conférer un statut à l’agriculteur. Sur toutes ces questions pertinentes, les gens n’ont pas travaillé. Ils se sont contentés d’une messe. De nos jours, qui est agriculteur ? Tout le monde pense qu’il est agriculteur. Il faut qu’on arrive à catégoriser notre agriculture. Sinon, nous allons nous retrouver à la case départ.

– Lors de la dernière édition tenue à Kaya, les paysans ont pris des résolutions à 90%: la JNP devient biennale, la mise en place d’un secrétariat permanent de suivi des recommandations. Qu’est-ce que ces résolutions vont apporter de plus et qu’en est-il du financement des prochaines JNP, quand on sait que vous et le gouvernement vous n’avez pas la même lecture ?
Ce n’est pas un virage que nous avons pris à Kaya. Cela fait déjà trois éditions que nous parlons de transformer la JNP en biennale pour donner plus chance à la mise en œuvre des recommandations issues de l’édition qui vient de se tenir.
La mise en place d’un secrétariat permanent qui sera géré par les organisations professionnelles agricoles offrira un organe d’interpellation et de suivi de la mise en œuvre des recommandations.
A propos du financement, nous sommes conscients que l’Etat ne peut pas tout faire et qu’à un moment donné, les paysans doivent aussi mettre la main à la poche.
C’est pourquoi nous avons émis une hypothèse avec le chef de l’Etat en disant que nous sommes prêts, au niveau des organisations professionnelles agricoles, à faire des prélèvements de 5% sur nos différents produits pour soutenir les JNP. Mais qu’en attendant que nous prenions notre autonomie, peut-être jusqu’à l’édition de 2023, l’Etat devra continuer à financer les JNP.
C’est pourquoi nous devons sensibiliser le monde agricole pour que chaque acteur sache que quel que soit son domaine d’activités, il doit contribuer. Mais toutes ces questions restent à approfondir, et c’est pourquoi nous souhaitons rapidement la mise en place d’une équipe restreinte pour réfléchir sur ce nouveau format que nous souhaitons tous.

Interview réalisée par Rachel DABIRE

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Numéro d'édition: 208

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