Régions

Suspension de l’exploitation du bois d’œuvre: : Banfora sur des béquilles

 

15 septembre 2016 – 15 février 2017. Cela fera exactement six mois qu’une décision du ministère de l’Environnement et de l’Economie verte a mis fin à l’exploitation du bois d’œuvre dans la région des Cascades. La mise en œuvre de cette mesure est beaucoup plus visible au niveau des deux scieries de la ville de Banfora qui sont, du reste, les seules au Burkina à faire une exploitation industrielle du bois. Après tant de temps, comment se porte ces deux scieries? Que deviennent les employés et comment s’arrangent les artisans du bois de Banfora pour honorer leurs commandes et par-dessus tout, quel est le souhait de ceux-ci ? C’est ce que nous vous proposons de lire à travers les lignes qui suivent.
Six mois après la mise en œuvre de la mesure du ministère de l’environnement et de l’Economie verte qui suspend l’exploitation du bois d’œuvre dans la région des Cascades, le constat est amer dans les deux scieries que compte la ville de Banfora. Ces seules unités qui exploitent de façon industrielle le bois au Burkina Faso ont été contraintes depuis le 15 septembre 2016 à mettre en quelque sorte les clefs sous le paillasson. Dans la cour de la scierie Faso Yiri plus connue sous le nom de scierie Ghassoub, quelques ouvriers seulement sur la soixantaine continuent à se présenter tous les matins, dans l’espoir d’apprendre une reprise des activités.

A la scierie Coulibaly, non loin de celle appelée Ghassoub, les ouvriers ne se présentent plus au travail. (DR)

Mais plus le temps passe, plus ils se font rare car les espoirs s’amenuisent, confie l’un des responsables de la structure qui a souhaité garder l’anonymat.
C’est une scierie qui a ouvert ses portes depuis 1971 et comme le soutient notre interlocuteur anonyme, c’est par téléphone qu’ils ont été convoqués le 14 septembre 2016 à la Direction régionale de l’environnement des Cascades pour s’entendre dire qu’ils doivent arrêter momentanément d’exploiter le bois d’œuvre. «Nous nous sommes dit que c’était pour quelques jours ou quelques semaines, mais nous voilà en train d’attendre depuis 6 mois». En son temps, poursuit notre interlocuteur, nous avions demandé un sursis ne serait-ce que de 6 mois pour pouvoir liquider nos factures et autres passifs qui s’élèvent à au moins une dizaine de millions. Mais, déplore-t-il, la mesure du ministère n’était révisable. Et la principale conséquence est que, présentement, la plupart des menuisiers de la ville se trouvent dans le désarroi. Faute de bois, ils ne peuvent même plus accepter de commandes, et certains sont contraints de faire leurs courses à pi20eds parce que par manque de moyens, ils ont garé leurs montures, martèle notre interlocuteur pour qui il est inutile dans ces conditions d’évoquer les conditions dans lesquelles vivent leurs familles.

Par manque de bois, les menuisiers et autres artisans se sont tournés vers le mélina pour satisfaire leurs commandes. (DR)

Un travailleur d’une des deux scieries de Banfora confie que la mesure de suspension de la coupe du bois d’œuvre n’est pas entièrement respectée. Selon lui, des menuisiers de Douna et de Sindou, localités situées respectivement à 45 km et 51 km de Banfora, ont continuellement disposé de bois rouge depuis l’entrée en vigueur de la note. Selon lui, ces artisans sont même venus chez eux à la scierie dès les premiers moments de la mesure pour acheter du bois.
Et ces menuisiers voulaient leurs reçus pour le brandir chaque fois qu’un contrôle de la DR environnement les prendrait. Mais pour Lamien Pingaté, directeur régional de l’environnement, il ne faut pas pour autant s’alarmer, car ces mêmes informations leur sont parvenues et les mesures qui s’imposent ont prises.
Et avec seulement une centaine d’agents des eaux et forêts, Pingaté Lamien reconnait qu’ils ne sont pas sûrs sd’assurer une surveillance pas à pas de la forêt.
D’ailleurs, reconnait-il, «nous avons aussi appris la rumeur selon laquelle des coupeurs frauduleux ont prélevé du bois, mais nos investigations n’ont rien montré. Pour une surveillance accrue, nous avons bénéficié de la part du ministère d’un renfort de 15 agents et nous en avons gardé 12 à Banfora au sein d’une unité dénommée la brigade forestière régionale.
Cette unité s’évertue chaque jour à traquer les fraudeurs, et si d’aventure il y en avait, on aurait pris certains», a lancé le DR Lamien qui atteste que néanmoins des cas de fraudes concernant le kaïcédrat dans certaines localités ont été interceptés. Et de rassurer que les éventuels fautifs ont été appréhendés et sanctionnés comme il se doit.

Las supplique des ménusiers
Du côté des menuisiers, l’heure est à la supplication du ministère de l’environnement pour qu’il revoie la copie, car la pilule est difficile à avaler.
Selon Issa Soulama qui est le président de l’association Dani Tama des menuisiers et ébénistes de Banfora: «Depuis la mise en œuvre de la mesure qui a suspendu l’activité de l’exploitation du bois d’œuvre, les menuisiers et autres artisans qui ont le bois d’œuvre comme matière première ont gardé l’oreille tendue, en vain, du côté de la direction régionale dans l’espoir des nouvelles de la reprise».
Pourtant, renchérit-il, il n’est un secret pour personne que la ville de Banfora compte des milliers de menuisiers qui entretiennent des familles.
Plusieurs démarches ont été entreprises pour la réouverture de l’exploitation du bois, et elles sont justifiées selon M. Soulama: «La situation est devenue telle que les menuisiers sont obligés, pour ceux qui en ont la chance, de travailler avec le bois saisi par les services de l’environnement. Là encore, les conditions qui ont été fixées pour la vente de ce bois n’arrangeaient pas les artisans que nous sommes. La conséquence est que beaucoup de menuisiers se sont rabattus sur le mélina, l’eucalyptus ou encore même le manguier et le nimier qui viennent de plantations privées», déplore le président de l’association Dani Tama pour qui l’activité des deux scieries de Banfora ne peuvent compromettre la conservation de notre biodiversité.
«Pour nous, il y a d’autres exploitants qu’il faut traquer. Cela permettra à l’autorité ministérielle de comprendre la situation des menuisiers. Toute chose qui l’amènera à permettre aux scieries de reprendre en toute responsabilité, pour le bonheur des artisans. Les forêts sont notre propriété et nous sommes également conscients de leur conservation. En attendant, il nous faut trouver la parade pour subvenir à nos besoins, assurer la scolarisation de nos enfants et la survie de nos famille», conclut Issa Soulama.

Sy Amir Lookman


Les raisons de la suspension

Revenant sur les raisons qui ont prévalu à la suspension de l’exploitation du bois d’œuvre d’espèces locales, le Directeur régional de l’environnement indique que les principales raisons sont liées au fait que les permis qui avaient été octroyés aux deux scieries étaient arrivés à terme.
La deuxième raison est qu’il n’y avait pas de suivi effectif, car l’exploitation d’espèces locales doit respecter un certain nombre de principes et normes scientifiques. «Il fallait donc s’arrêter pour réfléchir à une stratégie à mettre en place afin d’éviter la catastrophe et permettre que l’exploitation soit un tremplin pour le développement socio-économique de la région, a indiqué le DR Lamien.
La troisième raison, selon lui, est que le potentiel forestier en bois d’œuvre de la région des cascades, quoique riche, s’amenuise sérieusement. Pour ce qui est du respect de la mesure, le DR se veut rassurant quand bien même il reconnait que les scieries ne sont pas les seules à y être soumises. «A la DR, nous disons que la mesure de suspension est suivie par les scieries, dans la mesure où nous ne disposons d’aucune preuve montrant que celles-ci ont outrepassé  les instructions», a-t-il martelé. Il explique que la région des Cascades compte plusieurs centaines d’hectares de forêts.


 

Reprise éventuelle de l’activité: les assurances du Directeur régional

En réaction à ces doléances des artisans du bois, le DR Lamien Pingaté rassure. Le dossier d’exploitation du bois d’œuvre dans la région des Cascades a énormément évolué. Que ce soit au niveau central ou déconcentré, a-t-il dit, plusieurs rencontres ont été organisées et des décisions ont été prises. «La première décision va du constat que les scieries sont des unités pourvoyeuses d’emplois. Compte tenu du fait que ceux qui y travaillent, tout comme les milliers de menuisiers qui gagnent leur vie dans cette activité, le ministère ne pouvait pas fermer les yeux et tenir mordicus à la mesure. Mais nous sommes dans un contexte de développement durable et il s’agit de concilier l’écologie au social et à l’économie. Les trois doivent aller de pair et il faut trouver le juste milieu qui permette que l’homme qui est au centre de tout puisse vraiment s’épanouir. Vu cela, le ministère envisage une petite ouverture mais pour ce faire, un inventaire exhaustif des individus qui peuvent être exploités doit être dressé», confie le DR Lamien qui précise qu’un atelier régional réunira dans les semaines ou mois à venir tous les acteurs impliqués, que ce soit les maires, les coutumiers, les politiques pour ensemble voir comment identifier au GPS les espèces qui pourront être coupées.
Ces individus seront inventoriés et une restitution sera faite au cours d’un autre atelier, de sorte que les prélèvements ne détériorent pas le potentiel existant.
Selon lui, nous évoluons dans un contexte de transfert des compétences aux collectivités territoriales et l’avis des maires sera capital dans la nouvelle disposition de l’exploitation du bois d’œuvre. Cette ouverture qu’entend concéder le ministère est guidée selon lui par le souci de préserver l’activité des scieries, car une entreprise qui manque de matière première pendant un long temps court le grand risque de fermer définitivement.
C’est pour éviter cela que le ministère a décidé qu’une autorisation pour couper quelques pieds, assujettie à un suivi rigoureux, leur sera octroyée pour maintenir le minimum de fonctionnement en attendant que nous ayons les données scientifiques pour travailler en toute quiétude. Lorsque cela sera possible, les scieries doivent avoir à l’idée qu’aucun pied ne sera coupé sans que les services de l’environnement et le maire de la localité ne soient informés. Il y aura un constat préalable à la coupe de sorte à éviter tout remous dans le village. De plus, nous allons veiller à ce que la taxe afférente à chaque pied coupé soit versée dans la caisse qu’il faut.
D’ores et déjà, le DR félicite les acteurs des deux scieries ainsi que l’ensemble des menuisiers de Banfora qui ont su garder leur calme depuis l’entrée en vigueur de la mesure. «Ils ont eu un esprit élevé, ils ont attendu patiemment que les choses évoluent et nous les félicitons pour ce comportement que nous apprécions énormément», a conclu le DR qui rappelle une fois de plus que les ressources forestières dans les Cascades sont certes relativement riches, mais si on n’y prend garde, la catastrophe serait une réalité dans quelques années. «Il ne sert à rien de les protéger pour protéger. Nous protégeons pour permettre à la population de pouvoir en profiter», a dit Pingaté Lamien.

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