La journée de Seni Raoul Bapan commence dans la salle de préparation des vols, où il étudie le dossier du vol. Ensuite, il se déporte vers l’avion pour le préparer à accomplir la mission du jour. Viennent ensuite le roulage, le décollage, la montée, la croisière, la descente et l’atterrissage. (DR)

Seni Raoul Bapan : Le Burkinabè d’ASKY Airlines

• Un parcours exceptionnel

• De pompier à pilote

• Un rêve réalisé grâce à sa mère

 

Seni Raoul Bapan est un pilote burkinabè travaillant actuellement à ASKY Airlines, la compagnie panafricaine créée en 2007 pour remplacer la défunte Air Afrique et dont le siège se trouve à Lomé au Togo. L’Economiste du Faso s’est intéressé au parcours de l’homme. Comment est-il arrivé au pilotage ? Quel est son quotidien dans ce métier qui fait rêver tant de jeunes? Autant de questions que l’Economiste du Faso lui a posées.

L’Economiste du Faso : Comment êtes-vous arrivé au pilotage ?
Seni Raoul Bapan : C’est un rêve d’enfance que j’ai décidé de réaliser. Quand j’ai commencé à fréquenter le milieu aéronautique en 2004, j’avais dépassé l’âge limite pour passer le concours de recrutement de pilotes de la base aérienne du Burkina Faso. Une seule solution se présentait à moi, à savoir payer la formation de pilote sur fonds propres. C’était un gros obstacle pour moi parce qu’ayant des origines très pauvres et orphelin de père dès l’âge de 3 ans. Ma mère, ménagère, s’appuiera sur son petit commerce pour scolariser ses deux garçonnets.

Comment avez-vous procédé alors ?
Mon premier plan pour contourner ce gros obstacle était de trouver un travail qui me permettra de payer ladite formation.Après 2 échecs aux concours de l’ASECNA et une tentative vaine de m’inscrire sur titre à l’EAMAC (Ecole africaine de la météorologie et de l’aviation civile), j’ai fini par réussir au concours des pompiers d’aérodromes de l’ASECNA, lorsque j’étais en année de licence en physique à l’université de Ouagadougou.
Après ma prise de service en juin 2009, j’ai contracté un prêt bancaire dont le montant ne couvrait qu’environ 25% du montant total de la formation, estimé entre 25 et 30 millions pour une formation complète aux USA, tous frais compris.
J’ai décidé tout de même de commencer la formation de Pilote Privé Avion à l’aéroclub de Ouagadougou, où j’ai obtenu ma licence de Pilote Professionnel. Après l’obtention de cette licence en mai 2010, j’ai acheté les bouquins nécessaires à préparer les examens de la qualification au vol et aux instruments et la licence Pilote Professionnel américain, à mes temps perdus. Lorsque je me suis senti prêt, j’ai d’abord fait un pré-test en ligne qui m’a permis d’avoir l’autorisation d’aller participer aux examens écrits à la Flight Safety Académy à Paris, examens auxquels j’ai réussi à la première tentative.
La licence burkinabè de pilote privé, les attestations de réussite aux examens de qualification au vol et aux instruments et licence de pilote professionnel américain en poche, et à court d’argent pour poursuivre le reste de la formation, je me suis lancé dans une vaste campagne de demande de bourse d’études auprès de centaines ambassades et organismes internationaux. Campagne qui ne porta aucun fruit.
En mai 2011, par coup de chance, une mine de manganèse basée non loin de Houndé, à l’Ouest du Burkina, et à Tassiga au Nord du Mali, m’a confié la gestion d’un de ses avions de 4 places, pour assurer le transport non rémunéré de son matériel de travail. Non rémunéré, parce que la licence de pilote privé ne permet pas au pilote de faire du travail rémunéré. En contrepartie, j’augmentais mes heures de vol, ce qui diminue directement la facture qui m’attend pour le reste de la formation aux USA.
Après 2 mois de vol pour la mine, j’ai accumulé au total 200 heures de vol sur les 250 heures requises pour se présenter à l’examen pratique de pilote professionnel. Ma facture chutait ainsi de 15 millions de FCFA à environ 7 millions de FCFA hors frais de séjour.
Ladite mine, pour m’encourager, décida de financer mon billet d’avion pour Miami. Après avoir eu une promesse de complément de financement et aussi avec l’aide de ma mère qui me donna toutes ses économies, j’ai pris 75 jours de congé que j’avais accumulés en tant que pompier à l’ASECNA, pour me rendre à Miami aux USA pour la formation pratique au vol et aux instruments et à la qualification Pilote Professionnel Avion. On était en août 2011.
Après 2 mois de vraie galère où souvent le manque d’argent m’amenait à aller faire mes vols le ventre vide, j’ai décroché ma qualification au vol et aux instruments et ma licence de Pilote Professionnel Avion Multimoteur, le 19 octobre 2011, à Dean International Flight School de Miami aux USA.
En février 2012, pour rendre mon CV plus intéressant auprès des recruteurs, j’ai prolongé mon prêt bancaire pour repartir à Paris, à la Flight Safety Academy où j’ai réussi à l’examen écrit de Pilote de Ligne Avion. En septembre 2012, je me suis retrouvé à la Panam Flight Academy de Miami, avec 2 autres amis, pour la qualification sur avion turboréacteur de type MD87. Le MD 87, à l’époque, étant utilisé par Air Burkina, nous espérions intégrer cette compagnie aérienne.

Pourquoi n’êtes-vous pas resté à Air Burkina ?
Après un stage d’adaptation à Air Burkina, j’ai été confirmé Officier Pilote de Ligne sur MD87, le 9 avril 2013. Mais la compagnie qui traversait une crise financière à l’époque a décidé de suspendre les recrutements.
Comme mon CV était riche d’une petite expérience en ligne, j’ai décidé de le valoriser auprès des compagnies aériennes étrangères. C’est ainsi que j’ai envoyé une demande de candidature spontanée à ASKY Airlines et, après presque 2 années d’attente au cours desquelles j’ai piloté le Cessna Grand Caravan, avion mono-turbopropulseur de 12 places de la mine IAMGOLD Essakane entre juin et novembre 2015, ASKY Airlines a fini par me retenir comme pilote lors d’une sélection, alors que nous étions 4 candidats.
En décembre 2015, j’ai rendu ma démission à l’ASECNA pour rejoindre ASKY Airlines. J’ai commencé par Addis-Abeba, au centre de formation d’Ethiopian Airlines, pour ma qualification sur Avion de type Dash8 Q400, un bi-turbopropulseur de 67 places de fabrication canadienne. ASKY compte 8 avions, dont 4 Boeing 737 et 4 Dash8 Q400.
Après mon stage, j’ai été confirmé Officier Pilote de Ligne sur Dash8 Q400, le 4 juillet 2016, et je suis devenu le premier pilote burkinabè à intégrer la famille ASKY riche d’une vingtaine de nationalité.
Je fais du même coup la fierté d’une maman, veuve avant la trentaine, qui se dit que son sacrifice a porté ses fruits.

Interview réalisée par Elie KABORE


 

Piloter un Boeing 747 est son autre rêve

Le plus important pour moi, c’est de conduire les oiseaux de fer quels que soient leurs tailles ou niveaux de performance. Cependant, j’ai un faible pour le Super jumbo jet Boeing 747. Je l’ai déjà piloté en simulateur au centre de formation de la Panam Flight Academy de Miami. Si tout se passe bien, je pense prendre un jour les commandes de ce monstre, ne serait-ce que le temps d’assouvir mon désir.


 

Ouaga : son aéroportde prédilection

Je suis toujours content de revenir à Ouaga et d’atterrir sur la piste qui a vu naître mes ailes.Un de mes collègues aime dire : « Quand on me programme sur Ouaga avec Raoul, je sais automatiquement que c’est lui qui prendra les commandes sur le trajet Lomé-Ouaga, parce qu’il est toujours content d’atterrir chez lui».

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Numéro d'édition: 179

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