Achille Tapsoba n’exclut pas des retrouvailles avec le MPP. (DR)

MPP-CDP: des retrouvailles en vue ?

• «Nous avons reçu un coup dur»

• Rien n’est impossible en politique

• Bannir le « prétexte » des caisses vides

 

Le président par intérim du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), Achille Tapsoba, s’est confié à votre journal.
Dans l’entretien qui suit, il égratigne son allié de circonstance, Zéphirin Diabré, de l’Union pour le progrès et le changement (UPC) et actuel Chef de file de l’opposition politique (CFOP). Le CDP envisage-t-il de retrouver son adversaire actuel, le parti au pouvoir, le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP) ? Achille Tapsoba, qui marque un arrêt sur la détention de l’ex-Premier ministre, Luc Adolphe Tiao, n’exclut rien : «La politique est le champ de toutes les possibilités», affirme-t-il. Entretien !
L’Economiste du Faso : Votre parti est passé de parti au pouvoir à parti d’opposition. Comment vivez-vous cette brusque mutation ?
Achille Tapsoba (président par intérim du CDP, ex-parti au pouvoir) : En tant que parti social-démocrate engagé dans la démocratie et dans la République, nous avons, dans notre perspective, constamment à l’esprit qu’un parti peut être au pouvoir et descendre dans l’opposition et vice versa. C’est ce qui s’est passé avec notre parti, même s’il est vrai que notre passage du pouvoir à l’opposition a été brutal. Nous avons reçu un coup très dur et nous avons compris qu’il faille désormais jouer le rôle de parti d’opposition suite aux élections présidentielle, législatives et municipales. Nous assumons pleinement ce rôle, étant attendu que le peuple a choisi un parti pour en faire le parti majoritaire qui est le MPP.

Vos contradicteurs ont lié le retour et l’arrestation de l’ancien Premier ministre, Luc Adolphe Tiao, au report de votre congrès, parce qu’il se murmurait qu’il venait pour prendre la tête du CDP.
Luc Adolphe Tiao est un cadre de haut niveau de notre parti, mais il n’a jamais été président du parti. Son arrestation ne saurait être le motif du report de notre congrès. Luc Adolphe Tiao était notre Premier ministre au moment où le CDP avait la responsabilité de la gestion du pouvoir. Par conséquent, c’est quelqu’un qui peut être positionné à la tête du parti comme bien d’autres cadres. Mais pour ce congrès extraordinaire, la raison du report n’est nullement liée au fait que Luc Adolphe Tiao venait pour prendre la tête du parti et qu’il a été emprisonné.
Au contraire, nous déplorons une situation qui consiste à ne pas mettre en avant le courage avec lequel Luc Adolphe Tiao est rentré pour se livrer à la justice.
Il se peut que si la justice ne lui avait pas réservé ce traitement, il pouvait effectivement être pressenti par les militants pour diriger le parti. Il ne faut donc pas diluer la motivation de Luc Adolphe Tiao dans le report d’un congrès. Je déplore les conditions dans lesquelles il est détenu.

Justement, d’aucuns pensent qu’au regard des hautes fonctions qu’il a occupées il aurait pu être mis en résidence surveillée en attendant la suite.
Il est important de considérer que tous les Burkinabè sont égaux en droits et en devoirs. Si c’est le cas, c’est qu’en plus de cette égalité naturelle, il y a une reconnaissance légale des fonctions qu’un Burkinabè occupe. C’est au regard de cette fonction qu’on a convoqué Luc Adolphe Tiao et non au regard de son statut de Burkinabè ordinaire. Au regard donc des fonctions qu’il a occupées, il doit avoir un minimum d’égards. Si le droit a inventé la résidence surveillée, c’est parce que ce droit estime que la résidence surveillée est un régime d’emprisonnement qui est réservé à un certain nombre de personnalités de haut niveau qu’on ne peut pas traîner comme les autres, eût égard à leurs fonctions.
C’est pour cette raison que nous pensons qu’il y a un minimum à faire, sinon on retombe dans la domination de la justice par le subjectivisme et par l’arbitraire. C’est cela qu’il faut éviter à notre justice.

Vous reprochez aux dirigeants actuels de ne pas répondre aux attentes nées après l’insurrection. Certains pensent qu’il est trop tôt pour juger leurs actions, puisqu’ils dirigent seulement depuis 9 mois.
Ce n’est pas nous qui avons dit au MPP de promettre aux Burkinabè qu’en moins de 6 mois leur sort allait changer. Quand quelqu’un vous dit qu’il peut faire quelque chose en 3 mois, c’est qu’il s’est fixé un délai. S’il n’honore pas ce délai, vous vous faites une idée de son incapacité à honorer ses engagements.
Le MPP n’a pas reussi l’exploit qu’il a promis. Souvenez-vous de la campagne électorale du MPP. A l’écouter, en son temps, c’est comme si une fois le pouvoir acquis les choses allaient magiquement changer dans ce pays. Malheureusement, force est de constater que ça ne bouge pas comme il faut. Au contraire, les problèmes ne font que s’exacerber. C’est vrai que la transition a mis à rude épreuve notre système économique, mais il faut dire que le MPP non plus n’a pas réussi l’exploit qu’il promettait.

Au niveau du Chef de file de l’opposition politique (CFOP), il y aurait une scission , on parle d’un risque de fracture entre les partis membres de l’ex-coalition « Zéph 2015 » et ceux qui n’étaient pas de l’insurrection et conduit par le CDP. Confirmez-vous cela ?
Chaque parti politique se déclare volontairement de l’opposition. Il faut savoir que la loi a changé. Avant, il fallait se déclarer au Chef de file de l’opposition (CFOP) pour être reconnu comme parti d’opposition.
Le CFOP était donc l’unité de mesure de l’appartenance d’un parti à l’opposition. Désormais, il suffit de faire une déclaration publique pour dire que votre parti est de l’opposition. C’est ce que nous avons fait. Le CFOP devient alors un cadre institutionnel légal qui donne la possibilité à l’opposition d’être organisée autour des institutions de l’Etat. On peut se reconnaître dans le CFOP ou pas, cela ne vous empêche pas d’être de l’opposition.

Le CDP se reconnaît-il dans le CFOP ?
Nous sommes déjà membres du CFOP. Maintenant, je le dis et je le répète, ce que Zéphirin Diabré (NDLR, Chef de file de l’opposition) fait aujourd’hui comme activité n’engage que l’UPC et lui-même en tant que président de son parti. Par exemple, si c’est le CFOP qui était engagé sur la Conférence des insurgés (NDLR, prévue par l’ex- coalition Zèph 2015 pour se tenir en fin octobre), nous allons prendre une position.
Mon parti estime qu’il n’est pas concerné par une conférence sur le bilan de l’insurrection. Au contraire, nous sommes considérés comme les victimes de l’insurrection. Ce que nous déplorons, c’est que la question n’est pas posée au niveau du CFOP avant d’être traitée sur la place publique. Cela nous aurait permis de faire la part des choses et aurait permis à certains partis d’opposition de comprendre le bien-fondé de cette initiative. Pour le CDP, l’insurrection est passée. Elle a produit ses effets et ses fruits.

N’est-ce pas la source de l’incohérence de la cohabitation UPC-CDP ?
Il ne s’agit pas d’une incohérence. Chacun mène ses activités comme il l’entend.

Nous le disons parce que l’UPC fait partie des formations politiques qui ont contribué à faire chuter le CDP. Bourreaux et victimes se retrouvent.
On se retrouve à l’opposition pour le jeu des élections, mais pas par le jeu de l’insurrection.

Mais il n’en demeure pas moins que vous étiez des adversaires politiques?
Des adversaires politiques peuvent être des partenaires politiques et vice versa, et même des plus redoutables. Les rapports que nous avions avec le MPP étaient des rapports entre militants et c’est devenu une adversité terrible.
Il n’est donc pas exclu que le MPP, adversaire politique actuelle, devienne un partenaire politique demain ?
Je reste toujours convaincu que la politique est le champ de toutes les possibilités. Ce qui est dangereux en politique, c’est de dire que telle ou telle chose ne peut jamais arriver. Il ne faut jamais dire « jamais » en politique.

C’est donc possible que l’on assiste à ce mariage MPP-CDP ?
Ce qui n’était pas possible ou pensable hier peut l’être aujourd’hui ou demain.
De la même manière qu’il était impensable il y a quelques années que le CDP perde le pouvoir et de la manière la plus brutale possible, c’est de la même manière que ceux qui sont des adversaires aujourd’hui peuvent devenir des partenaires demain.

Donc…
Donc, c’est une question des rapprochements des intérêts, des objectifs, des lignes politiques, des circonstances qui peuvent vous amener à des alliances conjoncturelles. C’est ce que le MPP a eu à faire avec le CFOP de l’époque pour faire tomber le CDP. Il faut faire ces analyses au lieu de s’enfermer dans des « pas possibles ».

Surtout que l’opinion estime que MPP est égal à CDP.
Non ! C’est une égalité qui n’est pas juste. MPP n’est pas égal à CDP et CDP n’est pas égal à MPP. Le MPP est une émanation du CDP. Le CDP reste le parti souche.
Le MPP a des points de rupture avec le CDP et vice versa. De ce point de vue, l’égalité ne se fonde pas. Pour l’instant, nous sommes des partis opposés.

Propos recueillis  par Alexandre Le Grand ROUAMBA


Achille Tapsoba contre le « prétexte » des caisses vides

Le pouvoir dit être venu trouver des caisses vides. Ceci pourrait-il expliquer la situation économique actuelle que traverse le Burkina ? Le président par intérim du CDP ne se laisse pas convaincre.
Pour lui, « qu’on trouve des caisses vides ou qu’on trouve des caisses pleines, tout dépend de la manière dont on résout les problèmes ». Achille Tapsoba ajoute : « Je ne me rappelle pas d’un pouvoir qui a dit être venu trouver les caisses pleines.
C’est donc un refrain que je connais très bien depuis la IIIe République jusqu’à aujourd’hui ». Il s’agit donc, selon l’actuel patron du CDP, « de remplir les caisses de l’Etat. Il faut un travail de recouvrement dans toutes les régies de recettes de l’Etat, en vue d’honorer les dépenses. C’est l’effort qu’on peut faire pour mobiliser les ressources qui importe. Il ne suffit pas de crier que les caisses sont vides », s’empresse-t-il de conclure.


Un forum sur la problématique de l’emballage

Comment rendre les produits made in Burkina plus attractifs et améliorer la compétitivité des entreprises ? C’est l’objet du « Forum de l’emballage » qui est prévu pour se tenir du 10 au 12 octobre 2016 à Ouagadougou. C’est une initiative de l’Agence de promotion des exportations du Burkina (APEX-B), en partenariat avec les autres structures d’accompagnement de l’investissement privé au Burkina. Il s’agit notamment de la Chambre de commerce et d’industrie (CCI-BF) et l’Agence de promotion des investissements du Burkina (API-BF).
Sous le thème « Emballage de qualité, facteur de compétitivité des entreprises à l’exportation », le forum va permettre à une dizaine d’entreprises de fabrication d’emballages d’Afrique, d’Europe et d’Asie de venir montrer leur savoir-faire aux potentiels utilisateurs de ces emballages, notamment les PME/PMI de transformation des produits locaux. En retour, celles-ci pourront exprimer leurs préoccupations et leurs besoins.
C’est donc une rencontre d’échanges et de partages d’expériences sous le format de conférences, panels et de B to B. Très souvent, les produits burkinabè, en dépit de la qualité, ont du mal à s’imposer, notamment à l’exportation. La faute à l’emballage qui n’attire pas ou n’est pas fiable. Cela nuit donc à la compétitivité des entreprises qui en sont les promoteurs. L’APEX veut donc aider à rectifier le tir.
L’emballage de qualité comporte 3 dimensions qui sont: « l’esthétique », «la protection-conservation » et « les informations sur le produit ».
Ce sont ces éléments qui devraient être mieux assimilés par les entrepreneurs burkinabè.

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Numéro d'édition: 174

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