Transition politique : Les organisations paysannes se positionnent

• Plaidoyer pour un statut de l’agriculteur

• Contre l’accaparement des terres

• Pour un ministère unique dédié au secteur rural

Le président de la Confédération paysanne du Faso, Bassiaka Dao, entend poursuivre  les débats autour de l’efficacité du financement de l’agriculture. (DR)

Le président de la Confédération paysanne du Faso, Bassiaka Dao, entend poursuivre les débats autour de l’efficacité du financement de l’agriculture. (DR)

Le nouveau Premier ministre, Issac Yacouba Zida, à peine entré en fonction, connaît les préoccupations du monde rural. Des consultations qu’il a eues avec les corps socio-professionnels durant la brève période de la pré-transition, les paysans n’ont pas été oubliés. En rappel, le 12 novembre, leurs représentants étaient allés encourager M. Zida, mais surtout lui rappeler l’importance du poids économique et social des agriculteurs qui représentent 86% de la population. Les paysans demandaient à être pris en compte dans la mise en place des organes de la transition. Ayant constaté que leurs organisations étaient visiblement exclues des débats, elles ont tenu à faire une recommandation allant dans le sens de la participation effective de la Confédération paysanne du Faso (Cpf) au processus, avec une proposition concrète : au moins deux représentants dans l’organe législatif et un représentant dans l’exécutif transitoire. Au nom des 14 organisations membres intervenant dans les filières agricoles, Bassiaka Dao, le président de la Cpf, inscrit cette démarche dans la défense de l’exploitation familiale qui va avec leur attachement à la souveraineté alimentaire.

Tout comme le peuple burkinabè qui a choisi le bon moment de s’exprimer en faveur de l’alternance au sein des instances politiques, au niveau du monde rural, on salue cet évènement, et en profite pour marquer sa présence, puisque ses acteurs ne veulent pas être des citoyens de seconde zone, eux qui travaillent« à ce que toutes les composantes de la société aient accès à de la nourriture saine et de qualité ».
Pour Bassiaka Dao, « la première mission sociale d’un Etat est d’arriver à nourrir son peuple, sur sa propre production. Et en cela, nous nous disons que le monde paysan est responsable de la sécurité alimentaire et nutritionnelle des populations.Nous voulons dire aux autorités de faire en sorte que les grands projets et programmes agricoles en cours puissent continuer sans rupture». Sont de ceux-là, l’agropôle de Bagré et l’opération 100.000 charrues, un engagement de l’ex-président du Faso à équiper des milliers de petits producteurs, en 5 ans, en vue de réduire la pénibilité du travail et leur permettre d’augmenter leurs superficies.
Les responsables du monde rural mettent aussi l’accent sur la nécessité de définir l’agriculteur en élaborant et en adoptant un statut y relatif. Qui est agriculteur ? S’interroge le dirigeant de la Cpf. « Il faut que nous le sachions. Du jour au lendemain, quand il y a un programme qui attire de l’argent, technocrates et fonctionnaires, chacun devient agriculteur pour en profiter. Il faut que l’on arrive à donner un statut à l’agriculteur, reconnaître que c’est un corps de métier générant des droits et des devoirs. Nous ne devons pas être des citoyens oubliés, comme les gens ont l’habitude de le faire: se substituer à nous pour décider. C’est plutôt aux paysans de penser pour eux et pour les autres, afin d’arriver à nourrir les populations à moindre coût et avec de la nourriture de qualité et en quantité», explique M. Dao.
En tant que fervent défenseur de l’agriculture familiale, la Confédération paysanne du Faso est critique à l’endroit de l’agrobusiness tel qu’il est promu au Burkina. La part des productions issues des grandes exploitations de ces agrobusinessmen dans la production nationale ne représenterait pas plus de 2%, selon Bassiaka Dao. Les regards sont tournés vers le phénomène d’accaparement des terres par certains politiciens et cadres de l’administration qui, en réalité, ne les mettraient pas en valeur. Le doigt sera mis sur ces questions en vue d’interpeller les nouvelles autorités au changement.
«Aujourd’hui avec la monétarisation des terres, des gens qui n’ont pas suivi la procédure exigée par les lois relatives à la sécurisation foncière s’accaparent de dizaines et de centaines d’hectares en expropriant d’autres. C’est le lieu pour la Cpf d’appeler à la mise en place des organes de gestion du foncier au niveau national comme le veut la loi 034». Son plan d’actions 2015-2018 prévoit de faire le point de la situation d’occupation des terres en vue d’argumenter le plaidoyer auprès des autorités pour encourager à la mise en valeur des terrains non exploités.
Pour plus de cohésion des actions gouvernementales en direction du monde rural, la communauté paysanne a des propositions en lien avec l’architecture du département qui s’occuperait du développement de leurs activités collectives. Le président Dao est favorable à la création d’un ministère de l’Agriculture, de la pêche et de l’élevage. Un ministère unique, qui regrouperait les trois, travaillerait mieux, selon lui, pour une agriculture durable et compétitive à même de permettre au monde rural de s’insérer dans l’économie de marché, permettant à l’agriculteur de brasser plusieurs domaines de compétences, tout en se spécialisant dans une filière bien donnée».o

Christian KONE


Les préoccupations du monde rural

Les organisations paysannes du Burkina souhaitent que, durant la transition, les questions liées à leurs activités soient débattues sans tabou. Au nombre de celles-ci, on note :
– l’élaboration et l’adoption d’une loi portant définition du statut de l’agriculteur et de ses décrets d’application;
– l’intégration de l’appui aux organisations paysannes au budget de l’Etat qui les réaffectera à la Cpf ;
– la détaxation des équipements agricoles (production, transformation et post-récolte) ;
– l’exonération des intrants agricoles (engrais, produits phytosanitaires) de toute taxe ;
– la fixation d’un prix minimum garanti pour les produits agricoles ;
– l’exonération des organisations paysannes des marchés institutionnels des produits agricoles et l’accroissement des volumes ;
– la réelle mise à disponibilité, en qualité et en quantité, des semences et leur accessibilité aux producteurs ;
– la création de la banque agricole pour le financement de l’agriculture.

Source: mémorandum Cpf

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Numéro d'édition: 89

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