Ouaga 2000 : Le deal des ronds-points

• Un quartier pas comme les autres

• Des travaux d’aménagement à l’intérieur des espaces reservés

• La Sonatur envisage rembourser les acquéreurs

Ouaga 2000: une ville dans la ville

Le quartier Ouaga 2000, situé au Sud-Est de la capitale du Burkina, à 10 km du centre-ville, peut-être l’expression d’un regard neuf sur la ville de Ouagadougou. Certains n’hésitent pas à l’assimiler au quartier de ceux qui sont d’une certaine classe sociale. C’est l’extension de la cité qui est en marche. C’est une ville dans la ville ! C’est le quartier où tout paraît beau. Il force l’admiration des uns et la colère des autres. Certains en viennent à se demander si Ouaga 2000 appartient au Burkina ou un groupe de personnes. Voilà pourquoi l’administration évite parfois de s’ingérer dans la gestion de certains dossiers de ce quartier, comme celui des parcelles ou des ronds-points, pour ne pas se brûler les doigts. Ouaga 2000 fait peur à certains décideurs. Mais jusqu’à quand ? La question est : qui gère ce quartier ? La Sonatur, la mairie de Ouaga…

Qui a ordonné que l’on parcelle des ronds-points à Ouaga 2000, le quartier futuriste de Ouagadougou ? Qui en sont les bénéficiaires ? C’est un véritable flou artistique autour d’un phénomène inquiétant. Les faits semblent relever de la fiction, mais c’est la triste réalité. Un tour dans le quartier huppé de la capitale et le constat est là, frappant. Des ronds-points (au beau milieu des habitations) et des espaces verts sont parcellés et attribués.

Un des ronds-points en question (clôture, forage…). (DR)

Un des ronds-points en question (clôture, forage…). (DR)

Qui en est le responsable ? C’est la question à un million de dollars.
Interrogé, le ministre de l’Habitat et de l’urbanisme a affirmé être informé du phénomène. «Oui ! Je suis au courant», a affirmé le ministre René Bagoro. Qu’est-ce qui est entrepris depuis son arrivée à la tête du ministère pour résoudre ce problème? Là également, René Bagoro est précis : «La gestion des espaces verts ne relève pas de la compétence directe du ministère de l’Habitat et de l’urbanisme. En réalité, les questions de lotissements relèvent, dans leur gestion, de la mairie. Les espaces verts et les ronds-points dont on parle relèvent donc de la compétence de l’autorité municipale. Vous comprenez donc que ce n’est pas dans le rôle du ministère de l’Habitat et de l’urbanisme de faire des retraits. Comme nous sommes en transition et que le travail est collégial, nous avons saisi un certain nombre de promoteurs immobiliers pour demander la production des pièces justificatives relatives aux terrains dont ils disent être propriétaires. Ces réponses commencent à entrer et nous allons les étudier. Au regard de ce que nous aurons comme réalité, nous verrons, avec le ministre en charge de l’Administration du territoire, comment proposer des solutions. Nous sommes donc informés de ce qui se passe à Ouaga 2000. Il y aura des gens qui seront interpellés. Parmi ceux qui ont été déjà interpellés, il y avait entre autres motifs ces questions». Après ces explications, nous avons donc orienté nos recherches vers la mairie de Ouagadougou parce que comme l’a dit le ministre Bagoro, «les espaces verts et les ronds-points dont on parle relèvent de la compétence de l’autorité municipale». Interrogé, le secrétaire général de la mairie, Antoine Atiou, est surpris: «Comme Ouaga 2000 n’est pas n’importe quel quartier, nos services techniques hésitent souvent à engager quoi que ce soit là-bas. Compte tenu du statut de ce quartier, on hésite souvent».
Le Sg a déclaré ne pas être au courant d’une telle situation et oriente notre recherche vers une des directions de la Commune, celle en charge de l’urbanisme et de l’habitat. Le temps d’exposer la situation à son premier responsable, Théophile Sawadogo, et très vite, il corrobore les propos du Sg de la mairie: «Nos services n’interviennent pas à Ouaga 2000». Et d’ajouter : «Les ronds-points ne se gèrent même pas à mon niveau. Ça relève d’une autre direction».
Comme pour se débarrasser de ce dossier gênant, il nous oriente vers une autre direction gérée par M. Zombré.
Ce dernier, une fois l’exposé sur la situation terminé, marque son étonnement. «Des ronds-points parcellés ? Actuellement ?». Et de poursuivre: «Vous parlez des aménagements paysagés?» Non, rétorquons-nous. Il y a même des forages et des travaux qui s’y font, ajoutons-nous. Là, notre directeur tombe des nues et demande : «C’est vers où ?». Nous lui donnons les indications et il conclut : «Je ne suis pas au courant. Si on est arrivé jusqu’au parcellement, c’est en principe le maire d’arrondissement qui peut répondre. On ne m’a jamais touché par rapport à une telle situation». Mr Zombré exprime davantage sa surprise: «Vraiment, cette histoire m’étonne», avant de promettre d’y faire un tour pour s’en convaincre.
Au regard de ce qui précède, c’est logiquement le maire de l’arrondissement 12 qui pouvait répondre. Situation politique oblige, actuellement ce sont les délégations spéciales qui gèrent les instances des communes. Nous contactons donc le président de la délégation spéciale de l’arrondissement 12, Ali Rouamba. Lui aussi est tout catégorique: «Je vous réponds tout de suite que je ne suis pas au courant».
Très vite, il nous dévoile les limites de son arrondissement avant de lancer: «Tout ce qui relève des questions foncières à ce niveau ne relève pas de nous». Nos investigations nous permettent de savoir que seule la Sonatur est habilitée à répondre à notre question. Nous joignons le nouveau Dg, Bali Traoré, nommé à ce poste depuis le 2 janvier 2015. Après l’exposé de la situation, Bali Traoré déclare: «Pour des besoins de recettes, il est possible que mes prédécesseurs aient morcelé des espaces pour les vendre, mais il y a la traçabilité. Les montants sont régulièrement perçus et comptabilisés par la Sonatur. Je suis en train de comprendre pourquoi cela a été fait. C’est un géomètre qui a fait ce morcellement. Il est assermenté et il ne devrait même pas le faire. Même si on a pris des recettes par rapport à cette opération, ce n’est pas bien», conclut-il.
Maintenant que c’est fait, que prévoit la Sonatur ? «Si la personne n’a pas encore investi sur le terrain, je pense que la Sonatur peut rembourser son argent», précise le Dg de la Sonatur. Vivement qu’une telle décision soit vite prise pour libérer ces ronds-points au grand bonheur des riverains qui expriment actuellement leur mécontentement..
Alexandre Le Grand ROUAMBA

Numéro d'édition: 107