Atiana Serges Oulon (à gauche), l’auteur de «Le Général parle». (DR)

Mémoire du Burkina Faso : «Le Général parle»

Atiana Serges Oulon, un jeune confrère, vient de mettre sur le marché du livre un témoignage inattendu. Celui du Général Gilbert Diendéré, inculpé dans l’affaire du putsch manqué de septembre 2016. Ce livre est dédicacé le 22 février 2018, à quelques jours seulement de l’ouverture du procès. Une fenêtre historique pour jeter de la lumière sur ce personnage central des années Blaise Compaoré. Le jeune auteur, Atiana Serges Oulon, a réussi l’exploit de faire parler le Général de sa vie. Pour le procès qui s’ouvre demain, une bonne partie de l’opinion s’attend à ce que le Général continue de parler, pour l’histoire et surtout pour la vérité.

L’Economiste du Faso: Le Général vous a parlé. Cela a fait l’objet d’un livre que vous avez dédicacé ce jeudi. Dites-nous comment vous est venue l’idée d’un tel livre, et comment vous avez convaincu un homme aussi peu disert à se dévoiler à vous?
Atiana Serges Oulon, auteur de «Le Général parle»: Dans un premier temps, il y avait un souci de consacrer un livre à l’histoire du pays, après les événements historiques d’octobre 2014. Il m’est donc apparu au lendemain de l’insurrection populaire qu’il fallait écrire des ouvrages sur l’histoire du pays; et singulièrement, sur celle de ces trente dernières années. Pour comprendre donc cette partie de l’histoire du pays, deux personnes, après analyses et consultations de quelques personnes, reviennent comme celles qui peuvent témoigner de l’histoire du Burkina. Le défunt Salif Diallo et le Général Gilbert Dienderé; pour avoir vu naître, grandir et dégénérer le pouvoir de Blaise Compaoré. Etant en contact avec l’ancien chef d’état-major particulier de la présidence du Faso, et au fil de nos rencontres, je lui ai fait la proposition de consacrer un livre à sa vie. Ce qu’il a accepté, et nous avons mis le projet en œuvre.

Et comment avez-vous convaincu le Général de parler?
Comment je l’ai convaincu ? Nous nous sommes parlé, et j’ai évoqué le fait qu’il serait bien qu’il témoigne pour l’histoire; et il a accepté. Mais certainement, le Général Dienderé lui seul peut dire pourquoi il a accepté le projet.
Dans un deuxième temps, en tant que journaliste, il y avait aussi le souci de faire de mon mieux afin que tous ceux dont on parle souvent au Burkina puissent s’exprimer et donner leurs versions des faits. En ce qui concerne le Général Dienderé, il est un personnage au centre d’accusations de crimes de sang. Son nom est très souvent revenu dans certaines affaires, et il m’a semblé judicieux de faire ce qui m’est possible pour qu’il donne sa version de ces faits. C’est cette idée qui a germé et a porté des fruits. Dans ce livre-témoignage, il s’est ainsi exprimé pour la première fois sur les différents crimes de sang (le président Thomas Sankara, le Commandant Jean Baptiste Boukari Lengani, le Capitaine Henri Zongo, Oumarou Clément Ouédraogo, Guillaume Sessouma) dont on l’accuse.

Votre livre fourmille de détails sur la vie du Général et sur ses grands principes. N’est-ce pas là un peu une perche que vous lui tendez pour son mémoire en défense? 
Ecrire ce livre est le prolongement de mon métier de journaliste. Je ne l’ai pas écrit pour charger ou décharger le Général Dienderé. J’ai eu le souci d’être professionnel en étant objectif le maximum possible. Et, le livre n’a pas été écrit pour le procès. Du reste, dans l’ouvrage, nous évoquons un peu quand même sa vie. C’est une œuvre écrite pour l’histoire, afin que nous sachions notre passé de Burkinabè, pour savoir d’où nous venons et mieux tracer notre voie.
Avez-vous discuté de sa probable implication au putsch? Ses positions sont-elles toujours les mêmes sur la question ; assume-t-il toujours ses responsabilités ?
Il est exact que nous avons discuté de beaucoup de sujets, et évidemment de celui du putsch manqué de septembre 2015. Il est disposé à expliquer les faits, et attend que chacun en fasse autant.

Pensez-vous qu’il s’apprête à faire des révélations ?
Nous cherchons tous à savoir les tenants et les aboutissants; la face cachée du putsch manqué. Avec la liste de ses témoins cités à comparaitre, certainement que nous allons avoir les clés pour comprendre «le coup d’Etat le plus bête du monde». Le Général Gilbert Dienderé donnera sa version, et tout un chacun appréciera. Le plus important, c’est de faire en sorte que les Burkinabè puissent savoir ce qui s’est exactement passé et connaitre la vérité sur ces évènements malheureux qui ont coûté la vie à une douzaine de personnes.

Comment se comporte le livre sur le marché depuis sa sortie?
Jusque-là, les échos sont encourageants, et cela est une bonne chose.

Combien de temps avez-vous mis pour écrire ce livre ?
C’est un travail d’au moins deux ans de collecte et de rédaction.

Avez-vous eu d’autres témoignages en dehors de ceux du Général ?
J’ai d’autres ouvrages qui vont paraître bientôt. Il s’agit d’un essai sur la question ethnique au Burkina. Je suis parti des conflits agriculteurs-éleveurs en évoquant les différentes tensions ethniques dramatiques, particulièrement au niveau de la communauté peule, pour offrir un aperçu de la question ethnique de façon générale au Burkina. Le titre de l’autre ouvrage qui va paraître est «La question peule: dérive ethnique et extrémisme identitaire».
Un autre ouvrage porte sur l’insurrection populaire. A travers une enquête, j’ai essayé de retracer le rôle des acteurs politiques, militaires et de la société civile lors de journées du 31 octobre et du 1er novembre 2014.
Il s’est agi aussi de revenir sur les dessous des évènements (par exemple la désignation du président de la transition, Michel Kafando; la formation du gouvernement de la transition ; l’infiltration ou le noyautage de la transition) et le rôle des pays comme la France et les Etats-Unis au cours de ces journées historiques pour le Burkina. Ce livre est prévu pour sortir au cours de cette année 2018, probablement dans le cadre de la célébration du 4e anniversaire de l’insurrection populaire d’octobre 2014.

Propos recueillis par FW


Procès du 27 février: un bal de Généraux, d’Officiers, d’hommes politiques et de menus fretins

Le 27 février, s’ouvre à Ouagadougou le procès des présumés auteurs du putsch manqué du 16 septembre 2016. En première ligne, se trouve le Général Gilbert Diendéré, chef d’état-major particulier du président Compaoré en son temps. C’est lui qui faisait l’interface entre les éléments putschistes et les médiateurs de la transition. L’échec consommé, il a déclaré publiquement assumer sa part de responsabilité. Le procès qui s’ouvre est une occasion pour lui de donner sa version des faits. Mais, l’opinion attend de lui un déballage. Qui étaient vraiment avec lui au début? Qui se sont rétractés? La liste des témoins cités par le Général Diendéré et leurs auditions à la barre pourraient aboutir à des révélations intéressantes ou surprenantes. Plusieurs chefs d’inculpation pèsent sur le Général Diendéré. Les principaux sont: attentat à la sûreté de l’Etat, complicité de meurtre, trahison, enlèvement et séquestration…
L’autre Général, Djibril Bassolet, aura aussi l’occasion de se défendre. Toutes les procédures tendant à obtenir sa relaxe et sa liberté provisoire ont échoué au grand-dam de ses supporters. L’homme est devenu chef de parti. A-t-il été complice du Général Diendéré lors du putsch manqué? A sa charge, il y a les écoutes téléphoniques dont l’authenticité et la recevabilité sont contestées. On s’attend à nouveau à un tir de barrage de ses avocats sur les éléments de procédures et sur certaines pièces à charge. Il est inculpé, entre autres, pour trahison, association de malfaiteurs, complicité de meurtre, complicité de dégradation volontaire de biens. En dehors de ces deux figures de proue, plusieurs Officiers, sous-officiers et soldats seront à la barre. C’est le gros du cortège. Ils sont 66 hommes d’armes et 18 civils. Les personnalités politiques mêlées à cette affaire sont Hermann Yaméogo de l’UNDD, Léonce Koné du CDP; ex-parti au pouvoir; Fatoumata Diendéré; épouse du Général; Réné Emile Kaboré.
Côté civils, deux hommes de médias, quelques chefs d’entreprises et des commerçants vont devoir s’expliquer sur leurs partitions à la commission des faits.

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Numéro d'édition: 241