Rêv’Elles, l’association qui donne aux jeunes femmes le pouvoir d’agir

Chapô : Voici quatre ans, Athina Marmorat a décidé de lutter à son échelle contre les inégalités sociales en fondant Rêv’Elles. L’association accompagne des jeunes filles de quartiers prioritaires difficiles et les aide à révéler leur potentiel.

« Je crois qu’ils ne se rendent pas compte à quel point cette expérience peut changer une vie » affirme Tatia, 15 ans, encore bouleversée par les fortes émotions qu’ont suscitées en elle le parcours Rêv’Elles. A l’époque, la jeune femme qui manque cruellement de confiance en elle, est sur le point d’abandonner l’école avant de rejoindre le programme Rêv’Elles. A présent, Tatia a un projet de vie et selon ses propres mots est capable “de voir plus loin, de se projeter”. Offrir à des jeunes filles, souvent désœuvrées, une chance de se révéler à elles-mêmes, c’est l’objectif d’Athina Marmorat lorsqu’elle fonde le 25 décembre 2013 l’association Rêv’Elles.

L’idée part d’un constat, amer, celui d’une inquiétante monotonie des vocations exprimées par ses élèves de banlieue parisienne. Cantonnées à leur milieu social et à leur quartier, « elles ne voient pas assez grand », «ne rêvent pas assez large » selon Athina Marmorat, alors conseillère d’orientation. Les métiers évoqués, « puéricultrice, secrétaire, assistante de direction, secrétaire médicale… », étaient autant de coups de massue qui l’ont encouragée à agir, à son échelle. « Personne ne voulait jamais devenir médecin ou architecte ! » déplorait-elle à l’époque, pointant du doigt une société française encore minée par les inégalités socio-culturelles. Il s’est alors agi pour Athina Marmorat de déployer toute son énergie pour « donner confiance en elles à ces jeunes filles, de de 14 à 22 ans, «trop souvent paralysées par la peur, pour qu’enfin, elles osent aller vers le monde ».

Des femmes de tous horizons

A l’occasion de la première semaine intensive d’accompagnement, les participantes ont accès à « un espace de discussion pour parler de leurs rêves, de leurs points communs, de leurs difficultés aussi » a souligné Athina Marmorat. Quatre programmes sont mis en place, une dynamique s’installe et des liens se tissent. Parmi ces activités, le moment « Rêv’Elles Café » encourage notamment les jeunes filles à débattre des problématiques purement féminines liées au « pouvoir d’agir » tandis que « Rêv’Elles-Moi ton entreprise » consiste en une immersion complète dans un lieu de travail. Mais la grande singularité de l’association réside dans son aptitude à brasser des femmes de tous horizons et de classes sociales distinctes, comme l’explique la fondatrice de l’association : « Il y a une vraie diversité en termes d’âges et de géographie, toutes ont un parcours différent ». Chaque candidate est ainsi accompagnée individuellement par une marraine, une «rôle modèle», selon les termes de l’association, jusqu’à ce que ses préjugés et ses peurs ne cèdent à une connaissance plus concrète du métier. Samira Ibrahim, journaliste sur France2 et «rôle modèle» affirme en effet que les jeunes femmes pénètrent dans un univers « qu’elles ignoraient encore », allant ainsi « de découvertes en découvertes ». La journaliste amène « sa protégée » avec elle à la rédaction, la présentant aux rédacteurs et à ses collègues. Un bon moyen pour la jeune femme de s’immerger dans le monde professionnel et de prendre confiance dans son propre potentiel.

«Un tournant décisif»

Quatre ans après sa création, avec plus de 230 membres et plus de 2365 abonnés sur Facebook, Rêv’Elles continue de gagner du terrain. Aujourd’hui, d’après Athina Marmorat, plus de la moitié des participantes seraient venues sur les conseils d’une amie. En effet, 97% d’entre elles se déclareraient satisfaites à la sortie du parcours selon les données du site Rêv’Elles. Certaines ont intégré de prestigieuses universités tandis que d’autres ont trouvé une formation professionnelle plus en adéquation avec leurs aspirations. C’est notamment le cas d’Aude-Emeline, 19 ans et originaire de Noisy Le Sec (banlieue parisienne) qui qualifie le parcours de « point déterminant, de tournant décisif » avant d’ajouter que grâce au parcours, (elle a) trouvé (s)a voie ». Quant à Sawsane, élève de première originaire de Gagny (banlieue parisienne), elle s’inscrit à l’association à l’âge de 15 ans, encore désorientée et en manque de repères. Pourtant, à l’issue du parcours, après avoir visité l’entreprise Dow Chemicals, elle a choisi sa vocation, celle d’ingénieure chimiste: «J’hésitais sur mon projet mais maintenant je sais ce que je veux faire».

Athina Marmorat insiste néanmoins sur l’impossibilité, sinon la complexité à rendre compte de cette expérience «par les mots». C’est également ce que retient Mégane, 16 ans, de son parcours, encore émue par ce qu’elle estime être « un passage obligatoire » dans une vie.

Par Alix Coutures pour Le Figaro (France)

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