Investissements privés  : Pas de contraintes majeures au Burkina

• Une mise en œuvre bénéfique de réformes

• Le pays a tiré parti du boom minier

• Mais la distribution des fruits de la croissance à parfaire

 

La croissance économique du Burkina Faso est faible et très peu inclusive. Cette faiblesse résulte de celle de l’investissement privé et de la difficile émergence du secteur privé. Selon l’approche ‘’diagnostic de la croissance économique’’ utilisée le cadre de la formulation du deuxième Compact du Burkina Faso par l’unité de gestion et de coordination de la formulation du second Compact, cette faiblesse de l’investissement privé peut être expliquée par la faible capacité d’appropriation du retour sur investissement. Plusieurs facteurs déterminent cette faible capacité. Il s’agit de l’instabilité politique et financière, de l’état des risques macros, à savoir les droits de propriétés, la corruption et la fiscalité, du fonctionnement des marchés.
Cependant, on est en droit de se demander si la situation politique et financière du Burkina ne constitue pas une contrainte majeure pour l’investissement privé ? Les investisseurs qui désirent venir au Burkina Faso ne sont-ils pas exposés à des risques d’instabilité financière, sécuritaire et politique ?
Afin d’apporter des réponses à ces préoccupations, un rappel de l’évolution de la situation macroéconomique du Burkina s’impose. La politique macroéconomique du Burkina a connu 3 grandes périodes dont la première court de 1960 à 1983. La deuxième qui couvre la période de 1884 à 1999 est celle de l’auto-ajustement et des Programmes d’ajustements structurels (PAS). La troisième période de 2000 à 2016 a été marquée par la conduite du cadre de convergence de l’UEMOA.
Le pays a connu une instabilité macroéconomique sur la période de 1980 à 1993 marquée par une surévaluation de la monnaie nationale. L’inflation a connu des variations tributaires aux fluctuations de la faiblesse de la production agricole. Ainsi, la balance commerciale du pays est restée constamment déficitaire. Dans un tel contexte, les investisseurs potentiels ont hésité à venir s’installer dans le pays, parce que le retour sur l’investissement n’était pas garanti. Mais le Burkina Faso a su apporter des réponses positives à cette situation.


Il a consolidé les acquis en termes de stabilité économique sur la période 2005-2015 grâce aux efforts consentis par le gouvernement dans la mise en œuvre de politiques financières dans le cadre du mécanisme de surveillance multilatérale du pacte de convergence de l’UEMOA, aux réformes conduites dans le cadre de la politique monétaire de la BCEAO, à la bonne gestion des finances publiques et à l’accroissement de l’offre en produits agricoles. Sous l’impulsion du FMI et de la Banque mondiale, des réformes budgétaires ont été engagées à travers des programmes conclus régulièrement entre le gouvernement et ces institutions. Toutes ces actions ont contribué au renforcement de la capacité de recouvrement des recettes qui s’est traduit par une meilleure identification des contribuables, un élargissement de l’assiette fiscale et une amélioration de la mobilisation les recettes fiscales. Les réformes mises en œuvre ont conduit à l’amélioration des capacités de gestion budgétaire ; ce qui s’est traduit par une maitrise des dépenses courantes et des effectifs de la fonction publique. Ces mesures ont permis de doubler le montant des recettes fiscales entre 1997 et 2007 qui ont passé de 197,8 à 405,2 milliards de FCFA. Grâce au boom minier, le montant des recettes fiscales a plus que doublé en 5 ans pour atteindre 891 milliards de FCFA en 2012. Quand aux dépenses courantes, leur taux de croissance a été maintenu en dessous de 10% du Produit intérieur brut (PIB) entre 2007 et 2015.
Mais en dépit de ces performances, le Burkina a rarement respecté les critères de convergence de l’UEMAO relatifs à la gestion budgétaire. C’est le cas du critère ratio masse salariale/recettes fiscales qui demeure supérieur à la norme communautaire qui est de 35% des dépenses courantes. Ce ratio, au Burkina, a représenté 40 à 51% des dépenses courantes de l’Etat et sa tendance a été à la hausse entre 2012-2015 où il est passé de 40,1% à 50,8% des dépenses courantes en 2015.
L’analyse de l’investissement privé au Burkina fait observer qu’il s’est amélioré sur la période 1991-2000, qui coïncide avec les privatisations, et la période 2007-2015 au cours de laquelle il y a eu des investissements dans le secteur minier.
Au terme de l’analyse, il ressort que l’inflation n’est pas une contrainte à l’investissement. Elle est même maitrisée, et le taux de change reste compétitif. Ainsi, le Burkina ne présente pas de risques macroéconomiques et politiques qui constitueraient une contrainte majeure à l’investissement privé. Mais des déficits existent en matière de création de richesses et de distributions des fruits de la croissance ; ce qui le pays à des tensions sociales exploitables par les forces déstabilisatrices, voire terroristes.

Elie KABORE


La sécurité territoriale

Depuis janvier 2016, le Burkina connait des attaques terroristes. Certaines zones du pays ont même été classées zone rouge. En réponse, le gouvernement a pris des mesures afin de renforcer la sécurité territoriale. Parmi ces mesures, on retient la reconstruction d’infrastructures socioéconomiques et sécuritaires détruites par les attaques, la destruction des bases terroristes, l’opérationnalisation de l’agence nationale des renseignements, le renforcement de la police de proximité, la création d’un ministère dédié à la Sécurité, l’augmentation du budget de la sécurité à 68,8 milliards de FCFA et une dotation budgétaire de plus de 50 milliards de FCFA pour 2018.

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Numéro d'édition: 216