Du karité contre la pauvreté

• Une stratégie nationale en vue

• Protéger et régénérer l’espèce

• Un potentiel annuel de 850.000 tonnes

Protéger l’arbre de karité, développer la commercialisation et la transformation de ses fruits et de la filière. Tels sont les objectifs poursuivis par le Conseil des ministres en sa séance du 24 juin 2015 en adoptant un rapport relatif à la stratégie nationale de développement durable de la filière karité 2015-2019. Composé de 129 activités, ce rapport, selon le compte rendu du Conseil des ministres, a pour but de « … mettre à la disposition des acteurs un référentiel national pour le développement harmonieux de la filière karité». Ce référentiel sera commun à tous les acteurs de la filière.

Au total, cinq ministères participent à la mise en place de ce référentiel. Les objectifs recherchés sont au nombre de cinq. Ce sont : augmenter les volumes d’amandes produites pour la gestion durable de la ressource, la protection de l’environnement et une meilleure accessibilité aux zones de production, professionnaliser les acteurs directs et indirects de la filière par le renforcement de leurs capacités en garantissant l’équité entre eux, créer de la valeur ajoutée par l’amélioration de la qualité et le développement des produits, ainsi que la recherche et le développement.
Quant aux deux derniers objectifs, ils se déclinent de la manière suivante : assurer le développement de la filière dans un environnement des affaires favorable et bénéficiant de politique d’appui. Et enfin, développer une présence performante sur les marchés cibles par une meilleure promotion de la filière et une meilleure connaissance des tendances et exigences du marché.
Ce projet est financé par le Cadre intégré renforcé (Cir), avec l’assistance technique du Centre de commerce international (Itc). Le Gouvernement, à travers ces mesures, veut pérenniser le karité au Burkina Faso. En effet, le pays compte environ 190 millions d’arbres de karité, avec une moyenne nationale de 30 pieds à l’hectare, selon les statistiques de l’Agence de promotion des produits forestiers non ligneux (Apfnl). Le potentiel annuel productif d’amandes de karité est de 850.000 tonnes.
Cependant, ce potentiel reste sous-utilisé. En 2015, la production est estimée à 122.000 tonnes , soit une progression sur 5 ans de 68,71%. Ces dernières années, la demande en beurre de karité a augmenté au niveau mondial. Selon le rapport de la stratégie nationale de développement durable de la filière karité, «la croissance mondiale de la consommation de chocolat entraîne une augmentation de la demande des équivalents au beurre de cacao, dont le beurre de karité fait partie. Par ailleurs, la forte croissance de la demande en karité par l’industrie des cosmétiques naturels confirme l’existence d’opportunités concrètes pour la filière dans les années à venir». Cette forte demande explique l’accroissement des exportations du marché burkinabè. De 2002 à 2011, une croissance de 44% a été constatée. Cela représente 7% des exportations totales du pays. En 2012, l’exportation des amandes et du beurre de karité a généré 15,8 milliards, en recul cependant par rapport au 23,5 milliards de 2011. La filière karité emploie plus de 500.000 personnes dont 90% sont des femmes. Elle crée près de 200.000 emplois saisonniers et permanents organisés au sein de 1.600 groupements, sociétés, coopératives, entreprises individuelles et associations.
Malheureusement, la filière connaît des difficultés. Il s’agit, entre autres, de la difficile régénération du parc d’arbres de karité, de l’utilisation limitée des bonnes pratiques sylvicoles, des difficultés de gestion des peuplements de karité, de la difficulté d’organisation des plantations de grandes envergures, des difficultés d’accès à la ressource, de la pénible charge de travail des femmes et bien d’autres. La stratégie de développement durable de la filière permettra de prendre en compte la croissance économique de la filière et l’importance de la répartition. L’un des points importants est la prise en compte de la gestion de l’environnement, mais aussi de la filière, afin de renforcer la résilience des producteurs de karité face aux changements climatiques. Une bonne organisation de la filière karité peut constituer une réponse positive contre la pauvreté.
Germaine BIRBA


Des usines pour booster la transformation

Parmi les filières dites porteuses, la filière karité a été identifiée comme une filière prioritaire. Selon une analyse des données de l’Apfnl et du Pôle commercial d’Afrique de l’Ouest (Wath), le Burkina Faso est le plus important producteur, consommateur et exportateur d’amandes et de beurre de karité d’Afrique de l’Ouest. Mais des statistiques divergentes montrent surtout un besoin crucial de renforcement de la collecte des données concernant la production, la transformation, la consommation et l’exportation. La transformation semi-industrielle ne concerne seulement que 10 % environ de la production totale. Elle est réalisée généralement par des organisations de femmes ayant un centre de production de beurre de karité. Les unités de transformation industrielle restent limitées au Burkina Faso. Toutefois, elles possèdent une forte capacité de trituration. On trouve dans le pays un nombre limité de sociétés de transformation industrielle. Les unités installées à Bobo-Dioulasso et à Ouagadougou ont une capacité de transformation d’environ 30 % de la production totale. Selon le rapport, une nouvelle usine vient d’ouvrir ses portes. Elle vient s’ajouter aux nombreuses autres usines déjà installées dans les sept principaux pays exportateurs de karité. Par conséquent, la région aura bientôt la capacité d’extraire ou de transformer la quasi-totalité de ses récoltes, largement destinées à l’export. Avec une demande en nette progression pour le beurre de karité et les produits fractionnés, cette croissance de la capacité de l’Afrique de l’Ouest représente un développement intéressant et permet d’envisager des opportunités plus nombreuses pour renforcer la valorisation sur le continent african


Une demande régionale de 330 mille tonnes

Selon le rapport du Conseil des ministres, environ 21 g le beurre sont consommés chaque jour par personne dans les zones rurales de production du karité, avec une population humaine dans ces zones estimée à environ 200 millions, dont environ 50 % sont urbaines (selon les données de la Fao qui estime la population rurale à 107 millions ). En admettant que 40 % de cette population (environ 42,8 millions de personnes) consomment du beurre de karité de manière quotidienne, cela engendre une demande annuelle dans ces régions d’environ 330.000 tonnes de beurre de karité, soit l’équivalent d’un million de tonnes d’amandes de karité.o

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Numéro d'édition: 117