Code électoral : Révision au pas de course

• Le Gouvernement face à ses responsabilités

• Rester dans les délais de l’Union africaine

C’est ce mardi, 7 avril, que le Conseil national de la transition (Cnt) va procéder au vote du nouveau Code électoral. Un moment très attendu par tous, surtout qu’un certain nombre de points suscite et va continuer à susciter des réactions. Les députés du Cnt ont estimé que dans les propositions de loi du Gouvernement, un certain nombre de préoccupations a été omis.

C’est pour cela que des amendements ont été portés à la connaissance des députés du Cnt et du Gouvernement par la Commission en charge du dossier. Déjà à l’intérieur du Cnt, les débats ont été houleux, tant les avis sur l’opportunité ou non de ces amendements étaient divers. Finalement, un consensus aurait été trouvé au sein des députés du Cnt et la mouture définitive de ces propositions a été transmise au Gouvernement. Que retenir des amendements à polémique ?
Il y a d’abord la candidature de militaires aux prochaines élections. A ce niveau, la proposition de loi exige que tout militaire qui veut briguer le mandat présidentiel doit avoir démissionné 5 ans auparavant. Le projet de loi ne parle donc pas de disponibilité.
Le second point concerne les candidatures des membres de l’ex-majorité, le Congrès pour la démocratie et le progrès (Cdp). De l’avis du Cnt, les membres de l’ex-parti majoritaire ne peuvent pas se présenter aux élections-ci parce que, estiment-il, les plaies ne sont pas encore cicatrisées. En clair, les députés du Cnt estiment que s’il y a eu douleur e06mort d’homme, c’est de par la faute du Cdp qui voulait modifier l’article 37 de la Constitution.
Ainsi, le projet de loi interdit également la candidature de tous ceux qui ont soutenu ouvertement la modification de l’article 37.
Le troisième point qui a achoppé est la candidature des chefs coutumiers. Partant du rôle combien reconnaissable que le Moro Naba Baongo a joué dans la résolution de plusieurs crises au Burkina (dont certaines avant et après l’insurrection), les députés estiment que le chef coutumier a un grand rôle moral à jouer. Ainsi, son implication dans ces échéances électorales pourrait créer un certain désordre, donc des remous.
En attendant de leur donner un statut particulier, le Cnt souhaite leur mise à l’écart des différentes consultations électorales. Quatrième préoccupation du Cnt: les candidatures indépendantes. Là également, le consensus a été trouvé. Le Cnt valide cette nouvelle démarche afin que chaque citoyen contribue, même sans être d’un parti politique, au développement de sa cité. Ce sont là autant de modifications soumises au Gouvernement qui a certainement déjà fait connaitre sa position avant le vote de mardi. A côté de ces projets de loi, l’aspect financier n’a pas été oublié. Ainsi, le Gouvernement avait proposé une caution de 50 millions de FCFA (contre 10 millions actuellement) imposable à tout candidat à l’élection présidentielle. Le Cnt a trouvé la somme élevée et l’a ramenée à 25 millions de FCFA. Aussi le Cnt a-t-il retenu que cette caution soit remboursée si le candidat obtient 10% des suffrages (contre 5% actuellement).
Pour ce qui concerne les législatives, le Cnt prend le contre-pied du Gouvernement. Ce dernier avait proposé la somme de 50.000 FCFA pour le dossier de tout candidat aux législatives. Le Cnt a jugé que la somme de 100.000 FCFA conviendrait mieux. Pour les municipales, le Gouvernement propose 10.000 FCFA pour chaque candidature et le Cnt a retenu la somme de 5.000 FCFA.
Ce sont donc toutes ces modifications qui seront soumises au vote ce 7 avril. Au moment où nous mettions sous presse, nous n’avions pas connaissance des derniers amendements du Gouvernement après les propositions nées du consensus au sein du Cnt. Le Gouvernement a le droit d’aller dans le sens des propositions du Cnt ou de faire des contre-propositions. Seulement, il court un risque si toutefois ses propositions ne rencontrent pas l’assentiment des députés qui doivent voter la loi.
Si un vote négatif venait à être exercé contre cette révision du Code électoral, la situation ne sera pas loin d’un désaveu du Gouvernement. Il est donc face à ses responsabilités, même si tout porte à croire que le consensus général Cnt-Gouvernement pourrait être obtenu pour permettre le vote. S’il n’a pas lieu à cette date, il ne le sera plus car selon la charte de l’Union africaine, toute modification doit intervenir au plus tard 6 mois avant les élections. Les yeux des Burkinabè seront donc tournés vers le Cnt.
Alexandre Le Grand ROUAMBA


La caution par candidat

– Présidentielle: 25 millions par candidat qui lui seront
retournés s’il obtient au moins 10% des suffrages
– Législatives: 100.000 FCFA par dossier de candidature
– Municipales: 5.000 FCFA par dossier de candidature


Vie chère
La Coalition dans la rue le 8 avril

La Coalition nationale de lutte contre la vie chère, la corruption, la fraude, l’impunité et pour les libertés (Ccvc) organisera sa Journée nationale de protestation (Jnp) le 8 avril prochain. Le 2 avril dernier à Ouagadougou, les organisateurs ont donné des précisions sur cette action. Ce sera une grève générale de 24 h sur tout le territoire.
Les travailleurs du public et du privé, ainsi que les élèves et étudiants, sont appelés à participer activement à la manifestation. Un grand meeting à la place de la Révolution et des marches-meetings sont prévus à l’intérieur du pays. La coalition attend toujours la satisfaction de sa plate-forme revendicative en 14 points.
Elle accuse le gouvernement de transition de ne pas tenir ses promesses sur la résolution des crimes économiques et de sang, sur la question de la vie chère, avec une timide diminution du prix des hydrocarbures.
Cet appel à la grève survient au moment où le pays traverse une période de crise due à de nombreux mouvements de grèves dans les entreprises publiques comme privées. Cette situation a conduit le Premier ministre Isaac Zida à sonner la fin des grèves non justifiées. Face à cette situation, le 1er vice-président de la Coalition se dit indigné des propos tenus par Isaac Zida. Chrysogone Zougmoré l’exprime en ces termes: «Les propos du Premier ministre sont dommages et révoltants. Il menace ceux-là même qui par leur sacrifice lui ont permis d’être à cette place aujourd’hui. Nous allons continuer à nous battre pour la satisfaction minimale de nos revendications. Si eux ils se battent pour la tenue des élections, nous nous battons pour de meilleures conditions de vie».o


 

Numéro d'édition: 104