Procès Obouf : Acte 1

• La cargaison de trop

• Qui est ce partenaire tunisien ?

• Le Dg devait soit détruire, soit retourner les produits

• Un engagement qui n’a pas été respecté

• L’entreprise a fait confiance à son fournisseur

Le procès tant attendu de l’affaire dite des canettes périmées a eu lieu le 27 mars. Les principaux prévenus de cette affaire ont battu leur coulpe. La tromperie du consommateur a été reconnue, ainsi que l’acquisition d’un appareil pour ce faire. Le tribunal a cependant eu du mal à éclairer les circonstances des infractions, tant certains prévenus sont revenus sur leurs déclarations des enquêtes préliminaires ou lors de l’audition au parquet. Les infractions, selon le procureur du Faso, sont constituées.

La défense des prévenus, après avoir tenu le tribunal en haleine sur une demande de contre-expertise du rapport d’expert commandité par le procureur sur l’éventuelle toxicité des produits, semble préparer déjà le second volet de cette affaire en instruction. Il s’agit de la saisine du juge d’instruction pour «administration de substances nuisibles à la santé et de contrebande». Les débats ont duré toute la journée du vendredi et au moment où nous bouclions cette édition, le tribunal était encore à l’audition des prévenus. Boureima Ouédraogo, Pdg du groupe Obouf, Noufou Ouédraogo, Dg du groupe, sont les principaux prévenus de cette affaire dite des canettes périmées, avec une dizaine d’autres travailleurs de l’entreprise, dont un Tunisien. Ce dernier s’occupait de la mise en route de la machine qui servait à falsifier les dates de péremption.
L’entame du procès a encore été marquée par des éléments de procédure. Le rapport d’expertise sur la toxicité du produit remis aux parties par le procureur du Faso le 24 mars et qui fut à l’origine du report de l’audience était encore au menu des débats, comme un préalable au jugement au fond. Les avocats des prévenus ont demandé une contre-expertise dudit rapport et par conséquent la libération provisoire de leurs clients. Deux heures de joutes oratoires et deux suspensions d’audience après, la présidente du tribunal décide finalement d’écarter le rapport d’expertise du parquet du dossier. Le Pdg de Obouf, Boureima Ouédraogo, passe alors à la barre. L’audition du prévenu est difficile malgré la perspicacité de la présidente du Tribunal. Les réponses du patron du groupe ne sont pas toujours précises. Plusieurs questions de l’avocat de Coca-Cola, partie civile au procès, sont restées sans réponse. Il clame sa sincérité et soutient devant le tribunal que c’est avec la garantie de son partenaire tunisien, son fournisseur que le produit n’est pas toxique, qu’il a décidé de le commercialiser en changeant les dates. Et que «Obouf n’est pas un malfaiteur». Cette cargaison qui a transité par Abidjan avant d’atterrir à Ouaga aura été fatale à 12 ans de partenariat entre Obouf et Coca-Cola. Obouf a cru en la parole de son partenaire et s’est engagé dans cette opération de tromperie. Le tribunal se montre plus incisif lorsqu’il lui demande s’il est au courant de la lettre du laboratoire qui déconseille la mise sur le marché du stock incriminé. Il renvoie la balle au Dg. Ce dernier a reconnu avoir signé une décharge s’engageant sur l’honneur à détruire ou à retourner les stocks incriminés. Sur l’achat de la machine qui a servi à commettre l’infraction, sa date d’acquisition, les prévenus n’ont pas donné de réponses précises. L’un parle de quatre mois avant les faits et l’autre de fin janvier. Les deux responsables de l’entreprise Obouf ont cependant soutenu, avec force, qu’aucune canette dont la date a été modifiée n’est sortie de leurs entrepôts. L’opération de changement des dates n’aurait pas dépassé les 4 jours de travail et 475 packs de 24 canettes ont été mis sous scellés dans ce cadre-là.
FW


Expert contre expert

Le procureur du Faso a voulu bien faire en étayant son dossier d’un rapport d’expert sur la toxicité des produits saisis. Cette pièce d’une vingtaine de pages a occasionné le renvoi de l’audience du 24 mars.
Le 27 mars, la défense des prévenus, ayant pris connaissance de son contenu, le rejette et demande une contre-expertise, expliquant qu’au stade de cette procédure, c’était plutôt au juge de requérir une telle expertise. Parce que cette pièce pouvait être utilisée à charge contre ses clients, d’où la demande des avocats des prévenus d’une contre-expertise.
Si cette demande était acceptée, il demandait également la libération provisoire de leurs clients. Finalement, le tribunal a écarté le rapport querellé pour démarrer enfin l’audience. Mais les avocats des prévenus ont informé le tribunal qu’ils comptaient faire appel de cette décision avant dire droit.

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Numéro d'édition: 103