La stratégie d’industrialisation de la filière bétail-viande prévoit de créer des usines et des entreprises qui vont permettre au Burkina de produire et d’exporter 120 mille tonnes de viande et de produits dérivés par an à l’horizon 2025. (DR)

Industrialisation : Des «plateformes intégrées» pour la viande

• Abattoirs et usines de traitement et de transformation

• Produire en quantité de la viande et des produits dérivés

• Pour le besoin local, la sous-région et la grande exportation

 

Suivant la volonté de transformation des produits locaux du PNDES, la filière bétail-viande est l’une trois cibles stratégiques du Programme d’industrialisation prévu par le gouvernement. Un document opérationnel dénommé «Programme d’urgence de la mise en place d’unités industrielles dans les filières stratégiques de l’économie», dont la validation a débuté le 13 février 2018, a retenu trois filières. Outre la filière bétail-viande, la création d’unités industrielles va s’appuyer sur le «coton-textile» et le domaine «carrière-matériaux de construction». Les experts doivent encore travailler sur la version finale du document, mais les grandes orientations sont déjà connues.
Pour ce qui concerne particulièrement la filière bétail-viande, l’objectif stratégique du plan d’industrialisation est de positionner durablement le Burkina comme «grand pays exportateur de viande en Afrique à l’horizon 2025».
Pour ce faire, il prévoit de mettre à niveau la chaîne de valeur viande. Ce, à travers la promotion de la transformation de la viande sur place et l’accroissement des exportations de la viande et des produits dérivés par substitution aux exportations du bétail sur pieds. Dans cette logique, l’Etat burkinabè va encourager et soutenir la mise en place des «plateformes intégrées» dans des localités stratégiques.
Ces plateformes intégrées sont des complexes constitués d’abattoirs modernes, d’industries et d’entreprises de transformation de la viande et des produits carnés. Il devrait y avoir deux grands complexes, de grandes capacités, comprenant toutes les formes d’activités, à Ouaga et à Bobo.
Quatre autres villes stratégiques du pays abriteront des complexes de moyenne capacité. Les activités sur ces complexes, en fonction du format, intégreront la production de la viande, les produits dérivés, des entrepôts réfrigérés, des usines de conditionnement et transformation, des comptoirs d’exportation, des usines de traitement de cuirs et peaux (tanneries) et la maroquinerie.
Les complexes de moyenne capacité, dans lesquels l’abattage tablera sur 50 à 100 têtes/jour, auront pour fonction d’approvisionner le marché local (populations des villes et industries minières). Quant aux grands complexes (300 à 1.000 têtes/jour), leur fonction sera d’être de grands pôles de centralisation et de conditionnement pour la grande exportation de viande et des produits dérivés vers les principaux marchés d’exportation. Les marchés visés par l’exportation sont notamment les pays côtiers et l’international, où le marché de la viande halal, estimé à 750 milliards de Dollars par an, est une opportunité à saisir.
Le plan de mise en place et de développement de ces plateformes intégrées prévoit trois étapes.
La première étape, phase pilote entre 2018 et 2020, va consister à fidéliser les clients importateurs de viande et de produits dérivés burkinabè et augmenter les quantités exportées.
La deuxième étape, qui est celle de la montée en puissance, de 2021 à 2023, permettra réaliser les deux grands complexes à Ouaga et à Bobo sous la formule PPP. La troisième étape sera celle de la consolidation et de la généralisation (2023 à 2025). Elle va permettre à la fois de renforcer les capacités des grands complexes et d’installer les quatre complexes moyens dans les autres villes.
Selon les chiffres du ministère des Ressources animales, en 2012, la contribution du sous-secteur de l’élevage au PIB a varié entre 18 et 20% au cours des 5 dernières années. Avec 25% de part de recettes, il arrive au 3e rang des produits d’exportation après l’or et le coton. En moyenne, les exportations des produits d’élevage rapportent au Burkina plus de 60 milliards de F CFA par an, dont 52, 2% pour le bétail sur pieds, 42, 9% pour les cuirs et peaux et seulement 4,9% pour la viande et les abats. pC’est cette structure que le programme d’industrialisation dans la filière bétail-viande veut changer pour améliorer les profits tirés de ce domaine.
Certains partenaires du Burkina se sont montrés très disponibles à accompagner techniquement et financièrement le pays dans la transformation de ses produits locaux, mais ils souhaitent que des documents opérationnels très clairs, avec des projets concrets, soient mis à leur disposition. D’où l’élaboration du programme d’urgence.

Karim GADIAGA


Emplois, valeur ajoutée et recettes fiscales au menu

Les impacts attendus dans le cadre du programme d’industrialisation de la filière bétail-viande sont de quatre types, au moins.
Il va notamment permettre de créer des emplois. Plus de 2.000 emplois directs en amont, 1.000 emplois dans le maillon de la transformation et près 10.000 emplois indirects dans le pays sont visés.
En termes de création de valeur ajoutée, l’on devrait partir de 75 milliards de FCFA pour atteindre 180 milliards de F CFA en 2025.
L’on devrait également doubler le niveau actuel des exportations de viande qui se situe entre 40 et 50 mille tonnes par an.
Au niveau fiscal, la taxe sur les exportations de viande devrait permettre de récolter environ 4,05 milliards de FCFA d’impôts dès la phase 2 de la réalisation du plan.

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Numéro d'édition: 241