Mali: les conditions de sécurité se sont dégradées

• 141 personnes mortes en 2017 contre 70 en 2016

• Les attaques les plus nombreuses à Mopti, Kidal et Gao

• L’État islamique du Grand Sahara et le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, les terroristes les plus actifs

 

Le 30 mars dernier, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres a rendu public le rapport sur la situation au Mali. La principale information sur la question est que le mandat de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations-Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) a été prorogé jusqu’au 30 juin 2018. Dans ce document d’une vingtaine de pages, le secrétaire général de l’ONU fait le point de l’état d’avancement de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali entre décembre 2017 et mars 2018.

Augmentation des attaques meurtrières entre 2016 et 2017
Le rapport de M. Guterrez remarque que pendant la période de décembre à mars 2018, les conditions de sécurité se sont dégradées et les attaques dirigées contre la Mission et les forces de défense et de sécurité maliennes se sont intensifiées. «Il apparaît que le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans ait continué d’accroître sa capacité opérationnelle et d’étendre la zone dans laquelle il intervient, en particulier dans les régions de Mopti et de Ségou», ajoute le rapport. Et d’observer une augmentation des attaques meurtrières entre 2016 et 2017. Tandis que le nombre d’attaques à l’engin explosif improvisé est resté relativement stable, avec 130 attaques recensées en 2017 contre 139 en 2016, le nombre de victimes a augmenté de manière considérable, avec 141 morts et 309 blessés en 2017, contre 70 morts et 184 blessés en 2016.
Le Nord et le Centre du Mali sont les zones où les conditions de sécurité restent «extrêmement» préoccupantes, «notamment dans les régions de Mopti et de Ségou où, si l’on y ajoute la région de Koulikouro, il y a eu autant d’attaques que dans l’ensemble des cinq régions du Nord-Mali».
Les groupes terroristes ont mené 63 attaques, à savoir 37 contre les forces de défense et de sécurité maliennes, 20 contre la MINUSMA, 5 contre un groupe armé signataire de l’accord de paix et 3 contre l’opération Barkhane (plusieurs cibles étaient parfois visées lors d’une même attaque), alors qu’ils en avaient mené 71 pendant la période précédente. Les attaques ont été les plus nombreuses dans les régions de Mopti (24), Kidal (16), Gao (8), Tombouctou (5), Ségou (4), Ménaka (3) et Koulikouro (3). Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans a été très actif dans les régions de Gao, de Kidal et de Ménaka, et a revendiqué la plupart des attaques survenues durant la période considérée.
Le nombre de victimes a diminué: «4 soldats de la paix ont été tués et 12 blessés, auxquels il faut ajouter 1 mort (et aucun blessé) parmi les sous-traitants de la MINUSMA ; alors que pendant la période précédente, on avait recensé 11 morts et 44 blessés dans les rangs du personnel de maintien de la paix», note le document.
Les forces maliennes, parmi lesquelles le nombre de victimes a augmenté, ont été les plus gravement touchées: 45 soldats ont été tués et 80 blessés, contre 23 tués et 8 blessés pour la période précédente. Les attaques contre les forces de défense et de sécurité maliennes ont été les plus nombreuses dans les régions de Mopti (17), puis Gao (5), Ségou (4), Tombouctou (3), Koulikoro (2) et Ménaka (2).
Le plus souvent, les assaillants ont eu recours à des armes de petit calibre, mais aussi à des engins explosifs improvisés ou à des mines, ou encore à des armes de petit calibre et à des engins explosifs en même temps (attaques complexes). Les attentats terroristes ont fait 20 morts et 12 blessés parmi les groupes armés signataires, alors que pendant la période précédente, il y avait eu 2 tués et aucun blessé dans leurs rangs.
Les groupes terroristes qui se sont montré les plus actifs pendant la période considérée sont l’État islamique du Grand Sahara, à la frontière avec le Niger, et le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans dans le Centre du pays et dans les zones frontalières avec la Mauritanie et le Burkina Faso.
Ce dernier groupe a poursuivi son activité sur les médias sociaux et revendiqué au moins sept attaques perpétrées en janvier 2018 contre la MINUSMA, les forces de défense et de sécurité maliennes et la police burkinabè. La coopération entre les deux groupes est source d’inquiétudes croissantes. Le 15 janvier, l’État islamique du Grand Sahara a menacé de collaborer avec Al-Qaida pour s’opposer au déploiement de la force conjointe du G5 Sahel.

La région de Mopti, 79.017 km², est considérée comme la Venise africaine. Cette zone a connu le plus grands nombre d’attaque. Entre décembre 2017 et mars 2018, 24 assauts y ont été comptés. (DR)

71 morts et 22 blessés parmi les civils
Dans le Centre du Mali, les conditions de protection se sont encore détériorées au cours de la période de l’enquête. Les groupes radicaux ont élargi leur présence et renforcé leur campagne d’intimidation, d’enlèvements et d’assassinats ciblés. Ils ont exacerbé les tensions et les violences intercommunautaires, surtout entre les Peuls et les Dogons, et fait un nombre de victimes civiles sans précédent dans les opérations qu’ils ont dirigées contre les forces nationales et internationales.
Les attaques ciblées et les conflits intercommunautaires ont fait 71 morts et 22 blessés parmi les civils. Tous les cercles de la région de Mopti ont été touchés, mais environ un tiers des victimes ont été enregistrées dans celui de Douentza, où, le 30 décembre, l’assassinat ciblé d’un enseignant coranique dogon dans la localité de Mondoro a déclenché une série d’événements violents. Les plus meurtriers se sont produits les 15 et 17 janvier, avec respectivement jusqu’à 12 membres de la communauté dogon d’abord été tués, avant que 8 membres de la communauté peule ne trouvent la mort dans les actes de représailles perpétrés par des Dogons.

Les droits de l’homme mis à mal
La MINUSMA a recensé 133 cas de violations des droits de l’homme et d’atteintes à ces droits, qui ont fait au moins 483 victimes contre 170 cas et 326 victimes au cours de la période précédente. Il y a eu, entre autres, 18 cas d’exécutions extrajudiciaires ou autres exécutions arbitraires, 18 cas
d’enlèvements ou de disparitions forcées, 6 cas de tortures ou de mauvais traitements et 18 cas de détentions illégales.
Les forces de défense et de sécurité maliennes sont impliquées dans 33 violations (25 % des cas). Ensemble, les groupes signataires (55), les groupes non signataires ou dissidents (6) et les groupes extrémistes violents (37) sont responsables de 98 cas (74 % du total signalé).
Près des deux tiers des cas se sont produits dans les régions de Mopti et de Ségou (38 %) et de Tombouctou (25 %). Viennent ensuite le district de Bamako (16 %) et la région de Gao (14 %) ; les 7 % restants se répartissant dans les autres régions.
Des représentants civils de l’État et des notables locaux accusés d’accointances avec les forces de défense et de sécurité maliennes ont été victimes d’au moins trois meurtres et huit enlèvements commis par des éléments rattachés au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans et d’autres groupes apparentés à Al-Qaida au Maghreb islamique.
Les opérations de lutte contre le terrorisme ont continué de susciter de graves préoccupations du point de vue des droits de l’homme. 116 personnes ont été arrêtées par les autorités maliennes dans le cadre du conflit, dont 80 pour des faits en lien avec le terrorisme (tous étant des hommes adultes). Au 28 février, 17 personnes avaient été libérées. Parmi celles arrêtées pour des faits en lien avec le terrorisme pendant la période considérée, plus de la moitié ont subi des violations des droits de l’homme: 15 ont été victimes d’exécutions extrajudiciaires ou de disparitions forcées, 14 de tortures ou de mauvais traitements et 15 victimes de détentions illégales.
En janvier 2018, le gouvernement avait enregistré 47.700 déplacés, 589.600 déplacés et réfugiés rentrés chez eux et 554 demandeurs d’asile dans plusieurs pays (contre 40.600 déplacés, 577.438 déplacés et réfugiés revenus chez eux et 490 demandeurs d’asile recensés en novembre 2017). Tandis que le Mali accueille 17.039 réfugiés de divers pays, plus de 131.800 Maliens sont réfugiés dans les pays voisins.

NK


 

Appui aux forces de défense et de sécurité maliennes

Entre autres missions, la MINUSMA appuie les activités de lutte contre le terrorisme et la criminalité transnationale. C’est ainsi que grâce à son assistance technique, et pour la première fois, des personnes accusées d’actes en relation avec une entreprise terroriste ont été traduites devant la Cour d’Appel de Bamako.
À cette occasion, quatre des six prévenus ayant été arrêtés dans les régions de Mopti et de Kidal en 2015 et 2016 ont été condamnés à des peines de prison et les deux autres ont été acquittés.
De plus, l’ONU finalise actuellement un projet visant à améliorer les conditions de sécurité pour les détenus soupçonnés de terrorisme et d’autres personnes à haut risque détenues dans la Maison centrale d’arrêt de Bamako.
La MINUSMA et ses partenaires ont aussi fourni à 1.279 membres des forces de sécurité maliennes, dont 204 femmes, venus de Mopti, de Tombouctou, de Gao et de Bamako, une formation sur différents modules de maintien de l’ordre et le respect des droits de l’homme dans la lutte contre le terrorisme.
Ainsi, depuis le 16 décembre 2017, la Mission a formé 87 agents des forces de défense et de sécurité maliennes à la réduction des risques liés aux explosifs. «Ces séances de formation permettent aux forces maliennes d’acquérir les compétences nécessaires pour planifier et exécuter les opérations de neutralisation des explosifs et munitions, mais également pour rechercher activement et détecter des engins explosifs improvisés», précise le rapport.


 

Effectif militaire : Le Burkina Faso a le plus gros contingent de la MINUSMA

1.723. C’est l’effectif de militaires et de policiers burkinabè de la Mission multidimensionnelle des Nations-Unies pour la stabilité au Mali (MINUSMA) au 15 mars 2018. Cet effectif est composé de 1.655 militaires dont 68 femmes, de 28 officiers d’état-major et membres du contingent dont 6 femmes.
Dans le volet «policiers hors unités constituées», ils sont 139 dont 6 femmes. Les unités de police constituées, quant à elles, ont un effectif de 167 personnes dont 12 femmes.
Il s’agit du plus gros contingent militaire d’un pays déployé dans la MINUSMA. Après le Burkina, c’est le Tchad qui arrive à la seconde place avec un effectif de 1.448 militaires et policiers déployés. Suivent après le Bangladesh (1.395), le Sénégal (1.056) et le Togo (939). L’Arménie, le Burundi, le Cameroun, le Danemark, l’Espagne, l’Ethiopie, la Roumanie, Madagascar et le Portugal sont aussi présents au sein de la MINUSMA avec un membre chacun.
L’effectif autorisé de la Mission, fixé à 13.289 membres, comprenait 40 observateurs militaires, 421 officiers d’état-major et 12.828 soldats. En mars, 11.795 militaires, soit 88,8 % de l’effectif autorisé, avaient été déployés. Les femmes représentaient 2,64 % de ce personnel militaire.

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Numéro d'édition: 247