Souleymane A. Zaré, expert en micro-assurance et directeur-pays de PlaNet Guarantee.

Agriculture : L’assurance «Récolte» expérimentée au Burkina

• Des résultats satisfaisants

• Premiers contrats en 2011

 

A la faveur du lancement de la Banque agricole du Burkina Faso, la problématique de l’assurance agricole est revenue sur la table. L’agriculture est-elle un secteur trop risqué pour les assureurs? L’Economiste du Faso a voulu en savoir plus et a découvert une nouvelle expérimentation initiée au Burkina Faso par PlaNet Guarantee. Cette structure met en place des produits de micro-assurance. L’Economiste du Faso a donc rencontré son responsable national, Souleymane A. Zaré, expert en micro-assurance et directeur-pays de PlaNet Guarantee, pour comprendre cette innovation.

L’Economiste du Faso : Vous avez expérimenté l’assurance agricole dans la filière maïs et coton. Comment cela fonctionne-t-il?

Souleymane A. Zaré, expert en micro-assurance et directeur-pays de PlaNet Guarantee : Il faut dire que cette expérience concerne en plus du maïs et du coton, l’arachide, le mil, sorgho et le niébé.
Cette assurance fonctionne de deux manières :
Pour l’assurance «Céréales» (mil, sorgho, arachide, maïs et niébé), nous couvrons les risques de manques d’eaux pour la plante (sècheresse) sur la base de l’Evapotranspiration relative (ER). A chaque étape de la croissance des plantes, nous comparons la quantité d’eau reçue par rapport aux besoins des plantes pour leur croissance normale. Lorsque la quantité d’eau reçue est en deçà des besoins,  nous déclenchons le mécanisme de sinistre qui varie selon la perte en eaux.
Pour l’assurance «Coton», c’est plus simple. Nous travaillons avec la SOFITEX qui nous fournit les données de rendements historiques des coopératives ; et sur cette base, nous essayons de définir les niveaux de pertes possibles pour le producteur. Une fois la baisse du rendement constatée, après la vente du coton graine, nous déclenchons les mécanismes de sinistres et déterminons les montants associés.  Sur le coton, on peut dire que c’est une assurance «Tous Risques», car on prend en compte tous les phénomènes climatiques qui ont fait baisser le rendement du producteur. Il faut souligner que dans la micro-assurance «Récolte», il n’y a pas d’évaluation des dégâts sur le terrain comme dans l’assurance classique.

Entre le coton et le maïs, quelle est la filière qui a le plus de potentiel en termes viabilité du système  d’assurance ?

Nous pouvons dire que c’est le coton, parce que la filière est mieux organisée que les autres. Mais, il ne faut pas laisser les autres filières comme le maïs et le mil qui sont aujourd’hui des aliments de base des populations.
Notre mission est de pouvoir offrir de la couverture à tout type de risques agricoles au Burkina Faso et dans la sous-région.
Notre programme est plus à vocation de sécurité alimentaire que de garantie des filières de rente.
Cette expérimentation de l’assurance sur le coton doit nous permettre de développer celle sur les autres filières déjà en étude comme le bétail et petits ruminants, l’ognon, la pomme de terre et la volaille.

Pour la police d’assurance, comment cela fonctionne-t-il ?
C’est une police groupe à adhésion volontaire ou semi-volontaire. La souscription se fait auprès de nos partenaires que sont: les systèmes financiers décentralisés, les organisations paysannes et les banques; et comme toute assurance, la prime est en numéraires et au comptant, selon l’ article 13 du CIMA.

Les résultats sont-ils probants?
C’est une initiative encore expérimentale, mais nous pouvons être très satisfaits des résultats ; même si on n’a pas atteint le niveau de chiffres espérés.
Grace à ce programme, on parle aujourd’hui d’assurance «Récolte» dans nos pays et dans la sous-région comme un outil de gestion des risques agricoles pour faire face aux effets des changements climatiques. Depuis 2011, on a émis le premier contrat d’assurance «Récolte» au Burkina Faso, précisément dans la province des Banwa.

Pensez-vous que les structures classiques d’assurance puissent  prendre le relais de votre expérience ?

Affirmatif, car il faut souligner que PlaNet Guarantee n’est pas une compagnie d’assurances, mais un assureur-conseil en développement et mise en place des produits de micro-assurance. Sinon, il faut noter que nous avons commencé au début avec Allianz Burkina Assurances sur cette thématique; et aujourd’hui, nous sommes rejoints par d’autres compagnies d’assurances comme SONAR, SUNU Assurances et Coris Assurances et des grands réassureurs à l’international. Même si le domaine de l’assurance «Récolte» est plus risqué, il est du rôle des assureurs d’apporter leurs contributions au développement agricole. Comme vous le savez, le Burkina Faso est un pays agricole. Donc, il serait difficile de parler du développement agricole sans l’assurance «Récolte». L’assurance «Récolte» doit connaître un meilleur lendemain dans nos pays ; et elle est un marché potentiel pour les assureurs.

Propos recueillis par FW


Quelles sont les missions et le domaine d’intervention de PlaNet Guarantee ?

PlaNet Guarantee Burkina Faso, la filiale de PlaNet Guarantee Groupe, est la seule entreprise au Burkina Faso qui développe et met en place des produits de micro-assurance, en collaboration avec les compagnies d’assurances, pour les populations vulnérables et exclues des systèmes classiques d’assurances. L’objectif de PlaNet Guarantee est de permettre aux populations exclues des systèmes d’assurances classiques, et ne bénéficiant pas de mécanismes de protection sociale, de se prémunir contre tous les types de risques : santé, catastrophes naturelles, décès, invalidité, accidents, vieillesse, dommages aux biens, assurance «Récolte» et aux personnes…

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Numéro d'édition: 247