A leur arrivée à Banfora, les camions, une quarantaine, ont été bloqués à la nouvelle mairie depuis la nuit du 18 mars 2015. (DR)

Mévente à la Sn-Sosuco 40 camions de sucre importé bloqués à Banfora

• Les travailleurs de la Sucrière crient au sabotage

• Le convoi a été placé sous contrôle

• La colère des travailleurs de la sucrière du Faso

• 32.000 tonnes de sucre invendues

• L’usine de Banfora risque la faillite

La Sn-Sosuco a dans ses magasins 32.000 tonnes de sucre invendues, à la date du 17 mars 2015. Pendant ce temps, le sucre importé entre allègrement et s’écoule plus rapidement. Une situation qui fait dire au Dg de la Sn-Sosuco, Mouctar Koné, que la question de la mévente est toujours d’actualité et qu’elle s’est même aggravée. Les faits sont peut être en train de lui donner raison. Apprenant qu’un convoi important de sucre venant d’Abidjan devait traverser la ville, les travailleurs de la Sn-Sosuco ont décidé dans un premier temps de lui barrer le chemin. 

Sous escorte de gendarmes cependant, le convoi de plus de 40 camions a été bloqué dans la ville de Banfora, le temps d’approfondir les vérifications : documents douaniers et qualité du sucre.

Des dizaines camions transportant du sucre et qui ont franchi le poste douanier de Niangoloko ont été bloqués, le 18 mars dernier, par la gendarmerie de Banfora à leur arrivée dans la ville. Raison évoquée, des vérifications complémentaires sont en train d’être effectuées sur les papiers présentés lors de l’importation de la cargaison et sur la qualité du produit. Avant que les pandores ne prennent l’affaire en main, ce sont les travailleurs de la Sn-Sosuco qui ont tenté d’empêcher, dès le 17 mars, l’entrée du convoi dans le pays. Tout a commencé par la rumeur selon laquelle près de 40 camions transportant du sucre s’apprêtaient à quitter Niangoloko en direction de l’intérieur du pays. A Banfora, cette importation du sucre de cette quantité est vue comme de la provocation parce que la seule usine du pays, la sucrière du Faso, croule sous des stocks d’invendus.
Et la vue de tous ces camions stationnés à la nouvelle mairie de Banfora ajoute à la colère des populations. Une grande marche de protestation a eu lieu le 20 mars pour denoncer l’importation frauduleuse du sucre. Si bien que selon les dires des apprentis qui veillent sur la cargaison (les chauffeurs des camions ayant pris la fuite, ndlr), des messages ont été envoyés au second convoi qui devait lui aussi arriver dans la ville de Banfora afin qu’il ne remonte pas la frontière.
Le courroux des travailleurs de la Sn-Sosuco est pour le moins compréhensif. En effet, leur entreprise compte 32.000 tonnes en stock à la date du 17 mars 2015. Les magasins de l’usine sont pleins et des milliers de sacs de sucre sont empilés les uns sur les autres. Une situation qui fait dire au Dg de la structure, Mouctar Koné, que la question de la mévente est toujours d’actualité et qu’elle s’est même aggravée.
Pourtant après la visite de l’usine par le président de la Transition, Michel Kafando, la Sn-Sosuco était parvenue à un accord avec une dizaine de grossistes de sucre qui avaient pris l’engagement d’enlever toute sa production de 2014-2015, selon un chronogramme bien établi.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que la joie aura été de courte durée car quelques jours seulement après la signature de cet accord, la mévente s’est accrue. A en croire le Dg, elle persiste et l’entreprise risque de mettre les clefs sous le paillasson si rien n’est fait. «Nous n’arrivons pas à vendre du fait de la fraude», a-t-il dit. Pour preuve, a-t-il poursuivi, «nous comptons produire 37.000 tonnes de sucre au cours cette campagne sucrière 2014-2015 qui a démarré le 1er novembre 2014 et qui doit prendre fin en principe à la fin du mois du mars 2015. Vous constatez donc au regard de ces statistiques que nous n’avons absolument rien vendu». D’ailleurs, relate-t-il, «nous ne sommes pas sûrs de pouvoir payer les salaires de mars et d’avril à venir».
Pour plusieurs ouvriers de la société avec qui nous avons échangé, la résolution de leur problème passe forcément par l’éradication de la fraude et particulièrement celle du sucre. Pour eux, c’est parce que le marché national est inondé de sucre importé qui se vend moins cher, parce qu’il est entré en fraude des droits de douanes, qu’ils vivent une telle situation. Ils disent cependant ne pas comprendre que le Gouvernement, à qui ils ont demandé d’ouvrir l’œil sur l’importation du sucre, reste inactif.
Le sucre subventionné ?
Le pire, soutiennent ces ouvriers, c’est que «nous avons l’impression que le Gouvernement subventionne le sucre importé, car il a fixé la valeur de référence du sucre au Burkina, aussi bien en morceaux qu’en granulé, à 190.000 F CFA alors que partout ailleurs, il est de 222.000 F CFA pour le granulé et 485.000 F CFA pour le sucre en morceaux. Selon la Direction générale de l’entreprise, la Sn-Sosuco ne produit que le tiers de la consommation nationale, soit environ 35.000 tonnes de sucre par an.
Le besoin national se chiffrant autour de 105.000 tonnes, le non écoulement du sucre local inquiète. Selon M. Naba, l’un des responsables de l’observatoire national du sucre que nous avons joint au téléphone le 18 mars 2015, c’est seulement au cours des mois de mai et décembre 2014 que des autorisations d’importer du sucre ont été octroyées. Il a soutenu que lesdites autorisations ont tenu compte de la production nationale et du coût du sucre sur le marché international. Cependant, dans l’entendement des travailleurs de la Sn- Sosuco, l’Etat burkinabè perd énormément de ressources à cause de la fraude, car en contournant la douane, ce sont des frais que ces importateurs ne versent pas au budget national. C’est ce qui les amène à s’interroger si les importateurs de sucre sont effectivement seuls à «bouffer» dans ce trafic.
Sy Amir LOOKMANN


 

 

Le sucre Sn-Sosuco absent des boutiques

Le marché burkinabè brille par l’absence du sucre de production nationale. A Dédougou, par exemple, où nous avons pris langue avec un boutiquier afin de savoir pourquoi il ne vend pas le sucre de la production nationale, notre interlocuteur répond sans détour que c’est parce qu’il n’y en a pas. «De peur de perdre mes clients et dans le souci de faire face à mes charges, je suis obligé de vendre ce que je trouve chez mon grossiste». A Banfora, capitale de la cité du paysan noir qui, elle, a l’avantage d’abriter la Sn-Sosuco et qui se trouve à plus de 450 kilomètres de Ouagadougou, le sucre importé tient la dragée haute à la production nationale. Selon un détaillant, c’est même parce que le sucre importé a manqué durant ces deux derniers jours que le sucre Sosuco se trouve dans ses rayons. Sans détour, il nous fait savoir que les clients préfèrent acheter le sucre étranger parce qu’il leur revient 50 ou 100 F CFA moins cher. Brahima Koné qui, lui, est demi-grossiste pense qu’il s’agit d’un problème de pouvoir d’achat et que la sucrière du Faso devrait revoir ses prix. Pour lui, il est inexplicable que le produit national coûte plus cher que celui importé.
A entendre M. Koné, le sucre qui leur est vendu à Bobo-Dioulasso est assorti de quittance. De plus, lorsqu’il s’agit de s’approvisionner en sucre en poudre, le consommateur préfère le sucre importé, car le sac de 50 kilogrammes de sucre Saint Louis revient aux détaillants à 25.000 F CFA contre 26.000 pour le sucre Sosuco. Mais, dit-il, lorsque le client veut du sucre en morceaux, il préfère celui de Sosuco dont le carton de 24 paquets est cédé à 18.000 F CFA contre 20.000 F CFA pour le sucre Saint Louis. o

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Numéro d'édition: 102