Le commandant de la force Barkhane, le Gal de division, Laurent Michon, a indiqué que la restructuration en cours de Barkhane s’inscrivait dans une logique de coconstruction avec les alliés européens et les pays sahéliens. (DR)

Force Barkhane au Sahel: une restructuration de concert avec les Etats

• Les difficultés sur le terrain expliquées

• La stratégie de Wagner dévoilée

Le commandant de la force Barkhane, le Gal de division, Laurent Michon, a indiqué que la restructuration en cours de Barkhane s’inscrivait dans une logique de coconstruction avec les alliés européens et les pays sahéliens. (DR)

En fin de mission à la tête de la force française Barkhane, le Général de division, Laurent Michon, dans sa tournée d’adieu qui l’a conduit en Mauritanie, au Mali, au Niger et au Burkina, a fait le bilan des différentes initiatives et décliné les perspectives. C’était au cours d’une conférence de presse animée le jeudi 21 juillet 2022, à Ouagadougou.
Après son retrait du Mali, où elle était présente depuis 2014 dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, la force française Barkhane est en train de connaitre une « transformation profonde ». C’est ce qu’a laissé entendre en substance le commandant de ladite force, le Gal de division, Laurent Michon, lors de la conférence de presse animée le 21 juillet 2022, dans la capitale burkinabè. De concert avec les alliés européens et les Etats sahéliens, Barkhane va rester au Sahel pour lutter contre le terrorisme. Il s’agit de mettre en place une dynamique de coconstruction avec les Etats sahéliens afin de permettre aux militaires français d’aider à la stabilité des pays du Sahel. « Avec le soutien des alliés européens et des partenaires africains, dans le respect de leur souveraineté des Etats, nous restons en Afrique, au Sahel pour lutter contre le terrorisme. Le retrait des 2 500 soldats français et des 4000 conteneurs du Mali s’est effectué dans un bel esprit avec nos frères d’armes maliens aux côtés desquels nous avons combattu les groupes terroristes », a indiqué le Gal de division, Laurent Michon. Barkhane, contrairement à ce que certains relaient comme informations, a-t-il précisé, ne va pas se redéployer au Niger. Conformément à l’accord de 2018 sur le stationnement des forces françaises au Burkina, a confié M. Michon, Barkhane apporte un appui aérien aux forces armées burkinabè à la demande des autorités burkinabè. « Nous intervenons toujours sur la demande des autorités de chaque Etat sahélien, que ce soit en appui terrestre ou aérien », a-t-il informé.
Comment se fait-il qu’en dépit de votre présence au Sahel depuis ces années et des moyens dont vous disposez, les groupes terroristes continuent d’imposer leur diktat ? Le commandant de la force Barkhane a répondu qu’il y avait une surestimation des moyens des militaires français au Sahel. « Il y a un fantasme autour des moyens dont nous disposons. Cela n’est pas vrai. Notre base aérienne n’a que six chasseurs, cinq ou six drones. C’est dire que nous ne pouvons pas avoir une vue globale sur tout l’espace du Sahel », a-t-il précisé. De l’avis du Gal de division, Laurent Michon, il faut prendre en compte d’autres réalités sur le terrain qui expliquent la complexité de la lutte contre le terrorisme. Il s’agit, notamment, des anciens corridors de trafic de drogue, d’armes et d’humains qui sont établis dans l’espace du Sahel et qui bénéficient de complicités. D’ailleurs, a-t-il confié, ces corridors de trafic sont la première source d’armement des groupes terroristes qui écument le Sahel. La seconde source, a-t-il poursuivi, provient des armées maliennes et burkinabè auxquelles les terroristes ravissent des armes lors des attaques. En clair, un terreau endogène lié aux corridors de trafic s’emploie à perpétuer l’impunité en alimentant le terrorisme. D’où la nécessité pour les Etats de véritablement s’attaquer à ces réseaux qui apportent l’oxygène à l’hydre terroriste.
Est-ce l’arrivée de la force russe Wagner qui serait à l’origine de votre départ du Mali ? « Notre décision de partir du Mali n’a rien à voir avec l’arrivée de Wagner. C’est suite à une décision des autorités maliennes que nous partons de ce pays », a informé le Gal de division Michon. Pour lui, Wagner est au Mali dans une logique de mercenariat, de prédation économique et de désinformation. A l’entendre, le séjour du patron de Wagner au Mali en octobre 2021 a ouvert la porte au déploiement d’un millier d’éléments qui, sous le prétexte de résultats rapides, ont massacré des populations. « Wagner nous a même accusés d’être responsables d’un charnier dans une localité, alors qu’il n’en est rien. Wagner ne connait pas de prison », a laissé entendre le conférencier. Les fameux résultats rapides ont ouvert la voie à la prédation économique. D’autant plus que le Code minier malien a été révisé et, actuellement, Wagner est en train d’exploiter trois sites d’or au Mali, selon les confidences du Gal Michon. Par le biais de la désinformation dont Wagner dispose d’un « vrai savoir-faire », de son avis, les populations sont inondées de toutes sortes d’intoxications montées de toutes pièces. Aux dires de M. Michon, Wagner, dans cette logique de désinformation, rémunère grassement des panafricanistes pour porter sa voix. « La force Barkhane ne fait payer quoi que ce soit pour ses interventions, contrairement à ce qui se dit », a-t-il indiqué.
Jérôme HAYIMI

 

Encadré

Polémique stérile

A l’occasion de la célébration de la fête nationale française, le 14 juillet dernier, l’Ambassadeur de France au Burkina, Luc Hallade, avait dans son discours, invité les Burkinabè à garder espoir face au péril sécuritaire auquel le pays est confronté. Sur la même lancée, il avait fustigé les agissements moyenâgeux de certains activistes qui font de la désinformation sur les réseaux sociaux. Morceau choisi : « Je regrette que les réseaux sociaux soient devenus, à bien des égards, les « idiots utiles », la caisse de résonnance de ceux et celles qui, aveuglés par une haine absurde, nous accusent, sans preuve aucune, de jouer un double jeu, de vouloir exploiter les richesses du Burkina Faso, ou pire encore, d’armer les terroristes. Je veux le dire clairement ce soir : ce sont ces personnes abritées derrière un écran d’ordinateur qui contribuent par leur outrance, leur virulence, leurs vitupérations, à la déstabilisation de ce pays. Je sais que le peuple burkinabè et sa jeunesse ne sont plus dupes de ce qu’il est désormais convenu d’appeler le prurit numérique. Un prurit financé par quelques officines ayant grand intérêt à voir la région du Sahel demeurer dans l’instabilité. » Il n’en a pas fallu pour que la toile s’enflammât pour charger le diplomate français. Sans avoir cerné la portée de son message, on s’est empressé de l’accuser de faire du paternalisme. Monique Yeli Kam, candidate à la présidentielle de novembre 2020, a même appelé à manifester pour le départ de l’Ambassadeur.
Dans sa charge contre le diplomate français, elle n’a mentionné que le propos qui injuriait le peuple burkinabè. La liberté d’expression nous donne, certes, la plénitude de dire ce que nous pensons, mais nous devons en jouir avec responsabilité et bon sens. 
J. H.

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Numéro d'édition: 449

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