Saisies de stupéfiants: les médicaments prohibés en tête de la fraude

• Ils alimentent le marché local

• Suivis des amphétamines et du cannabis

• La drogue dure en transit

Quelle est la part de la drogue dans les produits qui entrent frauduleusement au Burkina Faso ? La question mérite d’être posée, après la saisie de 115,158 kg de cocaïne le 19 mai 2022 par la Brigade mobile des Douanes de Bobo-Dioulasso. Pour le savoir, L’Economiste du Faso a approché la Direction de lutte contre la fraude et de la surveillance du territoire, logée au sein de la Direction générale des Douanes. Il ressort que les différents types de drogues saisies ces dernières années sont, entre autres, le chanvre indien, la cocaïne, l’héroïne, le Khat, la méthamphétamine, les amphétamines et les divers médicaments prohibés dont le tramadol.
Les statistiques des saisies des 5 dernières années (2017-2021) montrent qu’en termes de volume, les médicaments prohibés viennent en première position (461.830 kg), suivis des amphétamines (56.426,99kg) et du chanvre indien ou cannabis (37.849,61kg). On y apprend aussi que hormis la saisie record de 115 kg opérée par la Brigade mobile de Bobo-Dioulasso le 19 mai 2022, il n’y a pas eu d’autre saisie de cocaïne ces trois dernières années. La dernière saisie du genre remonte à 2018 (27,9 kg d’héroïne saisi) et 2017 (17,08kg).

Les facettes du trafic
« A propos du trafic illicite des produits comme les amphétamines, le tramadol et autres médicaments prohibés alimentant le marché local, il faut souligner malheureusement que c’est l’œuvre de commerçants véreux », a expliqué la Directrice de lutte contre la fraude, Pulchérie Dabiré /Somda. Outre les cachettes spécialement aménagées et les cas de dissimulation de produits illicites dans des véhicules franchissant le cordon douanier, ces opérateurs utilisent des passeurs qui, en tricycles, à moto, à vélo, etc. contournent le dispositif douanier de surveillance et les ravitaillent par le biais de la contrebande.
Pour la première responsable de la lutte contre la fraude, ce trafic s’opère à partir d’entrepôts situés dans les pays côtiers limitrophes (Ghana, Togo, Bénin. Et même si ces entrepôts eux-mêmes sont approvisionnés par voie maritime à partir de l’Asie (Inde, Chine, …), il importe de préciser « que des unités clandestines de fabrication de faux médicaments ont été épinglées dans certains pays de la sous-région (Nigeria, Bénin, Côte d’Ivoire).

Le Burkina victime de sa bonne réputation
Des cas de saisie de drogues dures en transit comme la méthamphétamine et le khat ont révélé que pour tromper la vigilance des services de contrôle, les expéditeurs basés à l’étranger, notamment, au Nigeria, envoyaient les produits incriminés par courrier express au Burkina Faso en vue de les réexpédier vers l’UE, les USA, etc.
Pour le chanvre indien, les statistiques de ces dernières années montrent que la majeure partie provient du Ghana. Près de la moitié des saisies opérées ces trois dernières années l’a été dans la zone de Nako (Sud-Ouest, frontière du Ghana) où la drogue est principalement introduite à l’aide de pirogues. Des vélos, motos et tricycles sont ensuite mis à contribution pour la suite du parcours.
L’escale Burkina Faso est utile pour les trafiquants. Ils profitent de la bonne réputation du pays à l’international pour expédier leurs produits à partir du territoire national. « Vous savez qu’il y a certains pays qui sont fichiers par les services de renseignement. Le Burkina Faso jouissant d’une bonne réputation, les trafiquants espèrent qu’en envoyant leurs marchandises frauduleuses avec pour point de départ le Burkina, ils vont brouiller les pistes et espérer ne pas être contrôlés. C’est ainsi que souvent, on rencontre un colis qui a été à la Corne de l’Afrique, qui passe par le Burkina pour être réexpédié en Australie, par exemple », a expliqué l’inspecteur principal Zougmoré Charles Antoine, chef du service de lutte contre les trafics illicites.
Malheureusement, la dégradation de la situation sécuritaire que traverse le Burkina Faso est un facteur aggravant dans la lutte contre la fraude. Une préoccupation à laquelle la Directrice de la lutte contre la fraude et de la surveillance du territoire et ses hommes doivent faire face. « Le terrorisme contraint à l’abandon des positions jadis occupées par les services des Douanes, et entraine aussi la réduction des services de campagne. Nous sommes ainsi contraints de redéployer des agents dans certaines zones aussi. Cette situation engendre le stress, l’anxiété, les atteintes à l’intégrité, l’insécurité et les traumatismes physiques et psychologiques », explique-t-elle.
NK

 

Encadré

Les défis pour Pulchérie Dabiré/Somda

La nouvelle patronne de la lutte contre la fraude et de la surveillance du territoire connait bien le terrain. Son approche, travailler à ramener les fraudeurs sur le droit chemin. « Je vais travailler à décourager les fraudeurs », a-t-elle averti. Et pour ce faire, elle entend relever plusieurs défis :
Eveiller les consciences individuelles et collectives, le citoyen ordinaire, en général, et les commerçants, importateurs, entreprises formelles et informelles, les autorités coutumières, religieuses, et surtout les hommes politiques, des effets néfastes de la fraude ;
Amener les populations, les hommes politiques et autres autorités coutumières et religieuses à refuser la banalisation de la fraude et obtenir la collaboration de tous ;
Obtenir le soutien des populations dans la lutte contre la fraude et amener les opérateurs au civisme fiscal : la fraude est devenue banalisée pour la majeure partie des opérateurs, grands comme petits (formels comme informels) et par les populations ;
Réduire la fraude à sa plus petite expression, et cela passera, entre autres, par la gestion intégrée de la chaîne logistique internationale pour assurer l’intégrité et la fiabilité des données commerciales ;
Pour ce qui est de la drogue, avoir le renseignement, la formation et les moyens technologiques de contrôle et de détection.

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Numéro d'édition: 444

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