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Situation nationale: des solutions et non des invectives

Les efforts des FDS sur le théâtre des opérations méritent d’être portés à la connaissance du public. (DR)

Après une relative accalmie suite à l’avènement du Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration (MPSR) au pouvoir le 24 janvier 2022, les partis politiques ont repris l’animation de la vie publique. Que proposent-ils au juste pour sortir le Burkina du bourbier sécuritaire dans lequel il est enlisé ? Ont-ils tiré leçon de leur incurie dans la crise multidimensionnelle qui secoue le pays à travers leurs sorties médiatiques ? Il semble que certains leaders politiques refusent d’ôter leurs œillères.
A travers des conférences de presse et des visites de courtoisie, les partis politiques ont commencé à animer le débat. La période d’hibernation observée après le coup d’Etat du 24 janvier 2022, qui a porté le Lieutenant-Colonel Paul Henri Sandaogo Damiba au pouvoir, est devenue un lointain souvenir. S’il faut se réjouir du fait que le débat démocratique favorisant l’expression de la diversité d’opinions ait repris de plus belle, il y a toutefois lieu de s’intéresser sur ce qui est proposé. L’impression qui se dégage est que personne ne semble s’interroger sur sa part de responsabilité dans le malheur qui étreint le Burkina Faso depuis six ans. Tout le monde disserte sur la situation sécuritaire délétère en se débinant de ses propres manquements.
Comme sous l’ère du président déchu Roch Marc Christian Kaboré, les invectives sont désormais orientées vers le MPSR qui éprouve des difficultés à endiguer la menace terroriste. L’on avait pensé que la trêve qu’avait observée la classe politique au lendemain de la prise du pouvoir par les militaires avait été un moment d’introspection et de remise en cause.
Mais que nenni ! A l’analyse de ce qui fait ces temps-ci, il y a comme une sorte de déni de la réalité. Alors que les groupes terroristes continuent d’imposer leur hymne funèbre au pays, l’on préfère se complaire dans des débats d’une stérilité éreintante. Les vraies questions sont littéralement occultées dans les sorties médiatiques de la plupart des responsables de partis politiques. La proie toute trouvée à abattre est le Président Damiba et ses hommes qui ont surfé sur le péril sécuritaire pour déposer un chef d’Etat démocratiquement élu. C’est vrai.

L’heure n’est pas aux discours creux
Mais on se demande véritablement si l’on a conscience du péril lancinant qui chamboule tous nos espoirs. En ces moments critiques où le pays est à la croisée des chemins, l’on s’attendait à des propositions à même de nous sortir de l’ornière. Ceux qui, hier, faisaient la pluie et le beau temps (tous les partis politiques confondus). Où ont-ils mis leur part de responsabilité dans ce qui arrive au pays ? Comment un pays qui tentait tant bien que mal à enraciner son processus démocratique ait pu tomber à nouveau dans le piège d’un coup d’Etat ? Certainement, la qualité du débat démocratique, du moins celle même des leaders politiques, a simplement fait défaut.
Sans s’interroger sur les raisons profondes de cette débâcle démocratique, nos leaders politiques font comme s’ils n’avaient rien à voir avec le délitement qui lézarde le pays. L’heure n’est pas aux discours creux, mais plutôt à la formulation de pistes de solutions qui permettront de bouter le terrorisme hors du Burkina. Ce jeu politicien malsain qui consiste à appréhender les problèmes avec un certain manichéisme est loin de sauver le pays du désastre. Ces moments devront servir plutôt à nous approprier sérieusement le malheur commun au lieu de vouloir à tout prix charger un bouc émissaire. Sans jouer les oiseaux de mauvais augure, l’échec de la Transition n’augurera rien de prometteur pour le Burkina. De sa capacité à affronter l’hydre terroriste dépendra la future stabilité du Burkina. Et chacun y a impérativement sa partition à jouer sans calcul partisan.

Réhabiliter la politique qui a été vidée de toute son essence
C’est dire que les stratégies de reconquête du pouvoir devraient être reléguées au second plan pour parer au plus urgent. Face à un défi aussi complexe qu’est le péril terroriste, il va de soi que l’union sacrée de tous les Burkinabè, au-delà de leurs appartenances politiques, idéologiques, religieuses et ethniques, reste le seul rempart contre la folie meurtrière qui possède l’ennemi. Les velléités de rapprochement ou de probables alliances entre partis politiques ne seront fructueuses, dans la mesure où elles visent à fédérer les énergies pour faire barrage au terrorisme. C’est en faisant front commun autour de la triste parenthèse que vit le pays que son avenir sera préservé. A vouloir réitérer la même antienne de la critique facile, il est à parier que le bout du tunnel sera encore loin. Il importe de s’interroger sur les causes de l’enlisement dans lequel l’on se trouve du fait du terrorisme pour mieux déciller l’horizon d’un lendemain fait de quiétude. Tant que la politique sera vidée d’un minimum d’éthique, inutile de pendre pari pour un avenir fait de sérénité. Si nos leaders politiques sont de vrais patriotes qui portent les aspirations profondes et le bonheur de leur pays, ils doivent proposer quelque chose de mieux que ce qui est donné à voir ces temps-ci.
La présence médiatique d’un leader politique ne signifie rien si elle ne vise que le populisme ou la démagogie. Il est temps de réhabiliter la politique qui a été vidée de toute son essence sous nos cieux. La politique, comme le souligne le Pr Jacques Nanema, c’est l’anti-égoïsme, l’effort de transcender ses propres limites pour s’engager avec d’autres dans la mise en œuvre d’un projet de société qui assure la sécurité, la liberté et la justice pour tous. « On ne s’engage dans un contrat social que dans la perspective de devenir meilleur, de réaliser ce qu’il y a de mieux pour nous. Sans le projet moral de l’auto-perfectionnement de l’homme, son engagement en politique n’a pas de sens. Les humains ne se réunissent pas dans une association politique pour se mirer réciproquement mais pour œuvrer ensemble à bâtir l’avenir. Sans une foi en l’avenir, point de politique, point d’éducation », prévient-il. Aujourd’hui plus qu’hier, c’est l’avenir du Burkina qui est en jeu et non les calculs égoïstes comme certains voudraient le faire penser. Il faut oser abandonner les habitudes qui ne grandissent personne.
Jérôme HAYIMI

 

Encadré

Les citoyens attendent d’être rassurés

Dans un contexte où chacun voudrait utiliser les médias pour se faire bonne conscience ou pour charger les autres des malheurs du pays des Hommes intègres, il serait aussi de bon ton que les autorités de la Transition occupent le terrain médiatique pour montrer ce qui est fait dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. En dépit de l’ampleur de la menace, il y a lieu de reconnaitre que les Forces de défense et de sécurité s’échinent chaque jour au front pour défendre vaille que vaille la mère patrie. Il suffit d’échanger avec quelques braves soldats pour comprendre à quel point ils sont prêts à braver la mort pour que tienne le pays. La résistance farouche dont a fait preuve le détachement militaire de Bourzanga le 21 mai 2022 face à une horde de centaines de terroristes est un exemple parmi tant d’autres de la détermination des FDS à libérer le territoire. L’offensive contre les forces du mal engagée ces temps-ci mérite d’être portée à la connaissance du public. Les citoyens attendent d’être rassurés que d’entendre des discours qui creusent le lit des incompréhensions. Comme certains pensent se dédouaner facilement en gesticulant devant les objectifs de caméras, il serait aussi intéressant de montrer le travail formidable qu’abattent les « boys » au péril de leur vie sur le théâtre des opérations. C’est de bonne guerre !

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