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Les dettes s’envolent avec les crises mondiales

Les dettes publiques se sont particulièrement creusées avec les deux dernières crises mondiales. D’abord financière en 2007-2008 avec les «subprimes», puis sanitaire avec la pandémie de Covid-19. Désormais, l’inquiétude domine quant à la manière de les gérer, selon les participants au forum de Davos 2022 qui s’est clôturé le jeudi 26 mai 2022.
Le ratio mondial de la dette souveraine totale par rapport au PIB a chuté du niveau record de 87,5% en 2020 à 80,7% en 2021, le rebond de l’activité économique surpassant la hausse des emprunts. La situation à plus long terme montre une évolution spectaculaire, selon l’indice Janus Henderson de la dette souveraine du mois d’avril 2022. La dette publique mondiale a quasiment triplé au cours des deux dernières décennies. Mais la réduction des taux d’intérêt qui a tout d’abord accompagné la crise financière mondiale, puis la pandémie, signifie que la charge d’intérêts n’a augmenté que d’un tiers.
La dette a atteint des niveaux inquiétants dans le monde à mesure que les taux d’intérêt remontent. Le sujet a été abordé au cours d’une table ronde par Gita Gopinath, Directrice générale adjointe du FMI. Elle a fait savoir que «la dette publique est proche de 120% du PIB au sein des pays avancés. Et elle a significativement augmenté parmi les pays émergents et en développement. Plus de la moitié des pays à faibles revenus sont déjà en situation de détresse ou à haut risque de le devenir».
D’autant qu’il n’y a pas que la dette des Etats. Selon l’Institut de finance internationale (IIF) basé à Washington, la dette publique et privée, entreprises et ménages, a culminé au premier trimestre au niveau record de 305.000 milliards de dollars.
«Après des années d’intérêt au plancher, les banques centrales ont enclenché les hausses de taux pour contrer l’inflation. Cela renchérit les coûts d’emprunt des États, qui continuent à beaucoup dépenser pour soutenir leurs économies, ainsi que des entreprises», de l’avis des analystes financiers. «La dette a maintenant un coût», a fait savoir à Davos le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau. Rien que pour la France, il a calculé que «chaque hausse d’un point de pourcentage du taux d’emprunt à dix ans représente sur cette durée une facture supplémentaire de 40 milliards d’euros».
Traditionnellement très fragilisés par les hausses de taux d’intérêt, surtout venant des Etats-Unis, les pays émergents semblent cette fois moins menacés. De nombreux experts mettant en avant un moindre endettement en devises étrangères de ces Etats que par le passé et davantage de réserves de change. «Après la crise de la dette en zone euro au tournant des années 2010, le continent est surveillé de près par le FMI qui craint qu’une potentielle accélération de l’inflation n’entraîne de brutales hausses de taux d’intérêt», a précisé Gita Go­pinath.
Pour les pays les plus fragiles, en revanche, «les risques de défauts sont beaucoup plus importants», a indiqué de son côté le Directeur de la Banque de développement de l’Afrique australe, Patrick Khule­kani, à Davos.
Les gouvernements du monde entier ont continué à emprunter librement au cours de la deuxième année de la pandémie. La forte reprise économique a permis de soutenir les finances publiques tendues, mais l’accélération actuelle de l’inflation a fait grimper les taux d’intérêt du marché. Ce qui augmentera le coût du service de la dette Covid, selon une récente analyse de Janus Henderson Sove­reign Debt Index (édition 2-avril 2022). Même si le début de la fin de la pandémie est en bonne voie, la dette publique mondiale continuera encore d’augmenter en 2022.
Les Etats-Unis, le Japon et la Chine représenteront environ les trois quarts de l’augmentation mondiale prévue de 6.200 milliards de dollars (+9,5%) – à eux trois, ils n’étaient responsables que de la moitié de la hausse en 2021 – mais presque tous les pays suivis devraient emprunter davantage. Les emprunts publics atteindront 71.600 milliards de dollars. La croissance économique soutiendra les emprunts supplémentaires, mais la hausse de l’endettement devrait être supérieure à la capacité de croissance des économies. Le grand changement pour 2022, et au-delà, concernera le coût du service de cette dette pour les gouvernements.
La charge d’intérêts devrait augmenter d’environ un septième (14,5 %) à taux de change constant. Le Royaume-Uni sera le plus affecté, une grande partie de sa dette étant émise sous forme de gilts indexés (voir la section consacrée au Royaume-Uni). Lorsque l’inflation augmente, les paiements d’intérêts augmentent également. Les Etats-Unis, le Canada, la France, l’Allemagne et l’Australie ont également émis un nombre relativement important d’obligations indexées sur l’inflation.
Fatim-Zahra TOHRY/ L’Economiste| Edition N°6272

 

Encadré

Quelques chiffres

La dette publique mondiale a augmenté pour atteindre 65.400 milliards de dollars en 2021, en hausse de 7,8% à taux de change constant. Chaque pays ayant emprunté davantage.
Depuis le début de la pandémie, la dette souveraine mondiale a augmenté d’un quart.
Le coût du service de la dette a atteint son plus bas niveau, à 1.010 milliards de dollars, ce qui correspond à un taux d’intérêt effectif d’à peine 1,6%.
La forte reprise économique a permis au ratio dette mondiale/PIB de passer de 87,5% en 2020 à 80,7% en 2021.
La dette publique a triplé en deux décennies.
Les marchés des obligations d’Etat mondiales ont enregistré un rendement total de -1,9% en 2021. Et ce n’est que la quatrième fois en 35 ans que l’on constate une baisse.

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