To Mahamadou, formateur et trader en crypto-monnaie. (DR)

Crypto-monnaie: la BEAC jette l’éponge

• Les régulateurs hésitent

• L’engouement des Africains intact

• Des épargnants sans réelle protection

To Mahamadou, formateur et trader en crypto-monnaie. (DR)

La fièvre de la crypto-monnaie ne faiblit pas. C’est une nouvelle niche pour des épargants en quête d’importants retours sur investissement. Au Burkina Faso, malgré les déconvenues des sociétés de trading qui trainent encore plusieurs dizaines de milliards de francs de capital et d’intérêts à rembourser (l’affaire d’ailleurs pendante en Justice cf. L’Economiste du Faso N° 438)  à leurs clients, ils sont encore toujours nombreux à se former et à prendre d’assaut les plateformes de crypto-monnaies pour placer leur argent. Un nouveau système financier est en train de se mettre en place avec des échanges de fortes sommes via la blockchain. Le système financier classique ne voit pas toujours d’un bon œil son expansion qui risque de lui faire de l’ombre et les institutions financières qui s’y intéressent tentent de jeter les bases d’une régulation minimum afin de ne pas perdre définitivement le contrôle sur ce nouveau monstre financier.
Le continent africain n’est pas en reste. Faut-il prendre le train en marche ou regarder le système se développer et courir après pour l’intégrer ?
En tous cas, la Banque centrale des Etats de l’Afrique centrale (BCEAC) vient de botter en touche. Réunie le 6 mai 2022 en session extraordinaire, la Commission bancaire de cette zone monétaire a sorti une décision interdisant aux établissements bancaires et financiers assujettis à la Commission bancaire de l’Afrique centrale (CORAC) la détention, l’utilisation et l’échange et à la conversion des crypto-monnaies et crypto-actifs.
Cette décision est arrivée dans la foulée de l’initiative prise par le gouvernement centrafricain d’adopter le bitcoin comme monnaie officielle à côté du FCFA.
C’était le 28 avril dernier. Cette décision avait été jugée précipitée dans les milieux économiques et financiers, dans la mesure où une bonne partie de la population ne maîtrise pas bien les enjeux et les contours de la crypto-monnaie. Le pays devait contracter avec une société spécialisée dans le minage pour gérer son infrastructure nationale.
Ce pays risque de rentrer en conflit ouvert avec les autorités monétaires de l’UMAC (Union monétaire de l’Afrique centrale) en adoptant toute seule cette innovation.
Quid alors de l’Afrique de l’Ouest ? La banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest n’a pas encore réagi officiellement face à l’ampleur des fans de crypto-monnaie dans la zone. A travers le Conseil régional de l’épargne et du marché financier, les autorités monétaires et financières, des communiqués avaient permis de déclencher des procédures contre les sociétés de trading qui mobilisaient illégalement l’épargne publique. Les parlementaires de l’UEMOA se sont approprié la question lors d’une de leur session à Ouagadougou en 2021. Des informations font également cas d’une étude en cours sur la crypto-monnaie au niveau de la CEDEAO.
La crypto-monnaie semble, pour l’instant, contourner cette illégalité liée à la collecte de l’épargne publique par les sociétés de trading. Mais sur le continent, elle commence à se heurter à la concurrence et à la méfiance du système financier classique dans la perspective où la crypto-monnaie pourrait devenir une monnaie de change pour les transactions courantes.

FW

 

Encadré

«Crypto-monnaie, la digue a cédé»

To Mahamadou, formateur et trader en crypto-monnaie. Pour lui, l’avenir de la profession se trouve dans la crypto-monnaie.
Cette décision de la COBAC ne me surprend pas. Mais elle n’empêchera pas la RCA d’atteindre ses objectifs. Interdire n’est pas la solution. Il faut plutôt comprendre, expliquer et chercher à encadrer afin d’atténuer les risques éventuels. Il y a, certes,des inconvénients qu’on peut corriger. Le paradoxe c’est que les parlementaires de la zone UEMOA ont organisé une session spéciale sur la crypto- monnaie en vue de comprendre et d’envisager des actions « défis et perspectives des crypto-monnaies comme facilitateurs des investissements en Afrique de l’Ouest ». La CEDEAO aussi s’y intéresse. Mais les décisions prennent du temps et c’est normal.
Pendant ce temps, 32 banques centrales dont celle du Ghana, de Madagascar et d’Angola ainsi que 12 autorités financières internationales se sont réunies au Salvador le 17 mai dernier pour comprendre comment le Salvador applique son système de crypto-monnaie en cette période de crise financière et d’inflation galopante.  
Je salue cette initiative centrafricaine. Souvent collectivement, on a du mal à faire bouger les lignes. En adoptant la crypto-monnaie, elle va obliger les institutions financières régionales à mieux s’approprier les enjeux. La blockchain et la crypto-monnaie, c’est comme une digue qui a cédé. D’une façon ou d’une autre, elle va nous arriver dessus ». 

Commentaires
Numéro d'édition: 440

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