Le Premier ministre, Albert Ouédraogo, a été constater les causes du retard du barrage de Samendeni. (Ph: Yvan SAMA)

Retard dans le projet Samendéni: les vraies raisons sur la table

• Instabilité politique, déblocage tardif des fonds, insécurité et Covid-19

• Le Premier ministre « fâché »

• La zone agro-industrielle, l’aquacole, le recalibrage du fleuve Mouhoun piétinent

Le Premier ministre, Albert Ouédraogo, a été constater les causes du retard du barrage de Samendeni. (Ph: Yvan SAMA)

14 ans après son lancement (2008), le Programme de développement intégré de la vallée de Samendéni (PDIS) stagne dans sa mise en œuvre. Sur les 7 composantes dudit projet, seuls 4 connaissent des taux d’exécution qui oscillent entre 45 et 100%. Les 3 autres composantes sont toujours au stade d’études, de démarrage ou en cours de réalisation.

14 ans de retard que le gouvernement n’ignore pas
Une situation qui n’a pas manqué de « fâcher » le Premier ministre burkinabè, Albert Ouédraogo. En visite de terrain le samedi 4 mai 2022 à la vallée de Samendéni, située dans la Commune de Bama, région des Hauts-Bassins, il dit être déçu du niveau de réalisation des activités. En effet, 14 ans après son lancement en grande pompe, le PDIS connaît un taux d’exécution mitigé. Selon la note de présentation du PDIS sur la situation d’exécution au 30 avril 2022 faite par l’équipe de coordination au Premier ministre, il ressort qu’à ce jour, seule la composante construction du barrage a été exécutée à 100% et la construction de la centrale hydroélectrique à un taux d’exécution de 96%. L’aménagement de périmètres hydroagricoles connait un taux de 48%. La mise en œuvre du PGES est estimée à environ 97,97%. Les 3 autres composantes sont toujours en phase d’études, de démarrage ou en cours de réalisation. Il s’agit de la zone agro-industrielle, de l’aquacole et du recalibrage du fleuve Mouhoun. Après avoir été bien renseigné sur l’avancée du PDIS, le chef du gouvernement admet que des difficultés se posent, notamment, au niveau de l’aménagement de 1500 hectares. En effet, a-t-il dit, aucun hectare n’a été aménagé à ce jour. La station aquacole qui devait voir le jour au niveau de la composante «pêche et pisciculture» est toujours au stade d’études. Il en est de même pour la viabilisation d’une zone agro-industrielle.

Le PDIS admet deux difficultés majeures
La note de présentation du PDIS révèle deux difficultés majeures. L’insuffisance du dispositif de sécurisation du barrage et de ses équipements et la non-signature des avenants aux marchés des travaux d’aménagement des 1.500 ha de périmètres irrigués. Les premiers responsables du PDIS admettent ces deux difficultés majeures. Mais, il y a d’autres raisons et pas des moindres, qui ont milité à son grand retard.

Impact sécuritaire
Des sources internes du PDIS avancent d’autres raisons que le gouvernement n’ignore pas. D’après ces sources, la raison principale qui fait trainer ce projet ambitieux est le nerf de la guerre. Lequel manque d’argent trouve sa source dans la crise sécuritaire sans précédent que traverse le Burkina Faso depuis 2015. Il est connu que les investisseurs ont une hantise des bruits de canons. Ils veulent être sûrs que les crédits alloués vont vraiment servir le projet. Cette insécurité ne favorise pas un déblocage rapide et serein des probables fonds alloués.

Impact Covid-19
La seconde cause de retard est ce que le monde entier a vécu de pire en 2020, à savoir la pandémie du Coronavirus qui a eu des répercussions économiques et financières. Au PDIS, certains partenaires financiers ont été impactés et ont freiné leur élan dans les investissements, le temps que l’orage passe.

Instabilité politique
La troisième cause, c’est l’instabilité politique, notamment, la période de la Transition née pour donner suite à l’insurrection populaire. Cette Transition de 2014 à 2015 a vu certaines composantes mises en berne.
Comme exemple, l’aménagement hydroagricole n’a véritablement amorcé son décollage qu’en 2018. Soient 4 ans de retard. Fort heureusement que cette Transition dirigée par le Lieutenant-Colonel Paul Henri Sandaogo Damiba entend prendre le PDIS à bras-le-corps. Autre difficulté, ce sont les procédures différentes impliquant plusieurs bailleurs de fonds. Chaque décision doit recevoir l’avis de non-objection des 8 partenaires financiers du Programme, et ce n’est pas toujours évident.

Lancé en 2008, mais a mis 4 ans pour démarrer
Selon des informations internes après le démarrage du PDIS, il a fallu attendre pratiquement 2012-2013 pour que le barrage de Samendéni commence à voir le jour. Juste après l’instabilité politique (2014-2015), le processus a été ralenti avant qu’il amorce sa vitesse de croisière et d’être inauguré en novembre 2019.
Ambèternifa Crépin SOMDA

 

Encadré

Financement du PDIS

Le coût actuel de la mise en œuvre du PDIS est de 161.462.492.000 FCFA ;
La part de l’Etat burkinabè est de 118.306.246.000 FCFA, soit 73,27% ;
La part des bailleurs de fonds est de 43.156.246.000 FCFA, soit 26,73% du financement total ;
Montant total actuellement engagé pour le PGES : 33.233.836.382 FCFA.
Source : PDIS 2022

Encadré 2

Composante 1 : « construction du barrage de Samendéni », 100%
Composante 2 : « Construction de la centrale hydroélectrique », 96%
Composante 3 : « Aménagement de périmètres hydroagricoles », 48%
Composante 4 : « Recalibrage du fleuve Mouhoun », en cours de réalisation.
Composante 5 : « Mise en œuvre du PGES », environ 97,97%
Composante 6 : « Aménagement et viabilisation de la zone agro-industrielle », pas encore démarré
Composante 7 : « Développement de la pêche et de la pisciculture », pas encore démarré.
NB : Point sur le processus de construction de l’agropole de Samendéni, toujours au stade des études prioritaires.
Source : Note de présentation du PDIS à la date du 30 avril 2022

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Numéro d'édition: 439

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