Les travailleirs ont pris d’assaut les locaux de la direction générale de la société AVESORO le 26 avril 2022. (Ph: DR)

Chômage technique à la mine de Youga: les travailleurs rejettent les conditions

• Ils réclament le respect de leurs droits

• Un montant d’environ 4 milliards FCFA

• Près de 500 employés concernés

Les travailleirs ont pris d’assaut les locaux de la direction générale de la société AVESORO le 26 avril 2022. (Ph: DR)

Les délégués syndicaux du personnel de la mine de Youga ont tenu une rencontre avec les responsables de la Direction de la mine de Youga, le 26 avril 2022 à Ouagadougou. L’objet de cette rencontre était, d’une part, réclamer le salaire du mois d’avril, et d’autre part, dire non au chômage technique tout en réclamant leurs droits, notamment, les dommages et intérêts.
Selon le délégué syndical, délégué de personnel, Ouattara Kassoum, le 30 janvier 2022, la société Ouaré Mining a été victime d’une attaque terroriste.
À la suite de cette attaque, tous les responsables de la mine, en l’occurrence les expatriés, ont déguerpi du site pour Ouagadougou. Peu après, ces responsables ont ordonné l’arrêt de toutes les activités des différentes sociétés du Groupe AVESORO, notamment, Ouaré Mining, Burkina Mining Company, Netiana Mining Company. Face à cette situation, les travailleurs ont cherché à connaitre le sort qui leur est réservé.
La décision prise par les responsables est de mettre les travailleurs en chômage technique de 3 mois renouvelable une fois. Le chômage technique est effectif depuis le 1er avril 2022 pour une partie et se poursuit avec les autres à partir du 1er mai 2022. Le processus semble ne pas être compris par les travailleurs, ce qui justifie leur position de refus.
Des solutions envisageables auraient été proposées par les travailleurs à travers leurs représentants auprès des responsables. Mais cela n’a pas été pris en compte par ces derniers qui restent focus sur l’application du chômage technique. « Ce matin, les travailleurs sont là pour dire non au chômage technique et veulent leurs droits et tout ce qu’il faut avec des mesures d’accompagnement. Il y a des comportements qui nous ont amenés à penser que la société n’est pas de bonne foi. Nous n’avons pas confiance à la société, car les responsables nous ont demandé de libérer les sites, afin d’envoyer les engins à Ouagadougou pour une question de sécurisation. Le matériel a été acheté avec des exonérations douanières, donc l’Etat, à travers le ministère des Mines, est partie prenante de cela.
Donc, on ne peut pas démobiliser ce matériel sans mettre au courant le ministère des Mines et des Carrières. Nous avons reçu une note pour faire sortir ce matériel malgré le désaccord du ministère, mais nous avons refusé»
L’indemnisation du chômage technique est de 35% du salaire chaque mois. Ces travailleurs estiment qu’avec la cherté de la vie actuelle, il est difficile de vivre avec une telle somme, surtout qu’ils sont sous crédit bancaire. Sur la question du chômage technique, des banques auraient fait des propositions auprès des responsables, selon les délégués, notamment, de différer les traites pour les 3 premiers mois et continuer la coupure après les trois mois ou rééchelonner les traites pendant 6 mois, c’est-à-dire, faire de petites coupures chaque fin du mois durant les 6 mois du chômage technique.
À la sortie de la rencontre entre les délégués de personnel et les responsables de la société, aucune décision n’a été finalement arrêtée, à cause de l’absence du Manager général, Ozgur Cosar. Les travailleurs, eux, estiment que l’administration est une continuité et exigent une réponse favorable à leurs revendications. Les délégués de personnel disent avoir été informés lors de la rencontre que la société doit à l’Etat burkinabè une somme de 40 millions de dollars.
Les responsables de la société qui étaient présents, quant à eux, n’ont pas voulu donner leur version de la situation.
En rappel, la mine de Youga a suspendu ses activités depuis deux ans, à cause « d’une panne mécanique ».o
Flora SANOU (Stagiaire)

 

Encadré

La mine d’or de Youga en difficulté

La société Burkina Mining Company exploite la mine de Youga. Mais depuis avril 2021, le minerai de Youga est épuisé. La société traite le minerai marginal avec une teneur très basse de 0,65 gramme/ tonne. Une situation qui engendre une perte financière de 8 millions de dollars (près de 4,5 milliards FCFA) par mois. Bientôt 11 mois que cette situation perdure, on peut estimer à près de 50 milliards FCFA de perte engendrée par la société. Cette option a été choisie par la maison mère afin de permettre à la société de continuer de fonctionner en attendant l’obtention des permis de Nétiana Mining et de Ouaré Mining dont les demandes ont été introduites auprès du ministère des Mines, après des études de faisabilité et d’impact environnemental et social. Les minerais de Nétiana et de Ouaré devaient alimenter l’usine de traitement de Youga.
C’est dans ces conditions que Ouaré va connaitre des attaques sur les sites de ses deux camps. Le premier camp est installé depuis la phase de recherche et le deuxième sur le site en construction pour permettre l’extraction du minerai. Les installations du premier camp, situé à Bittou, ont été attaquées par plus de 100 terroristes lourdement armés le 30 janvier 2022, aux environs de 06h00 du matin. Le bilan de l’attaque fait état de 03 policiers tués, des employés de l’équipe de géologie et d’autres départements ont été enlevés puis relâchés. Le camp a de nouveau été attaqué le même jour à 17h. Après leur forfait, les terroristes ont emporté des documents et des objets du camp.
Le 3 février 2022, aux environs de 18h, une autre attaque est survenue sur le second camp construit dans le cadre de la construction de la mine à Ouaré. Les habitations préfabriquées et plusieurs équipements ont été brûlés et 4 gardiens ligotés, bastonnés puis libérés. Ces attaques ont causé la perte de documents, de registres, d’échantillons ainsi que des données de forages. Les pertes sont estimées à 13 millions de dollars (environ 7,5 milliards FCFA). En somme, la société a perdu près de 60 milliards FCFA depuis un certain temps, en plus de la cinquantaine de milliards FCFA injectée pour assurer la continuité depuis avril 2021.

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Numéro d'édition: 437

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