L’armée burkinabè passe à l’offensive. (Ph: Yvan SAMA)

Attaques terroristes: le Burkina Faso plie mais ne rompt pas

• Les Burkinabè restent débout pour sauver les 274.300 km2

• La stratégie de Damiba : « dialoguer avec l’arme à la main »

• L’armée burkinabè passe à l’offensive

L’armée burkinabè passe à l’offensive. (Ph: Yvan SAMA)

Dans cette guerre asymétrique imposée aux Burkinabè depuis 6 ans maintenant, le Burkina Faso plie mais ne rompt pas et ne rompra jamais. Du reste, la devise du ditanyè est assez illustrative à ce sujet : « La patrie ou la mort, nous vaincrons ». Comme pour dire qu’aucun centimètre carré du pays de Mogho Naaba Kom II (1906-1946 a beaucoup œuvré à la reconstitution de la Haute-Volta), de Ouezzin Coulibaly, de Nazi Boni, de Maurice Yaméogo, de Thomas Sankara ne sera cédé à qui que ce soit. Un regard dans le passé montre que le pays a toujours eu des moments de turbulence mais jamais les Burkinabè n’ont abdiqué. Comme exemple, découpé en 1932, la Haute Volta a été reconstituée en 1947 grâce à la ténacité de son peuple, connu pour être travailleur et intègre. Des dizaines d’années après, le Burkina Faso fait face à l’une des pires crises sécuritaires de son histoire. Assailli, tenaillé, bousculé par des terroristes depuis 2015, le pays a touché le fond. Des milliers d’écoles fermées, près de 2 millions de déplacés internes, plus de 2.000 personnes tuées, dont 500 militaires. Malgré ces chiffres qui font froid au dos, les Burkinabè restent débout pour sauver ce morceau de terre appelé « pays des Hommes intègres ». Le président du Faso, Paul Henri Sandaogo Damiba, et ses frères d’armes qui ont pris le pouvoir le 24 janvier 2022, savent plus que quiconque que leur longévité au pouvoir est le retour à une situation sécuritaire acceptable. Dans leur stratégie, ce qui est donné de voir, « les terroristes seront terrorisés » à travers trois axes : dialoguer avec ceux que le gouvernement appelle des « fils égarés », utiliser la baïonnette et miser sur la coopération régionale et internationale. Sur ce dernier point, le Niger et le Mali ont déjà été approchés.

Des résultats mitigés en 3 mois
Du 24 janvier 2022 au 24 avril 2022, soit 3 mois après leur arrivée au pouvoir, des résultats mitigés commencent à se faire voir. Dans une vidéo qui a circulé sur les réseaux sociaux la semaine passée, nous y voyons des soldats burkinabè en tenue de combat en train de trémousser des pas de danse et visiblement heureux. Des images réconfortantes qui mettent du baume au cœur des Burkinabè que la victoire finale sur les terroristes n’est peut-être pas loin. C’est tout le mal que des personnes éprises de paix souhaitent aux Burkinabè. Ces soldats escortaient un convoi de ravitaillement. Une bonne humeur qui avait auparavant contaminé leurs frères d’armes présents dans l’opération conjointe Burkina-Faso et Niger dénommée l’opération Taanli 3 (Alliance, cohésion) du 2 au 25 avril 2022.

Ce pouvoir de transition doit œuvrer à une réouverture des écoles fermées et à un retour progressif des personnes déplacées internes (PDI) dans leur patelin. (Ph: Yvan SAMA)

L’armée burkinabè et l’armée nigérienne neutralisent 130 terroristes
En effet, selon le communiqué conjoint des deux Etats-Majors, leur bravoure a permis de neutraliser une centaine de terroristes et de capturer une quarantaine. Deux bases logistiques détruites, une base terroriste démantelée, de l’armement et des munitions saisis, des dizaines de fûts de carburant saisis, des moyens roulants saisis, des produits prohibés et du matériel pour fabrication des engins explosifs saisis et détruits. Malheureusement, les bidasses perdent deux des leurs et enregistrent deux autres blessés. Cette opération a aussi été l’occasion pour les forces armées de ravitailler les populations en vivres et en médicaments. Au moins 200 tonnes de vivres ont été ravitaillées. Les unités militaires ont réussi à libérer des voies d’accès de certains villages pour permettre à la vie de reprendre aussi bien du côté burkinabè que nigérien. L’on se rappelle de la liesse populaire des habitants de Djibo qui avaient accueilli le convoi de ravitaillement le 29 mars 2022. Preuve que les attentes des populations assiégées, c’est de sortir des griffes de leurs bourreaux. L’étau se desserre sur des villes comme Djibo et Titao, en attendant les fruits de l’option de dialoguer avec ces « fils » égarés promus par le régime.

RFI se jette dans la soupe du Lieutenant-Colonel Damiba
Malheureusement, l’arbre ne doit pas cacher la forêt. Et pour cause, cette montée en puissance de l’armée burkinabè depuis l’arrivée à la tête du pays de la soldatesque a été entachée par une information bouleversante.
En effet, Radio France internationale (RFI) en date du 22 avril 2022, annonce que plus d’une centaine de civils auraient été tués lors d’exactions par l’armée burkinabè dans l’extrême nord du Burkina Faso, à quelques kilomètres des frontières malienne et nigérienne. Une information qui n’a pas manqué de tempérer la joie qui venait du front. Guerre de communication entre Ouagadougou et Paris ou guerre de pression pour contraindre les autorités burkinabè à accepter la force Barkhane sur son sol ?
Ce qui est certain, il y a une évidence qui saute à l’œil nu, des coïncidences troublantes sur le nombre de personnes tuées et les dates.
Les chiffres et les dates de RFI sont pratiquement les mêmes fournis par le communiqué de l’opération Taanli 3. Des allégations qui n’ont pas tardé à être dénoncées vigoureusement par le ministère de la Défense burkinabè dans un communiqué publié le 24 avril 2022. Le gouvernement burkinabè rassure que « des investigations seront diligentées pour faire toute la lumière sur ces graves allégations ». Certes, il n’y a pas de guerre propre, mais le pouvoir actuel doit, à l’avenir, éviter de tels soupçons.
Ambéternifa Crépin SOMDA

 

Encadré

Des victoires, certes, mais beaucoup reste à faire

Malheureusement, il n’y a pas que cette tache noire portant sur la révélation de RFI à l’encontre des Lieutenants-Colonels qui disent être venus en libérateurs du peuple burkinabè face à l’hydre terroriste. Le constat sur le front est que les terroristes continuent leur basse besogne et ce, sur l’ensemble du territoire national. D’est à l’ouest et du nord au sud, les forces du mal ne laissent aucun répit aux Forces de défense et de sécurité (FDS) et aux Volontaires pour la défense de la patrie (VDP). En effet, selon nos confrères de l’Agence d’information du Burkina (AIB), la semaine du 25 avril au 1er mai 2022 a été meurtrière. A titre d’exemples, les détachements militaires de Gaskindé et de Pobe Mengao dans la région du Sahel ont été attaqués le dimanche 24 avril 2022 par des groupes armés terroristes, faisant 15 morts et des blessés. Dans la nuit du samedi 23 au dimanche 24 avril, la Commune de Balavé (Solenzo) a encore été la cible d’une attaque terroriste, etc. Aussi, ce pouvoir de transition doit œuvrer à une réouverture des écoles fermées et à un retour progressif des personnes déplacées internes (PDI) dans leur patelin. Autre défi est de contenir dans sa portion congrue, cette flambée des prix des produits de grande consommation. 

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Numéro d'édition: 437

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