Le journaliste et président de l’Association action mines Guinée, Amadou Bah. (Ph. DR).

Transformation de la bauxite en Guinée: quelle valeur ajoutée pour ce pays ?

• Un rappel du président de la Transition guinéenne

• Objectif : accroître les retombées de l’extraction minière

• Deux spécialistes sur des questions minières donnent leur avis

Le journaliste et président de l’Association action mines Guinée, Amadou Bah. (Ph. DR).

La Guinée possède l’une des plus importantes réserves minières mondiales estimée à environ 7,4 milliards de tonnes. Elle est le deuxième producteur mondial de bauxite.
La bauxite entre dans la fabrication de l’aluminium, essentiel, par exemple, dans l’industrie automobile et alimentaire. En dépit de toutes ces richesses, le pays ne profite pas réellement des retombées de l’extraction de sa bauxite ou des autres ressources naturelles, puisqu’il est classé parmi les pays les plus pauvres au monde. Pour les experts, cette situation serait due, notamment, à une insuffisance des investissements dans le tissu économique local, à la corruption ou aux lacunes des textes en vigueur.
Arrivé au pouvoir en septembre 2021, par coup d’Etat, le Colonel Mamady Doumbouya a sommé les entreprises minières étrangères de construire des raffineries pour la transformation de la bauxite sur place, tel que prévu dans les conventions.
Après cette décision, L’Economiste du Faso a demandé l’avis de deux spécialistes guinéens sur la décision du Colonel Doumbouya. Il s’agit du journaliste et président de l’Association action mines Guinée, Amadou Bah, et le président de la Coalition nationale « Publiez ce que vous payez » de Guinée, Alpha Abdoulaye Diallo. Avec eux, il a été question d’abord, de savoir si le raffinage de la bauxite était prévu dans les contrats miniers et l’impact de ce projet sur l’économie guinéenne.
Pour le président de l’Association action mines Guinée, la transformation de la bauxite en Guinée, à travers la construction de raffineries, était bien prévue dans les contrats miniers avec des échéances et des conditions assez claires. En effet, il y a des conventions datant de 1973 qui prévoyaient que les entreprises minières mettent en place des raffineries dans les années 80. Pour certaines, c’était dans les années 1990, 2000 ou 2015. Il n’y a malheureusement pas eu d’avancée sur cette question. « Donc, c’est un rappel qui a été fait par le chef de la junte, qui a tapé du poing sur la table », a-t-il souligné. Le président de la Coalition nationale « Publiez ce que vous payez » de Guinée approuve aussi que la transformation des ressources guinéennes soit prévue dans les contrats et conventions miniers.
Tous les deux spécialistes qui apprécient positivement la décision du chef de la junte estiment que l’exportation brute des minerais ne permet pas au pays la création de beaucoup de valeurs ajoutées. Ils voient cette décision comme le résultat des 10 dernières années de plaidoyer et de lobbying de la société civile. Ils souhaitent que les populations impactées puissent réellement profiter de la manne financière de l’exploitation des ressources naturelles.

Le président de la Coalition nationale « Publiez ce que vous payez » de Guinée, Alpha Abdoulaye Diallo. (Ph. DR).

Quels sont les défis qui menacent la transformation de la bauxite en Guinée ? Selon Amadou Bah, certains défis font face à la construction de raffineries d’alumine et de fonderies d’aluminium en Guinée. En effet, il relève que le climat des affaires du pays n’est pas attrayant. Le pays ne dispose pas aussi suffisamment d’infrastructures (routes, énergie, accès facile aux ressources en eau, aux ressources foncières…). En plus, il y a le défi lié à la faible capacité de la ressource humaine locale. Pourtant, la transition entre l’exportation de la bauxite brute et la transformation industrielle sur place nécessite un certain nombre de compétences. Pour tirer le plus de bénéfice, le pays devrait former suffisamment de techniciens pour travailler dans ces nouvelles industries. Il ajoute que la Guinée pourrait également faire face à la réticence des entreprises minières. Ces entreprises viennent des pays qui ont un positionnement stratégique en matière d’alumine et d’aluminium dans le marché international. La mise en place d’unités de transformation de la bauxite en Guinée réduirait cet avantage. Ces entreprises accepteront difficilement cet état de fait, car les pays qui les accueillent tirent une bonne partie de leur fiscalité de la présence de ces raffineries sur leur territoire. Comme dernier défi, il évoque le défi environnemental. A en croire Amadou Bah, dans les contrats miniers, il est prévu l’utilisation du charbon comme source d’énergie dans des projets de raffinerie. Cependant, selon les experts environnementaux, le charbon est polluant. Il est déconseillé comme source d’énergie. Mais les projets de transformation auront un impact sur l’économie guinéenne. C’est ce que pense Amadou Bah, qui estime que si le projet se réalise, la Guinée sera une puissance internationale en matière d’approvisionnement en alumine et en aluminium. Au niveau national, il y aura plus de création de richesses, à travers les revenus que l’Etat percevra de ces différentes entreprises. Il y aura plus d’avantages liés au contenu local en termes d’emploi, de formation de la main d’œuvre locale et de fourniture de biens et de services miniers à travers la sous-traitance. Le pays disposera donc d’une économie beaucoup plus diversifiée. Pour Alpha Abdoulaye Diallo, la transformation sur place « de nos ressources, conformément aux contrats et aux conventions signés dans les entreprises minières, permettra au pays de rattraper un manque à gagner très important ». Elle va créer une plus-value en termes d’emploi et d’augmentation des revenus. Cela permettra au pays de combler « un grand fossé et de réparer l’injustice » vis-à-vis de la manne financière que ces ressources génèrent ailleurs. Il lance un appel à la Coalition internationale « Publiez ce que vous payez » de soutenir la Guinée dans sa démarche et de mettre en place un mécanisme de suivi régulier pour que cette mesure ne soit pas un effet d’annonce.
Issouf TAPSOBA (Collaborateur)

 

Encadré

Quelles sont les grandes compagnies extractives en Guinée ?

Voici les grandes compagnies extractives en Guinée.  La Société minière de Boké (SMB), qui est formée par l’armateur singapourien Winning Shipping, le producteur chinois d’aluminium Shandong Weiqiao et le Groupe Yantaï Port. La Compagnie des bauxites de Guinée (CBG) est détenue à 49% par l’Etat guinéen et 51% par Halco Mining Inc.

Commentaires
Numéro d'édition: 436

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

*

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.