« C’est un métier rentable. Il me permet d’engranger des bénéfices pour subvenir à mes besoins », Tapsoba Théodore, un collecteur de la ferraille. (Ph. Yvan Sama).

Récupération et valorisation de la ferraille: un secteur d’activité rentable mais négligé

• Qui participe pourtant à la protection de l’environnement

• Et qui ravitaille des fonderies du pays en matière première

• A environ 180.000 FCFA la tonne

« C’est un métier rentable. Il me permet d’engranger des bénéfices pour subvenir à mes besoins », Tapsoba Théodore, un collecteur de la ferraille. (Ph. Yvan Sama).

«J’exerce cette activité depuis une année. C’est rentable, car ça me permet de subvenir à mes besoins », a laissé entendre Sawadogo Alassane, collecteur de ferraille à Ouagadougou. Je collectionne des objets usés recyclables, poursuit-il, que je revends auprès des grands collecteurs. Il s’agit des métaux usés, notamment, le fer, l’aluminium, le cuivre, le plomb et aussi le plastique et la batterie. Installé au secteur 19 de Ouagadougou (Somgandé), monsieur Sawadogo stocke sa « marchandise » dans un magasin. Devant, un stock est protégé par une clôture en tôle. Le plastique est empilé dans de vieilles moustiquaires. Comme Sawadogo Alassane, plusieurs collecteurs de ferraille excercent dans la ville de Ouagadougou.

Le métier est-il rentable ?

Alidou Nikiéma, grossiste et exportateur de plastiques.
(Ph. Yvan Sama).

Depuis plusieurs années, la récupération de la ferraille s’est imposée comme une activité au Burkina Faso. Partout dans le pays, il n’est pas rare de croiser des enfants et même des adultes fouiller des poubelles ou des dépotoirs à la recherche du « trésor ». Ils pèsent le butin de leur recherche auprès des acheteurs de ferraille pour 100 FCFA le kilogramme du fer. Selon Sawadogo Alassane, il pèse le kilogramme de l’aluminium à 500 FCFA, le cuivre à 2500 FCFA et le plastique à 100 FCFA.
Ce dernier, à son tour, vend son stock aux grossistes qui approvisionnent les fonderies et les artisans. Il explique : « On exportait le plomb au Nigeria ou au Ghana. Mais présentement, ça manque sur le marché. En moyenne, c’est chaque trois mois que j’appelle les grands collecteurs pour leur vendre mon stock. Je peux avoir 1 à 2 tonnes de ferraille. Je leur cède « la marchandise » à 150 FCFA le kilogramme du fer. Souvent, si le stock dépasse 2 tonnes, je vends directement avec l’usine au prix de 180 FCFA le kilogramme du fer. L’aluminium et le cuivre sont vendus aux forgerons et aux bijoutiers, une partie du cuivre et les batteries sont vendues aux Indiens. Quant au plastique, il est vendu aux grands collecteurs de déchets plastiques ». Il revend le kilogramme de l’aluminium à 600 FCFA, et 3.250 FCFA pour le cuivre.
La ferraille est vendue à Cim Métal, une entreprise de fabrication de métaux de construction. La récupération et la valorisation de la ferraille apparait comme une activité qui a un impact considérable dans l’économie du pays.
Elle permet non seulement d’approvisionner des fonderies en matière première, mais aussi à plusieurs citoyens de subvenir à leur besoin. Selon les calculs, la tonne de ferraille est vendue à l’usine à 180.000 FCFA. C’est une activité rentable mais qui est malheureusement négligée par la population.
Tapsoba Théodore évolue également dans ce domaine. Il est également installé à Somgandé. Comme Sawadogo Alassane, il collecte également les objets usés recyclables qu’il revend aux grands collecteurs. Parmi ces collections, il y a aussi les batteries usées. A en croire Tapsoba Théodore, il achète les batteries entre 500 et 8.000 FCFA selon la taille. Il les revend aux grands collecteurs à 425 FCFA le kilogramme pour être exportées au Ghana. « Je peux dire que ce travail est rentable. Il me permet d’engranger des bénéfices pour subvenir à mes besoins », dit-il.

Les risques du métier
Comme toute autre activité, ce métier a aussi ses risques. Selon monsieur Sawadogo, il est facile d’avoir des problèmes avec la police ou la Justice en exerçant ce métier.
Certaines personnes volent des objets pour nous vendre sans qu’on le sache. Pourtant, nous n’achetons que des vieux objets sans aucune utilité, dit-il. C’est pourquoi, je fais beaucoup attention en cherchant à connaitre l’origine des objets que j’achète. Selon lui, la plus grande difficulté du métier est le système de fixation du prix de vente du kilogramme de ferraille à l’usine. « C’est l’usine qui contrôle le prix. Présentement, la ferraille manque dans le pays. Normalement, le prix du kilogramme devait augmenter. Il demande aux autorités à s’intéresser à ce métier et à l’organiser.
Issouf TAPSOBA (Collaborateur)

 

Encadré

Au-delà de l’aspect économique, la récupération de la ferraille participe à la protection de l’environnement

Au quartier Tanghin de Ouagadougou, sur la rue Nongremasson, se trouve un site de dépotoir de déchets plastiques à environ 3 kilomètres du centre médical protestant Schiphra. Sur le site, se trouve Alidou Nikiéma, l’un des grossistes et exportateurs de plastiques de la ville de Ouagadougou. Il pratique cette activité depuis une quinzaine d’années. Il achète le plastique auprès des collecteurs de ferraille. Après traitement, le plastique est broyé et exporté au Ghana. Une partie est vendue au pays aux usines de fabrication de sachets plastiques. Il emploie 40 femmes et jeunes qu’il paye entre 750 FCFA et 1 000 FCFA le jour. Dans le mois, il peut exporter environ 20 tonnes de plastiques broyés vers le Ghana à raison de 225 FCFA le kilogramme. Selon lui, il est confronté à un problème de financement. Il demande l’accompagnement des autorités à initier des programmes pour soutenir l’activité, car au-delà de l’aspect économique, il participe à la protection de l’environnement.

 

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Numéro d'édition: 435

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