Le ministre en charge de la fonction publique et ses 200.000 fonctionnaires sont en première ligne dans ce dossier. (DR)

Fonction publique: la mise à plat des salaires est de retour

• Le FMI veut des indications

• Le dernier gouvernement était presque prêt

• La Transition va-t-elle oser ?

Le ministre en charge de la fonction publique et ses 200.000 fonctionnaires sont en première ligne dans ce dossier. (DR)

Une délégation du FMI a séjourné au Burkina Faso et a rencontré les premières autorités de la Transition sur l’actualité du portefeuille du pays auprès du FMI. C’était le 22 mars 2022, au moment où les derniers organes de la Transition se mettent en place avec l’Assemblée législative de transition. Au lendemain du coup d’Etat, les institutions de Brettons Woods avaient suspendu leur coopération avec le Burkina. Avec la mise en place de la Transition, cette visite marque la reprise de la coopération. Mais le FMI a donné le ton de cette coopération pendant la Transition. Elle attend des réformes exceptionnelles pour faciliter l’accompagnement qu’il entend accorder au Faso : « Notre objectif est de marquer notre solidarité au Burkina Faso, à travers la visite chez le Premier ministre. Il y a eu changement, il faut profiter de ce changement pour mettre en œuvre les réformes qui étaient en jachère. Il faut en profiter pour mettre en œuvre des mesures exceptionnelles pour ne pas perdre cette opportunité”, a déclaré Facinet Sylla, administrateur suppléant, représentant le Burkina Faso auprès du Conseil d’administration du FMI. Et il a indexé un sujet qui fâche les syndicats : la gestion de la masse salariale :”Quand un pays consacre plus de 65% de ses revenus pour payer ses fonctionnaires, cela cause un problème, alors que la norme UEMOA est de 35%. On n’est pas là pour qu’il y ait une réduction de cette masse salariale, mais pour qu’on nous indique un chemin”, a-t-il dit.
Et revoilà donc la question de la remise à plat des salaires. Le Président Kaboré, dans son dernier discours à la Nation, l’avait considérée comme une des priorités de son mandat. Après avoir échoué à la mettre en œuvre lors de son premier mandat. Cette fois-ci, la pression du FMI est à peine voilée. Implicitement, le représentant du FMI fait un appel du pied au gouvernement de la Transition : la période est propice pour « prendre des mesures exceptionnelles » dans le sens de remettre le pays dans de bons rails. Que va faire la Transition face au dossier de la masse salariale? Les députés de la Transition qui ont refusé de travailler sans salaire, contre des indemnités, pourront-ils imposer aux fonctionnaires, une réduction ou un lissage des salaires ?
Pour mémoire, dans le projet initial du gouvernement, il n’était pas question de réduction de salaire pour la plus grande partie des fonctionnaires. L’idée générale était de mettre en place un mécanisme qui contienne l’évolution de la masse salariale qui pompe une bonne partie des ressources du pays au détriment des investissements productifs dans le budget de l’Etat. Le « Général » Bassolma Bazié et ses troupes, en son temps, s’y étaient farouchement opposés.
Il avait craint que cela n’affecte le pouvoir d’achat des travailleurs et sa centrale syndicale avait refusé de participer aux assises convoquées sur la mise à plat des rémunérations. Préférant un face-à-face entre gouvernement et syndicats des travailleurs sur le sujet. Le gouvernement n’avait pourtant pas rangé le projet aux oubliettes. Il attendait probablement une fenêtre d’opportunité.
Dans les coulisses, le Pr Séni Ouédraogo de la Fonction publique et le ministre Lassané Kaboré de l’Economie et des Finances n’ont jamais arrêté de travailler sur la nouvelle version du projet qui était d’ailleurs très avancée. N’eût été le coup d’Etat, son processus d’adoption aurait été engagé au plus tard en juin 2022.
Bassolma Bazié , hier vent debout contre le projet , est aujourd’hui patron de près de 200 mille fonctionnaires et le nouveau ministre des Finances , Abel S. Somé ( qui connait bien le dossier, puisque SG du ministre Lassané Kaboré) ont la lourde responsabilité de réformer les salaires et d’éviter un clash avec le FMI et le risque de suspension de certaines de ses facilités de crédits.
Le FMI sera toujours aux côtés du Burkina pour financer son économie, selon l’administrateur suppléant, mais probablement en contrepartie de réformes structurelles qui permettent de dégager des ressources pour continuer de payer cette même dette. C’est ce qu’on appelle dans leur jargon, la soutenabilité de la dette. Un cercle vicieux duquel on s’en sort difficilement.
FW

 

Encadré

Maîtrise de la masse salariale : les options en place

La réforme de la masse salariale est le point central qui restait pour la conclusion du nouveau programme triennal avec le FMI sous l’ancien gouvernement. C’est un élément déterminant pour la conclusion du nouveau programme triennal. Si les deux parties ne s’entendent pas, cela pourrait déboucher sur le blocage des décaissements des appuis budgétaires octroyés par certains PTF et avoir comme conséquence une perception négative du marché à l’égard du pays, compliquant ainsi la mobilisation des ressources complémentaires.
Concrètement, pour la réforme des salaires, deux propositions étaient sur la table
1. La modification de la Constitution pour faire de la loi régissant le statut des fonctionnaires, une loi organique afin que les amendements s’imposent à tous les fonctionnaires.
2. L’adoption de la nouvelle loi organique portant statut des agents de la fonction publique.

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Numéro d'édition: 432

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