Lutte contre le terrorisme: ils occupent les localités pour mieux isoler les villes

• Stratégie d’encerclement par les terroristes

• Le budget du ministère de la Défense a augmenté de 306,5% entre 2016 et 2021

• Adapter la lutte au contexte actuel

Le Burkina Faso fait l’objet d’actes terroristes depuis 2015. Plusieurs solutions ont été essayées dans le cadre de la lutte, mais les résultats tardent à voir le jour. Au contraire, la situation s’empire d’année en année.
La dernière mesure en date a été prise le 10 mars 2022. Le président de la Transition, Paul Henri Damiba, a lancé le recrutement des militaires de rang et sous-officiers admis à la retraite au cours des 3 dernières années. Ce recrutement qu’il a qualifié « d’ordre de mobilisation des anciens militaires au titre de la réserve » se déroulera sur la période allant du 10 au 18 mars 2022. En attendant la prise d’un arrêté du ministre de la Défense sur les modalités, on comprend que la mobilisation de cette réserve vise à augmenter les effectifs de l’armée. Cette proposition a longtemps été faite par diverses personnalités sans qu’une suite soit donnée. Elle intervient comme une autre thérapie pour venir à bout du terrorisme. Bien avant cette mesure, d’autres ont été expérimentées sans succès.
Un accent particulier a été mis sur les rémunérations et l’acquisition d’équipements adaptés. Sur le terrain, les Forces de défense et de sécurité (FDS) composées des éléments de l’armée, de la police et de la gendarmerie font le travail au quotidien. Elles sont recrutées, formées et payées par les fonds publics pour ce travail.
Le budget du ministère de la Sécurité est passé de 72,89 milliards FCFA en 2016 à 130 milliards FCFA en 2021, soit une variation de 78,38% entre les 2 périodes. Cet argent a servi à la construction d’infrastructures, à l’achat d’équipements et d’armements, au fonctionnement des services, au paiement des salaires et des primes, etc.
Celui du ministère de la Défense a connu une variation de 306,5% entre 2016 et 2021, passant de 94,27 milliards FCFA à 288,94 milliards FCFA entre les 2 périodes. Le budget de l’Agence nationale de renseignement (ANR) est passé de 1,07 milliard FCFA en 2017 à 8,68 milliards FCFA en 2021, soit une variation de 510,58%.
Sur le plan de la motivation des hommes, les montants de la prime d’alimentation et l’indemnité spéciale d’opérations intérieures (IS-OPINT) ont connu une hausse progressive.
Après le drame d’Inata ayant entrainé la mort de 53 gendarmes, Barthélémy Simporé, ministre de la Défense nationale et des Armées, a été invité à donner des explications devant les députés, le 26 novembre 2021 (lire encadré).
D’importantes réalisations et des acquisitions ont été faites dans le sens de la lutte contre le terrorisme et de la criminalité transfrontalière depuis 2016, avec l’augmentation de ces budgets.
Malgré tout, des problèmes logistiques et de non-paiement de primes ont été signalés et le terrorisme gagne du terrain au Burkina Faso. Sur le plan politique et règlementaire, le gouvernement a adopté une Politique de sécurité nationale le 06 octobre 2021.
Le budget de la loi de programmation militaire sur la période 2018-2021 a permis de doter les militaires en matériel.
Les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP) ont été recrutés dont la prise en charge est de 200.000 FCFA par mois pour 10 VDP. L’inscription budgétaire pour la prise en charge des VDP est de 2,765 milliards par an sur la période 2020-2022. De nos jours, ce sont les VDP qui assurent la sécurité dans plusieurs zones, empêchant les terroristes de s’installer. Ils ont assuré quelques fois la sécurisation des convois de l’armée malgré la faiblesse des moyens alloués. Le déploiement de tous ces efforts n’a pas permis de réduire la menace terroriste. Pendant que les budgets augmentent, l’occupation des zones s’est accentuée. Les FDS sont de plus en plus mises à rudes épreuves et il y a lieu de changer des manières d’agir. La lutte contre le terrorisme va de pair avec la lutte contre la mal gouvernance et la corruption au sein des Forces armées. Un audit sans complaisance des dotations budgétaires de l’armée ne sera pas de trop. Les responsables militaires désormais en première ligne, doivent donner le bon exemple en termes de patriotisme et d’exemplarité.
Elie KABORE

 

Encadré

Augmentation de la prime alimentaire

Selon les dires de Barthélémy Simporé, de 2014 à 2017, la prime d’alimentation par soldat était de 1.500 FCFA par jour en plus d’une prime cigarette de 1.000 FCFA/ jour.
Mais à partir d’août 2020, la prime d’alimentation est passée à 2.000 FCFA par jour et par homme. En janvier 2018, l’IS-OPINT a remplacé la prime cigarette. Le montant de la prime a d’abord été fixé à 3.000 FCFA par jour et par homme pour le militaire du rang, 4.000FCFA pour le sous-officier et 5.000FCFA pour l’officier. Ce qui correspond à 90.000 FCFA, 120.000 FCFA et 150.000 FCFA par mois en fonction des catégories. A partir de septembre 2021, les taux ont été augmentés de 1.000 FCFA pour chaque catégorie pour se situer respectivement à 4.000, 5.000 et 6.000 FCFA par jour et par homme.
En plus de l’augmentation des montants, le nombre des bénéficiaires a aussi augmenté pour prendre en compte certaines unités de gendarmerie situées dans les zones d’opérations. Ce qui correspond à 120 000FCFA le mois, à 150.000FCFA le mois et 180.000FCFA le mois par catégorie de personnel. Ce montant vient en plus du salaire mensuel payé.

 

Encadré 2

Encerclement du Burkina Faso

En fonction de l’évolution des attaques, les terroristes dévoilent leur stratégie de guerre.
Ils pratiquent un système d’isolement des villes et villages. Arrivés dans un premier temps du nord-Mali, ils ont occupé les villages situés à la frontière en prenant le soin de dégager l’administration publique et les populations qui ne jouent pas leur jeu. Dès qu’un village est libéré, les terroristes y installent leur base et lancent des attaques sur les chefs-lieux de Communes et de provinces. Avec cette stratégie, les provinces du Soum et du Loroum ont été progressivement contrôlées par les terroristes. A partir de ces localités occupées, ils ont conquis les régions de l’Est, de la Boucle du Mouhoun, du Nord et du Centre-Nord. Après avoir détruit les installations téléphoniques, ils isolent les localités et passent à l’offensive. La stratégie d’isolement concerne également le sabotage de la distribution d’eau et d’électricité.

Depuis le début de l’année 2022, les attaques se concentrent autour d’une ville comme Dori dans le Sahel, longtemps épargnée par le terrorisme. Dori est un cas d’école. La stratégie a consisté à isoler cette ville par le Nord et l’Est en la coupant de Markoye, Samapela, Seytenga, Falangountou, etc. A partir de ces localités sous contrôle, ils ont un accès facile sur Dori. Avec l’occupation des villes des provinces voisines de l’ouest comme Arbinda, Kelbo, Tongomayel, etc., les terroristes arrivent à contourner Dori pour poser des explosifs sur l’axe Dori-Kaya. La zone de Taparko, Tougouri et Pissila faisant frontières avec Barsalogho et les localités de la région de l’Est déjà occupées, toutes les conditions sont réunies pour l’isolement de Dori en coupant l’axe. La même stratégie a été utilisée pour couper l’axe Fada N’Gourma, Pama, Nadiagou. Depuis un certain temps, les terroristes se déploient sur l’axe Koupéla-Bittou, frontière du Togo. Ils ont été signalés vers la frontière de la Côte d’Ivoire. Une stratégie d’encerclement du pays qui ne dit pas son nom est déployée par les terroristes. Faute de réponse du gouvernement, les populations sont obligées de jouer le jeu des terroristes pour survivre.
Comment lutter contre un ennemi qui rôde autour des villes, des camps et détachements militaires ?

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Numéro d'édition: 431

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