Au ministère de l’Economie, des Finances et de la Prospective, il est attendu du ministre Seglaro Abel Somé et de la ministre déléguée Brigitte Marie Suzanne Yonli/Compaoré, des réformes audacieuses pour améliorer la gouvernance économique et faire face aux dépenses. (PH. Sama)

Les réformes économiques nécessaires de la Transition

• Augmenter les recettes internes pour financer les nombreux défis

• Limiter les exonérations fiscales fantaisistes

• Maintenir la confiance des bailleurs internationaux

Au ministère de l’Economie, des Finances et de la Prospective, il est attendu du ministre Seglaro Abel Somé et de la ministre déléguée Brigitte Marie Suzanne Yonli/Compaoré, des réformes audacieuses pour améliorer la gouvernance économique et faire face aux dépenses. (PH. Sama)

Seglaro Abel Somé est le nouveau ministère de l’Economie, des Finances et de la Prospective (MEFP). Il a été officiellement installé dans ses fonctions le 9 mars 2022. Le nouveau ministre sera appuyé par Brigitte Marie Suzanne Yonli/Compaoré au poste de ministre délégué auprès du ministre de l’Economie, des Finances et de la Prospective, chargé du Budget. Les deux ministres sont des anciens du ministère des Finances.
Seglaro Abel Somé est titulaire d’un Doctorat en économie et est enseignant-chercheur à l’Université Thomas Sankara depuis 1995. Avant sa nomination au gouvernement, il occupait le poste de Secrétaire général du ministère des Finances depuis mai 2016. Docteur Seglaro Abel Somé a été le coordonnateur de la Cellule chargée de la révision du Cadre stratégique de lutte contre la pauvreté (CSLP). Il a conduit l’élaboration de la Stratégie de croissance accélérée et de développement durable (SCADD) avant d’être nommé Secrétaire exécutif du Secrétariat technique national de la SCADD. Il a aussi conduit l’élaboration du Plan national de développement économique et social (PNDES) de 2011 à 2016. Président du comité de pilotage de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE) de 2016 à nos jours, il a été expert en Economie des institutions au Centre d’analyse des politiques économiques et sociales (CAPES) de 2002 à 2011.
Brigitte Marie Suzanne Yonli/Compaoré est administrateur des services financiers. Avant sa nomination, elle exerçait les fonctions de Directrice générale adjoint du Budget depuis août 2016. Elle a également participé à l’élaboration et au suivi-évaluation du Cadre stratégique de lutte contre la pauvreté et au suivi des stratégies sectorielles dans le cadre du suivi-évaluation de la stratégie de réduction de la pauvreté. Les deux ministres se connaissent bien pour avoir déjà travaillé en tandem. De nombreux défis s’imposent, dont la plus importante est le recouvrement optimum des recettes internes et externes. Les recettes internes ont connu une hausse depuis quelques années. Mais cette année 2022 sera une fois de plus impactée par les effets de la Covid-19, et surtout par l’insécurité.
Des activités économiques ont été réduites et des zones entières inaccessibles par l’administration fiscale du fait des attaques terroristes, engendrant un grand manque à gagner.
L’année 2022 sera aussi marquée par la crise alimentaire en perspective et le renchérissement des prix des denrées alimentaires. L’action conjuguée de ces crises aura un impact sur le recouvrement des recettes internes. Le défi de la nouvelle équipe au niveau des finances est de surmonter les difficultés et rehausser le niveau des recouvrements.
Le rehaussement des recettes propres passe par la poursuite de la segmentation des entreprises.
Pour cela, l’interconnexion des bases de données des différentes régies de recettes que sont le Trésor, les Douanes et les Impôts peut permettre de reclasser des entreprises qui relèvent du secteur informel mais réalisent des importations dont les valeurs dépassent le chiffre d’affaires d’une grande entreprise.
Cette interconnexion des bases de données doit s’étendre au transport et aux chargeurs et permettre aux Impôts de procéder à un véritable redressement. Actuellement, de nombreux transporteurs, propriétaires de plusieurs camions qui réalisent de gros chiffres d’affaires sont classés injustement dans la catégorie secteur informel où ils paient moins de 100.000 FCFA par an comme impôt.
L’amélioration de la gouvernance économique reste un grand défi sous cette Transition.
A ce titre, il est impératif de réduire les dépenses de l’Etat en rationalisant l’achat des véhicules, la location des bâtiments, la consommation en carburant, etc. La rationalisation des rémunérations des membres du gouvernement et les autres personnalités de l’Etat est très attendue. La rationalisation des missions de l’Etat est une grande réforme à attaquer, parce que ces missions sont la source de déperdition des ressources de l’Etat par des agents véreux.
Ces réformes économiques proposées ne sont pas exhaustives. Mais celles des marchés publics peuvent également permettre au budget national de faire des économies.
L’expérience des deux ministres sera nécessaire pour avoir la confiance des partenaires du Burkina Faso et assurer la continuité dans la coopération financière pour capter le maximum de ressources extérieures.
L’augmentation des recettes internes et externes peut servir à financer la lutte contre le terrorisme, le retour de l’Administration dans les zones libérées, la mise en œuvre d’un vaste programme de soutien pour la réinstallation des déplacés internes, la limitation des effets de la crise alimentaire, l’atténuation de la hausse annoncée des prix de l’essence et du gaz, l’organisation des élections, etc.
Elie KABORE

 

Encadré

Lutter contre les exonérations fiscales fantaisistes

Seglaro Abel Somé doit tout mettre en œuvre pour limiter les exonérations fiscales accordées de manière inopportune à certaines entreprises qui font perdre des dizaines de milliards FCFA par an au budget de l’Etat. Il a connaissance de plusieurs dossiers qu’il a gérés en tant que Secrétaire générale du ministère. Durant la Transition, il serait judicieux de limiter, voire interdire d’accorder à titre exceptionnel des avantages fiscaux qui ne sont prévus par aucune disposition. La nécessité d’évaluer l’impact des exonérations déjà accordées sur le développement global du pays est impérative, afin d’envisager des réformes dans ce secteur précis.

Commentaires
Numéro d'édition: 430

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

*

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.