Journée internationale de la femme: les femmes PDI n’ont pas la tête à la fête

• Près de 950.000 femmes concernées

• Un plomb sur les activités rémunératrices

• Il faut vite restaurer la sécurité

A l’instar des autres nations, le Burkina Faso va célébrer le 8 mars 2022, la 165e Journée internationale de la femme. Mais contrairement aux années précédentes, cette journée n’aura pas son caractère faste. Et pour cause, la situation politique que connait le pays depuis le 24 janvier 2022, avec l’arrivée des militaires au pouvoir. Une frange des femmes burkinabè est privée de cette Journée internationale qui leur est dédiée et ce, depuis 2015, à cause de la situation sécuritaire. Elles sont exactement 917.815 femmes déplacées internes à la date du 31 janvier 2022 qui, demain 8 mars, auront la tête ailleurs que commémorer cette journée. Dans un rapport du Conseil national de secours d’urgence et de réhabilitation (CONASUR), publié le 22 février 2022, il ressortait qu’à la date du 31 janvier 2022, le Burkina Faso enregistrait 1. 741 655 déplacés internes, soit une hausse de 10,23 %. Le même rapport indique que les femmes sont les plus touchées par l’insécurité, soient 917.815, contre 823.840 hommes.

7 ans sans « djandjoba »

Voilà près de 7 ans que ces 917.815 femmes ne savent plus à quoi ressemble la fête du 8 mars. Finie pour elles cette journée spéciale ou elles s’achetaient les pagnes estampillés 8-Mars, qu’elles prenaient du plaisir à porter fièrement le grand jour. Finis ces moments de joie et de retrouvailles autour des « djandjoba » pour communier en danse. Finies les belles parues de coiffure. Finis les repas copieux. Finies les soirées dansantes entre femmes, argumentées de causeries, où les secrets des hommes sont mis à nu. Finie cette journée de liberté où elles pouvaient se permettre tout et que la société tolérait. Fini… Place à la désolation et à l’horreur, car certaines ont perdu leur mari, voire leurs enfants. Contraintes par les terroristes à quitter leurs différents villages avec gîte et couvert, laissant derrière elles toutes les activités économiques (jardinage, vente d’eau, restauration, gestion de boutique, vente de légumes au marché, vente de fruits…). Que d’énormes économies envolées à cause de ces terroristes.

Il faut leur redonner leur dignité

Hier appelées « Madame » X ou Y, elles sont subitement désignées du vocable « personnes déplacées internes » (PDI). Pire, loin de leur lieu où a été enterré leur placenta, elles se retrouvent à squatter des tentes avec d’autres PDI. Dans ces centres de PDI, les besoins primaires tels que l’eau, la nourriture manquent le plus. Elles sont réduites à vivre dans la précarité. Pour fuir cette précarité, certaines se sont retrouvées à quémander sous le regard indifférent de certains Burkinabè. Nous les retrouvons devant les grands carrefours de la capitale Ouagadougou, en train de quémander avec des enfants souvent à bas âges. Une situation qui frise la pitié. Des citadins fuient leurs regards, les trouvant mêmes envahissantes. Or, elles n’ont pas souhaité se retrouver dans cette situation. Les petites pièces que certains Burkinabè leur donnent ne sauront redonner leur dignité.

Les femmes « parlent » à Damiba
Et c’est justement sur cette dignité qu’est attendu le président de la Transition, le Lieutenant-Colonel Paul Henri Sandaogo Damiba. Prétextant la dégradation de la situation sécuritaire pour renverser le pouvoir démocratique de Roch Marc Christian Kaboré, il a le devoir de « terroriser les terroristes ». Une fois les terroristes boutés du territoire occupé, les PDI pourront retourner dans leur patelin. Une fois cela fait, les 917.815 femmes vont reprendre leurs activités rémunératrices au grand bonheur de leurs familles respectives. A partir de là, la Journée internationale de la femme retrouvera toutes ses lettres de noblesse pour ces oubliés de PDI.
Ambéternifa Crépin SOMDA

 

Enccadré

Mon Colonel, il faut « terroriser les terroristes »

Ils ont légalisé l’illégal, pour emprunter ces mots au célèbre chroniqueur Alain Alain de la radio Oméga. Tel est le constat qui se dégage du coup de force perpétré le 24 janvier 2022 par le Lieutenant-Colonel Paul Henri Sandaogo Damiba. Par une gymnastique juridique, il a été investi président du Faso, président de la Transition, après avoir prêté serment devant les juges constitutionnels et reçu le collier de Grand maître des Ordres burkinabè. Après ce passage en douceur qui a laissé bouche bée aux adeptes des valeurs démocratiques, le temps est venu pour lui de restaurer la sécurité, comme il l’a promis. Réputé être un homme de terrain et un stratège en terrorisme, il a tous les atouts pour y arriver. Lui et ses promotionnaires du PMK 92 qui sont aujourd’hui à la manette du pouvoir doivent « terroriser les terroristes ». Du reste, leur longévité à la tête de l’Etat dépendra de leur capacité à vaincre l’hydre terroriste. Car, c’est pour n’avoir pas eu le cran nécessaire pour sécuriser les Burkinabè que Roch Marc Christian Kaboré a été balayé. Un mois après leur installation à Kosyam, le pays continue d’enregistrer des morts suite aux attaques terroristes. Toute chose qui fait dire à certains Burkinabè que si RMCK n’était pas la solution, eux aussi ne sont pas la solution. Or, cette génération de Lieutenants-Colonels a le devoir de faire mentir ce constat. Condition sine qua non pour que les PDI retournent dans leurs villages, que les élèves reprennent le chemin de l’école et que les femmes retrouvent leur quotidien.

Commentaires
Numéro d'édition: 429

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

*

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.