Mme Blandine Bouda, PDG de l’entreprise EBB, au sein de l’Unité de production. (Ph: Yvan SAMA)

Bière locale, du procédé traditionnel vers une industrialisation

• Mme Bouda Blandine se démarque

• Avec une production journalière de 3000 bouteilles

• Pour un chiffre d’affaires annuel d’environ 15.000.000 FCFA

Mme Blandine Bouda, PDG de l’entreprise EBB, au sein de l’Unité de production. (Ph: Yvan SAMA)

Le jus de sorgho ou encore bière de sorgho, communément appelée dolo, est de plus en plus mis en valeur. Pour la célébration de la Journée internationale de la femme, notre regard s’est porté sur une femme qui évolue dans la production de cette bière locale depuis quelques années : Blandine Bouda. Elle nous explique son parcours professionnel de brasseuse de bière traditionnelle.
L’Economiste du Faso: Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs qui ne vous connaissent pas ?
Blandine Bouda, productrice de bière traditionnelle: Je suis Mme Bouda Blandine, une restauratrice-dolotière, mère de 4 enfants. J’évolue également dans la fabrication des jus naturels à base du Mung Beang. J’ai une entreprise dénommée Entreprise Bouda Blandine (EBB) sise à Paglayiri, secteur 25 de Ouagadougou. Je suis également la présidente des dolotières du Burkina Faso. Je voudrais, en premier lieu, dire merci à L’Economiste du Faso de m’avoir porté un choix particulier.

Depuis quand exercez-vous ce métier et comment a été le début ?
Tout d’abord, je rends grâce à Dieu, car le début de mon activité n’a pas été facile. Je n’ai pas fait de longues études, parce que j’avais plus d’engouement pour le commerce que les études. J’ai arrêté les études en classe de CM2 pour aider ma mère qui était dolotière. Je suis restée à ses côtés jusqu’à mon mariage. Après le mariage, j’ai décidé de continuer cette activité, mais mon mari s’y opposait. Les négociations ont pris du temps et c’est grâce à la médiation de ma belle-sœur qu’il a finalement donné son accord. Cette dernière était dolotière également et comme je n’avais pas les moyens pour produire moi-même, je prenais un canari chez elle pour vendre au bord du goudron avec les jeunes de Saponé qui venaient en ville. C’était en 1973. Par la suite, j’ai commencé à préparer pour mon propre compte. Ainsi, j’avais pu économiser un peu d’argent. Je suis allée voir le grand frère à mon papa qui était le chef de Manga et lui demander un soutien financier en vue de compléter mon argent. Celui-ci m’a remis 5000 FCFA. C’était une forte somme en son temps, et le sorgho, de même que le bois, étaient moins chers. De là, j’ai relancé mon activité et mon dolo était apprécié de tous. Petit à petit, le dolo ne suffisait plus, car j’avais de plus en plus de clients. De ce fait, j’ai commencé à préparer du riz pour accompagner le dolo. Il y avait une forte affluence les samedis et dimanches. Mon mari qui s’opposait au départ était maintenant fier de moi, car j’arrivais à l’épauler dans les dépenses. Par la suite, j’ai appris l’existence d’une association des dolotières et j’ai adhéré en occupant le poste de Secrétaire. Cette adhésion m’a permis d’acquérir de nouvelles connaissances et au fil du temps, on m’a désignée présidente de l’association.

Vous êtes passée au foyer à gaz, comment en êtes-vous arrivée là ?
La préparation du dolo était pénible, parce qu’il fallait d’abord construire les foyers (une dizaine) avec trois pierres/ foyer. Puis sous le soleil, allumer le feu pour poser les marmites. Mais avec les partages d’expériences et les formations qu’on recevait au sein de l’association, on nous a parlé du foyer amélioré, car notre activité demandait une forte quantité de bois (fagots). Ainsi, le ministère de l’Environnement, à travers les Eaux et Forêts, nous a formées à construire les foyers améliorés pour diminuer la consommation du bois et la fumée qui se dégage. Suite à cela, ils ont construit un foyer sur lequel on pouvait déposer quatre (04) marmites à la fois. Cela nous a soulagées un tant soit peu. Mais le bois devenait de plus en plus cher. C’est ainsi que nous avons appris qu’on pouvait préparer le dolo avec le gaz butane. Nous avons fait le premier essai avec Total gaz, mais ce gaz n’a pas été efficace. Nous nous sommes donc tournées vers Sodigaz. Cette société nous a accompagnées avec des foyers à gaz. Mais ce fut un projet du PNUD et de la Banque mondiale qui ont aidé l’association à obtenir le gaz.

Les variétés du dolo en bouteilles de 33 CL . (Ph: Yvan SAMA)

Comment êtes-vous parvenue à la mise en bouteilles du dolo ?
J’ai épousé la vision de feu Thomas Sankara qui disait « consommons ce que nous produisons » et comme j’étais la présidente de l’association, j’ai proposé à ce qu’on essaie de conditionner le dolo dans les bouteilles. Nous l’avons fait mais ça n’a pas été une réussite. Cependant, je tenais à cœur ce projet. Nous avons fait une doléance auprès d’IRSAT afin de nous aider à obtenir un projet de mise en bouteilles du dolo. Mais nous n’avons pas obtenu cette aide. J’ai commencé à faire un essai avec les bidons d’eau Laafi pendant quatre ans. Par la suite, je me suis rendu compte que les bidons ne tenaient pas. Je les ai donc abandonnés au profit des bouteilles. J’ai gardé des bouteilles de dolo fermenté et non fermenté pendant deux mois, et quand je les ai ouvertes, le dolo était toujours intact. J’ai apporté un échantillon au Laboratoire national de santé publique et à l’IRSAT pour des analyses. Ces derniers m’ont confirmé la bonne qualité du dolo.
De ce fait, en 2016, j’ai pris mon courage et monter mon projet que j’ai déposé auprès du Fonds burkinabè de développement économique et social (FBDES) pour la mise en place d’une unité de dolo. Le FBDES a agréé ma demande et m’a accordé un soutien financier. Mais j’ai eu des problèmes, car là où je voulais réaliser mon usine, l’espace ne m’appartenait pas. J’ai donc pris l’argent pour investir ailleurs mais ce fut un échec. J’ai adressé une lettre aux responsables du FBDES pour faire part de ma mésaventure et renoncer au reste du prêt.
Mais j’ai continué à me débrouiller avec mon restaurent et le dolo pour rembourser mon crédit. Par la suite, j’ai participé à une rue marchande organisée par l’association des agro-alimentaires avec Mme Zoundi Simone, qui avait lancé un concours. J’ai remporté le premier prix de ce concours. Ensuite, quand le Président Roch Marc Christian Kaboré avait pris le pouvoir, il avait fait appel à notre présidente de choisir 10 meilleures entreprises en vue d’un accompagnement. J’ai encore eu la chance d’en faire partie. Cela m’a valu un prêt de 50 millions. En 2019, le FBDES m’a encore fait confiance en m’accordant un nouveau prêt de 50 millions. C’est l’ensemble de ces prêts qui m’a permis de construire une Unité de production. La construction de cette Unité a été faite avec le concours d’IRSAT et du Laboratoire national de santé publique qui m’ont aidée avec le plan. Elle (l’Unité) est composée d’une salle d’échanges, d’un magasin de stockage des matières premières, d’une salle de production, d’une salle de stérilisation des bouteilles, d’une salle de mise en bouteilles du dolo alcoolisé, d’une salle de mise en bouteilles du dolo non alcoolisé et enfin, d’un magasin de stockage du produit fini. Cela m’a permis de produire une petite quantité qui a été approuvée par le Laboratoire de santé. Les consommateurs ont aussi apprécié positivement. C’est du bio naturel. Il (le dolo) peut se faire avec du sorgho rouge, du maïs, du cajou et aujourd’hui, avec le Mung Beang promu par le Laarlé Naaba. Sa préparation dure trois jours. Le dolo à base du sorgho rouge contient 4% de taux d’alcool et celui du Mung Beang fait 9,13%.
La conservation peut atteindre trois mois. Cependant, je lance un cri du cœur aux chercheurs, s’ils peuvent m’aider à travers leurs recherches pour pouvoir conserver le dolo pendant un an, voire deux ans. Car, mon souhait est que le dolo du Burkina soit exporté à l’international de la manière dont nous importons les boissons d’autres pays.

Comment vous procurez-vous la matière ?
J’ai formé 15 femmes dans mon village natal pour fermenter et faire germer le sorgho sur un espace que j’y ai obtenu. Ce sont elles qui m’approvisionnent.

Quelle est la capacité de production mensuelle ?
Nous produisons environ 3000 bouteilles/jour de dolo. Mais je suis toujours en phase publicitaire et j’espère aller au-delà de ce nombre. Ces bouteilles sont emballées dans des cartons de 24 places. Chaque carton est vendu en prix d’en gros à 7200 FCFA, à raison de 300FCFA la bouteille. Chez les détaillants, l’unité peut être vendue à 350 ou 400 FCFA. Je bénéficie d’un suivi et accompagnement de la part du FBDES et cela me permet de m’en sortir. Je rembourse petit à petit mon crédit à leur niveau avec un versement de 1.000.000/mois. Mon chiffre d’affaires annuel peut s’évaluer de 10 à 15.000.000 FCFA.

Où pouvons-nous trouver votre dolo ?
Le dolo est disponible à l’Entreprise Bouda Blandine au secteur 25 de Ouagadougou, quartier Paglayiri, en face de l’espace Morène et dans certaines buvettes de la ville, sous le nom Germilo.
La préparation du dolo est une activité qui peut aider à réduire le chômage et lutter contre la pauvreté au Burkina, car elle permet d’employer quelques personnes. J’employais une douzaine de personnes lorsque le travail était toujours pénible, c’est-à-dire, l’ère du foyer unique. Mais actuellement j’ai réduit le nombre à 6, parce que le foyer à gaz m’a facilité les tâches. C’est un travail qui aide les femmes à s’occuper de leurs enfants et à contribuer aux dépenses familiales. Il n’y a pas de sous-métier, car le fait de pouvoir employer 2 à 3 personnes est déjà un exploit.
Mon souhait est que d’autres dolotières emboîtent mes pas pour mettre en bouteilles leur dolo afin qu’on puisse parvenir à vendre comme les boissons industrielles et exporter sur le marché international. C’est en cela que nous pourrions contribuer davantage à lutter contre la pauvreté et apporter notre brique au développement économique du Burkina Faso.
Interview réalisée par Flora SANOU (Collaboratrice)

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Numéro d'édition: 429

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