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CEDEAO: pourquoi le Burkina Faso doit éviter les sanctions

Le Lieutenant-Colonel Paul Henri Sandaogo Damiba, dans sa première adresse à la Nation le 27 janvier 2022, a souligné que le pays avait « plus que jamais besoin de ses partenaires ».

Depuis l’avènement du Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration (MPSR) à la tête du Burkina Faso le 24 janvier 2022, les Burkinabè avaient une seule prière : « que ce coup de force contre le pouvoir démocratique ne tombe pas sous le coup des sanctions économiques de la CEDEAO. Et pour cause, cette instance ne tolère pas l’intrusion des hommes en treillis à la tête des Etats dits démocratiques.

Eviter le syndrome malien
« Chat échaudé a peur de l’eau froide » Cette crainte des Burkinabè repose sur l’expérience en cours du Mali qui continue de subir les conséquences liées aux sanctions économiques et financières imposées par la CEDEAO, dues aux tergiversations sur la durée de la Transition. De ces sanctions jugées « lourdes » par le pouvoir malien, il y a la fermeture des frontières entre le Mali et les pays membres de la CEDEAO, le gel des actifs maliens au sein de la BCEAO, la suspension des transactions, sauf pour les produits de première nécessité et pharmaceutiques, la coupure des aides financières. Il n’y a pas de doute que ces mesures vont étouffer économiquement le pays et surtout le bas peuple.

Si les salaires ne « coulaient » plus ?
Comparaison n’est pas raison, le Burkina Faso qui est à 1.000 km des côtes maritimes et qui se relève d’une crise sanitaire et sécuritaire sans précédent, pourra-t-il faire face à des sanctions similaires ? Comment s’en sortir sans avoir accès aux produits de grande consommation qui sont majoritairement importés ? Comment le nouveau pouvoir pourra-t-il faire face à un non-paiement des salaires dans un pays où cette source financière fait vivre de millions de personnes ? Les Burkinabè pourront-ils tenir des mois sans approvisionnement et sans coopérations financières, etc.? De l’avis de nombreux spécialistes des questions économiques, le pays des Hommes intègres ne pourra pas tenir longtemps.

La situation sécuritaire n’est pas reluisante
Ils appuient leurs argumentaires sur une situation sécuritaire et sanitaire sans précédent à laquelle le pays fait face depuis 2015. Le corollaire de ces deux facteurs laisse sans voix. Car, selon le Conseil national de secours d’urgence et de réhabilitation (CONASUR), à la date du 31 décembre 2021, le Burkina Faso comptait 1.579.976 personnes déplacées avec plus de 3.405 établissements scolaires fermés au 31 janvier 2022. Plus de 2.500 morts, dont près de 500 forces de défense et de sécurité. Pire, les Burkinabè font face à un renchérissement des prix des produits de grande consommation et à une pluviométrie capricieuse qui fait planer une disette. Avec un tel fardeau sur le dos du peuple burkinabè, des sanctions économiques vont faire l’affaire de personnes.

Que deviendra le PNDES II ?
Autre coup dur probable, le péril sur la mobilisation de 19.030,70 milliards FCFA pour développer le Burkina Faso sur la période 2020-2025 dans le cadre du PNDES II. Ce référentiel est mis sous le boisseau, en attendant plus de visibilité dans le champ politique. Pour son financement, l’Etat burkinabè comptait sur les investisseurs pour mobiliser 5.382 milliards FCFA, soit 37% du volume total. Or, les investisseurs n’aiment pas les bruits de canons. Pour ne rien arranger, le Burkina Faso perd de la crédibilité au niveau de la qualité du crédit avec ses partenaires internationaux, avec le rabaissement de sa notation financière. En effet, au lendemain de cet arrêt brusque de la démocratie, l’agence de notation Standard and Poor’s a mis le pays au bord du défaut de paiement de ses créances à l’international. Tous ces constats ne plaident pas à la faveur du pays de Thomas Sankara.

La CEDEAO n’a pas dit son dernier mot
C’est prenant la pleine mesure de ne pas isoler le Burkina Faso que les nouvelles autorités ont opté pour un apaisement avec la CEDEAO. Pour preuve, le Lieutenant-Colonel Paul Henri Sandaogo Damiba, dans sa première adresse à la Nation le 27 janvier 2022, a souligné que le pays avait « plus que jamais besoin de ses partenaires ». Un message qui a eu pour mérite de rassurer la mission militaire et ministérielle de la CEDEAO. Cette ouverture du pouvoir en place et le rétablissement de la Constitution qui avait été suspendue ont sans doute plaidé auprès des chefs d’Etat de la CEDEAO de ne pas brusquer Ouagadougou. . Mais pour autant, la CEDEAO n’a pas dit son dernier mot. Elle demande au président du Faso actuel, quelques assurances pour ne pas tomber dans le piège malien. Il s’agit, entre autres : d’un chronogramme rapide pour un retour à l’ordre constitutionnel, de la libération immédiate du président déchu, Roch Marc Christian Kaboré, et surtout de la proposition de la durée de la Transition. Sur la dernière préoccupation, les nouvelles autorités ont accéléré les choses en installant, le 8 février 2022, les 15 membres de la Commission technique d’élaboration du projet de textes et de l’agenda de la Transition. Ceux-ci ont 14 jours pour proposer un contenu, les modalités de mise en œuvre et la durée de la Transition.
Ambèternifa Crépin SOMDA

 

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