Perspectives économiques 2022: une révision des ambitions en perspective

• Eviter que la mobilisation des recettes internes prenne un coup

• Lutte contre le terrorisme, gestion des PDI, vie chère, crise alimentaire, que faire ?

• Eviter surtout les sanctions économiques

Le 24 janvier 2022, un groupe de militaires annonce à la Télévision nationale du Burkina (TNB) le coup d’Etat après un weekend de marches de protestation et de mutinerie dans plusieurs casernes. Ils annoncent en même temps la suspension de la Constitution, la fermeture des frontières terrestres et aériennes, la dissolution du gouvernement et de l’Assemblée nationale et l’instauration d’un couvre-feu. Des mesures classiques à chaque coup d’Etat.
Au plan interne, l’action des militaires divise les acteurs de la société civile et les partis politiques. Si certains saluent l’action des militaires, d’autres s’y opposent. Une troisième vague attend l’orientation que les nouvelles autorités comptent donner à leur action avant de prendre position.
Au plan international, les condamnations fusent de partout. L’ONU, l’Union africaine, la CEDEAO, le G5 Sahel, l’Union européenne et des pays comme la France, les Etats-Unis rejettent ce coup. Il est évident que des sanctions font tomber et les militaires qui sont à l’origine du coup en sont conscients.
Le Burkina Faso sera suspendu des instances de l’Union africaine conformément aux dispositions de l’Acte constitutif de l’Union africaine, ainsi que celles de la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance, sur le rejet absolu par l’Union africaine des changements anticonstitutionnels de gouvernement.
La CEDEAO va s’appuyer sur le Protocole sur la démocratie et la bonne gouvernance qui prévoit des sanctions pour suspendre le Burkina Faso de l’instance. Ces deux institutions ne tarderont pas à sanctionner en premier lieu les responsables du coup d’Etat, dont l’interdiction de voyager, le gel des avoirs dans tous les États membres, etc. C’était déjà le cas en septembre 2015, suite au coup d’Etat du Général Gilbert Dienderé. D’autres sanctions pourront suivre en fonction de l’évolution de la situation. Ces sanctions pourront toucher le pays tout entier comme la réduction, voire la suspension de la coopération ou de l’aide publique bilatérales et multilatérales par des pays partenaires. Les nouvelles autorités doivent faire preuve de tact afin d’éviter ce scénario.
Sur le plan économique, le Burkina Faso ressentira les effets de ce coup d’Etat. Dans les prévisions budgétaires, en 2022, les recettes à mobiliser ont été arrêtées à 2.349,11 milliards FCFA, dont 15% proviendrait des partenaires étrangers. A cela s’ajoutent les décaissements de prêts et dons dans le cadre de l’aide publique au développement. Des décaissements qui serviront en majorité aux investissements. Il est évident que dès la mise en place des organes devant conduire une Transition, les nouvelles autorités vont élaborer leur programme et budget qui sera différent de celui du régime déchu.
Elles vont devoir tenir compte également de certains paramètres. La survenue du coup d’Etat n’est pas sans conséquence sur les investisseurs étrangers qui font déjà preuve d’une certaine prudence avant d’injecter de l’argent au Burkina Faso.
Il est de tradition qu’au premier trimestre de l’année, le Burkina Faso mise sur la levée des fonds dans l’espace sous-régional pour financer les activités en attendant l’entrée des recettes fiscales internes. Cette activité pourra être compromise si des sanctions économiques sont imposées.
Pourtant, le pays a besoin d’argent pour faire face à de nombreux défis dont la principale est la lutte contre le terrorisme. Dans leur déclaration, les militaires ont justifié le coup d’Etat pour une seule raison, à savoir l’échec dans la lutte contre le terrorisme. Cette lutte nécessite des moyens humains et matériels. Dans le budget 2022 adopté par l’Assemblée nationale déchue, le budget de la défense et de la sécurité a connu une hausse de 20% pour se situer à 483,66 milliards FCFA.
La deuxième grande priorité est la gestion des personnes déplacées internes (PDI). Au 31 décembre 2021, on a dénombré 1,579 millions de PDI sur 273 Communes du Burkina Faso, en hausse de 5,21% par rapport à fin novembre 2021. Le gouvernement burkinabè, à travers le Conseil national de secours d’urgence et de réhabilitation (CONASUR), intervient dans la gestion de cette situation avec des insuffisances. Plusieurs PDI restent frappées par la famine. Des écoles et des centres de santé sont fermées de l’éducation et des soins.
Plusieurs partenaires suppléent aux insuffisances de l’Etat pour assurer l’enregistrement et l’assistance de ces personnes déplacées dans les régions affectées. Une reprise des territoires occupés par les terroristes permettrait à ces PDI de retrouver leur habitation. Mais il faudrait encore une assistance afin de remettre à niveau leur concession et combler les besoins alimentaires en attendant les prochaines récoltes. La mauvaise pluviométrie augure un grand besoin d’assistance alimentaire à de nombreux ménages. Il y a donc une urgence de trouver des solutions à cette grave crise qui s’annonce.
Le déficit en eau va limiter la capacité des barrages à produire l’hydroélectricité. Si les pays voisins comme le Ghana et la Côte d’Ivoire rencontrent les mêmes difficultés, le Burkina Faso va connaitre une crise énergétique qu’il faille travailler à résoudre.
Sur le plan de la cherté de la vie, la crise sanitaire de la Covid-19 a entrainé une hausse des prix des denrées. Une dure réalité à laquelle les nouvelles autorités devront faire face.
Elie KABORE

 

Encadré

Fin du PNDES 2

Une grande incertitude plane sur la tenue de la conférence sur le financement du Plan national de développement économique et social 2021-2025 (PNDES-II). Une conférence qui devrait se tenir en mars 2022. Le PNDES est l’émanation de programmes politiques de Roch Marc Christian Kaboré. Le Président Kaboré est donc parti avec son PNDES.

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Numéro d'édition: 424

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