Denis Tegna : Contre l’insécurité, « le Burkina joue une carte importante mais pas la dernière à mon avis » Photo Yvan Sama

Les militaires face aux défis terroristes: ce sera « vaincre ou périr »

Une des principales causes du coup d’Etat du 23 janvier est liée à l’incapacité des gouvernements successifs à juguler la crise sécuritaire imposée par les terroristes. Les militaires ayant pris les choses en main désormais, faut-il s’attendre à un changement de paradigme dans la lutte contre le terrorisme ? Denis Tiegna, homme politique, Secrétaire général du CDP, partage sa lecture de la situation avec les lecteurs de L’Economiste du Faso.

Denis Tegna : Contre l’insécurité, « le Burkina joue une carte importante mais pas la dernière à mon avis » Photo Yvan Sama

L’Economiste du Faso : Le pouvoir de Roch Kaboré est-il tombé parce qu’incapable de donner une réponse adaptée à la crise sécuritaire ?
Denis Tiegna, homme politique, Secrétaire général du CDP : Le pouvoir de Roch Marc Christian Kaboré est tombé pour plusieurs raisons, dont les deux principales sont l’absence de réponse probante à la question sécuritaire et la mal gouvernance ambiante.

On a observé une augmentation des ressources allouées à la sécurité et à la défense, ce n’était-il pas suffisant ?
La première réponse à une guerre c’est d’abord l’engagement, la volonté de vaincre et la détermination. C’est après cela qu’une stratégie adaptée à la menace est adoptée et les moyens adéquats dégagés pour atteindre l’objectif qui est de vaincre l’ennemi. Donc résumer le tout à une question de moyens est une perception qui occulte les autres aspects de la réponse globale à apporter. Ceci dit, les moyens sont nécessaires, voire indispensables- encore faut-il déjà les utiliser judicieusement- mais ce n’est pas que cela l’essentiel. Les talibans en Afghanistan sont une parfaite illustration.

– L’armée elle-même n’est-elle pas une partie du problème (en termes de Lightning spirit, organisation) ?
Comme énoncé plus haut, les ressources humaines sont au cœur de l’action. Donc forcément et en première analyse, on peut légitimement impliquer les ressources humaines dans l’absence de résultats. Mais cela suppose dans notre cas que les militaires ont été motivés et galvanisés pour les victoires et qu’en aval, la stratégie mise en place est en phase avec les défis présents et assortie de moyens adéquats mais qu’il n’y a pas de résultat.
En parlant de motivation ici, nous lui donnons un sens large incluant le coaching, la rémunération, les récompenses, et tout autre privilège contextuel. La stratégie, elle, relève du politique et de la haute hiérarchie militaire qui, en fonction de leur perception de la nature et de la forme de l’agression, impriment la marche à suivre pour la victoire. Malheureusement, après plus de six ans d’attaques, nous n’avons ni identité, encore moins un début des motivations de l’agresseur.

L’armée : « Elle n’aura plus l’excuse de la distorsion dans toute la chaîne allant du politique à la troupe, en passant par le commandement »

Maintenant que l’armée est aux commandes, qu’est-ce qui peut changer sur le terrain de la lutte contre les terroristes ? Vaincre le terroriste peut-il être sa principale priorité ?
Il reste évident que la mission des militaires qui ont pris le pouvoir s’apparente bien pour eux à « vaincre ou périr » en parlant de la menace à laquelle notre pays fait face depuis un temps déjà. Dans ce contexte, toute l’énergie et la détermination doivent être orientées vers des actions concrètes avec des résultats probants qui rassurent tous les concitoyens et même nos compatriotes vivant à l’extérieur. Ce qui peut changer par rapport à la situation précédente, c’est que l’armée qui sera à l’avant-garde du combat dispose de l’ensemble des leviers pour apporter les réponses appropriées à la question. Elle n’aura plus l’excuse de la distorsion dans toute la chaîne allant du politique à la troupe, en passant par le commandement.

Peut-on dire que le Burkina Faso joue sa dernière carte en matière de riposte au terrorisme ?
Le Burkina joue une carte importante mais pas la dernière à mon avis. Car, nous osons espérer qu’en cas d’échec de ces soldats qui viennent de prendre leurs responsabilités, il y ait des hommes et des femmes pour poursuivre le combat pour que survive la nation burkinabè.

Etrangement, pendant les évènements, c’était le calme plat sur le front terroriste, comment expliquez-vous cela ?
C’est vous qui le dites. Je ne sais pas si c’est parce qu’il n’y a pas d’informations que rien ne se passe. L’absence du thermomètre ne saurait être considérée comme la fin de la fièvre. Il serait pertinent d’interroger les zones sous emprise de forces occultes pour savoir si la paix et la sécurité sont revenues avant de conclure. C’est l’occasion pour moi de rappeler aux uns et aux autres que la principale préoccupation c’est le front et il ne faut pas l’oublier.
Propos recueillis par FW

 

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Numéro d'édition: 424

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