Alors qu’il était à la tête du pays pour son second mandat, le président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré, a été renversé le 24 janvier 2022. (DR)

Coup d’Etat au Burkina: où sont passés les démocrates ?

Alors qu’il était à la tête du pays pour son second mandat, le président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré, a été renversé le 24 janvier 2022. (DR)

Le Burkina Faso vient de connaître un coup d’Etat le 24 janvier 2022. A la tête du Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration (MPSR), le Lieutenant-Colonel, Paul Henri Sandaogo Damiba, a mis fin au régime démocratiquement élu de Roch Marc Christian Kaboré sans aucune contestation. Où sont passés les militants qui remplissaient les stades et autres salles pour soutenir tel ou tel candidat ?
L’on pensait que le Burkina Faso avait clos définitivement la parenthèse des coups d’Etat, après la tentative avortée de septembre 2015 où des citoyens se sont levés pour défendre la Transition qui était en cours. Mais c’était sans compter avec les impondérables de la réalité politique. Eh Oui ! Le pays des Hommes intègres vient de connaître une énième prise de pouvoir par la force.
Le Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration (MPSR), avec à sa tête le Lieutenant-Colonel Paul Henri Sandaogo Damiba, a renversé le président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré, le 24 janvier 2022. Un putsch accueilli en liesse par certains citoyens qui ont ouvertement exprimé leur sympathie pour le MPSR. Des partis politiques et des personnalités et non des moindres ont adoubé le putsch et tous rêvent d’une transition rapide pour revenir aux affaires.
Même si la situation sécuritaire dégradée avait plombé bon nombre de Burkinabè dans un désespoir profond, l’on est tout de même surpris que ceux qui avaient bravé les balles de l’ex-Régiment de sécurité présidentielle (RSP) en 2015 pour défendre les acquis démocratiques en viennent à applaudir un putsch.
Le véritable embarras dans tout cela, c’est le fait que personne n’ait pris le courage de défendre la démocratie lorsque les rumeurs du coup d’Etat avaient commencé à circuler. Ni l’ex-parti au pouvoir, ni l’ex-majorité présidentielle, encore moins les partis de l’opposition n’ont osé prendre une position contre le renversement d’un régime démocratiquement élu. Ceux qui défendaient bec et ongles le Président Kaboré sont restés muets comme des carpes quand son pouvoir vacillait. Les militants qui étaient convoyés par vagues dans les stades et autres lieux de grand rassemblement n’ont reçu aucun mot d’ordre pour sortir manifester contre le coup de force.
Ce constat montre clairement que les leaders politiques et leurs supposés partisans qui se réclament démocrates ont littéralement échoué. Par leur attitude, ils ont montré les limites de leur engagement politique. Sinon comment comprendre que des gens qui réclamaient il y a quelques jours, la tenue des élections municipales en dépit de la dégradation de la situation sécuritaire puissent se terrer quand les symboles de la démocratie étaient menacés. Une vraie reddition.
La responsabilité dans l’absence de conviction et d’engagement des militants dans la défense des idéaux démocratiques est imputable aux leaders politiques. Quand l’achat des consciences à coups d’espèces sonnantes et trébuchantes a été érigé depuis des années en stratégie de conquête de l’électorat ou de militants, il va de soi que lorsque vient le moment crucial, l’on n’entende personne.
Au nom du pouvoir de l’argent, certains hommes politiques ont oublié que la formation des militants est le rempart idéal pour consolider un parti politique.
Les coups d’Etat qui surviennent dans un contexte où l’on s’imaginait avoir engrangé des acquis dans le processus démocratique sous nos tropiques sont le symbole même de l’échec de la gouvernance et de l’incurie de l’élite politique. Comme l’a souligné le Pr Ousséni Illy, « ces coups d’Etat sont le signe que la démocratie a du plomb dans l’aile. Au fond, ce qui se passe en Afrique, ce ne sont pas des élections. Le pouvoir est confisqué par une élite oligarchique à travers des moyens financiers souvent mal acquis, qui achète l’électorat. (…) Il y a, en fait, un verrouillage de la démocratie et lorsqu’une crise survient, c’est l’armée qui intervient ». Une triste réalité dans l’animation de la vie politique dans bon nombre de pays africains.
Dans les faits, un parti politique est grand grâce au pouvoir financier de son leader et non pas par la probité que celui-ci incarne. Les militants qui sont le plus souvent mobilisés sur la base de ce que l’on leur propose ne peuvent pas porter les aspirations du parti, encore moins défendre un idéal démocratique quoi qu’il arrive. Ils sont de simples girouettes qui tournent allègrement au gré de la force du vent de liasses de billets de banque qui sont brassées sous leurs yeux.
Depuis l’avènement du processus démocratique en Afrique francophone dans les années 90, la démocratie n’a jamais été aussi en crise que ces dernières années.
Des leaders politiques qui avaient incarné l’espoir des peuples au moment où ils étaient à l’opposition ont plus que déçu. Une fois au pouvoir, ils se sont révélés de piètres dirigeants. D’aucuns ont bradé la loi fondamentale de leur pays pour s’octroyer des troisièmes mandats anticonstitutionnels. Certains ont littéralement foulé aux pieds les promesses pour lesquelles ils ont été élus. On en paie tous le prix en termes de retard de développement.
Jérôme HAYIMI

 

Encadré

Cercle vicieux

Comment peut-on espérer avoir une démocratie qui prenne en compte les aspirations réelles des citoyens quand l’irresponsabilité la dispute à la cupidité et au laxisme ? Ces crises sociopolitiques qui débouchent sur des coups d’Etat interpellent les acteurs politiques.
C’est un impératif pour eux d’interroger leurs consciences sur cette instabilité institutionnelle qui menace la survie des Etats. Le champ politique ne saurait se transformer en une arène où l’on vient assouvir ses ambitions personnelles et piller le bien commun. L’engagement politique suppose que l’on ait un minimum de scrupules pour porter les aspirations de la communauté avec la ferme conviction d’avancer ensemble dans l’intérêt de tous.
Il faut, à tout prix, préserver l’idéal démocratique qui, malgré ses imperfections, garantit l’égalité pour tous les citoyens. Les leaders politiques doivent interroger leur engagement pour servir véritablement la démocratie. A défaut, l’on va tourner en rond dans le cercle vicieux de la fatalité et du surplace.

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Numéro d'édition: 424

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