Mamady Sanoh est le président du Groupement professionnel des industriels (GPI). (DR)

Industrialisation: «Il y a une évolution positive», (Mamady Sanoh , président du GPI)

Mamady Sanoh est le président du Groupement professionnel des industriels (GPI). Son association représente les intérêts de ses membres et se veut un partenaire critique du gouvernement pour le développement de l’activité industrielle. Son regard sur l’action entame depuis quelques années, au niveau du ministère en charge de l’industrie.

Mamady Sanoh est le président du Groupement professionnel des industriels (GPI). (DR)

L’Economiste du Faso : Pensez-vous que les choses bougent dans la bonne direction ?

Mamady Sanoh, président du Groupement professionnel des industriels (GPI): L’évolution positive qu’il y a, c’est que le gouvernement a pris à bras-le-corps la problématique de l’industrie. Cela s’est traduit dans la dénomination du ministère qui devient ministère de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat. (Ndlr : Ce qui n’était pas le cas avant avec le (MCIA)

Maintenant, il faut que ce signal soit accompagné de faits et gestes réels. C’est vrai que le ministre Kaboré fait tout ce qu’il peut pour développer l’industrie au Faso. Il est très engagé et c’est un atout. Mais, nous avons un problème important chez nous. Les commerçants ne savent pas toujours que l’industrie et le commerce sont complémentaires dans un pays. Beaucoup parmi eux pensent qu’il faut faire disparaitre l’industrie pour que leurs affaires prospèrent. 

C’est une attitude non patriotique, parce que l’un ne peut se développer sans l’autre. C’est une cohabitation qui est nécessaire et vitale pour l’avenir même du pays.

Malheureusement, il y a le phénomène de PASS qui se développe dans notre pays et qui est préjudiciable et aux industries et aux distributeurs que sont les commerçants honnêtes

Qu’est-ce que c’est ?

C’est une fraude organisée où des individus installés au Burkina Faso, qui n’ont pas d’activités connues, qui circulent dans des voitures rutilantes et peuvent venir délivrer un, deux ou trois conteneurs à 3h du matin à un importateur sans payer aucun droit de douane. C’est une vraie menace pour l’industrie, pour l’économie et pour le pays. Il se développe chez nous, mais également au Mali. Il est extrêmement dangereux pour nos activités, parce qu’il va tuer un pan de notre économie.

Ce phénomène fragilise et les producteurs et les distributeurs honnêtes, parce qu’il touche tous les secteurs : les tôles, les produits plastiques, l’huile, le sucre, les emballages, etc.

Cette fraude est en train de se professionnaliser. Et notre demande aujourd’hui, c’est que le gouvernement et toutes les structures de contrôles de l’Etat prennent la menace à bras-le-corps. C’est une forme de terrorisme, parce que nous les industriels et les distributeurs honnêtes, on n’en dort plus.

On a vu que des efforts sont faits dans la lutte, avec beaucoup de saisies, n’est-ce pas suffisant ?

Il y a des efforts, certes. Mais en matière de fraude, il y a la fraude résiduelle, qui représente 10% et qui concerne les frontaliers, les petits fraudeurs. Mais il y a cette fraude qui s’institutionnalise (PASS), qui est de plus en plus importante et qui fait plus de dégâts. L’autre phénomène auquel nous faisons face est celui des magasins hors taxes, hors douanes installés en territoire togolais, à la frontière et qui favorisent la fraude. Ils appartiennent à des notables togolais et on y trouve du tout. Ils ne sont pas cachés. Les fraudeurs y vont acheter des motos, du sucre, des pneus et de l’huile, etc. Des camions entiers sont impliqués dans ce trafic.

C’est une plaie et c’est déloyal vis-à-vis du Burkina. Nous avons écrit à l’Uemoa mais nous n’avons pas encore eu de retour.

Le gouvernement a annoncé des mesures en faveur de l’industrialisation du pays, qu’est-ce qu’on peut retenir de ce qui a été déjà fait ?

La volonté politique est indéniable. On a eu plusieurs rencontres pour approfondir l’industrialisation de notre pays, notamment, par la transformation et la valorisation de nos matières premières locales.

Dans cette relance industrielle, on pense souvent à Bobo-Dioulasso. Passera-t-elle forcément par cette ville qui était le poumon du pays ?

Moi, je suis Bobolais et j’en serais le premier ravi. Les industries de Bobo ( Sap, Citec,  Sosuco,  etc.) souffrent aujourd’hui de l’inorganisation de notre marché. D’autres ont fermé. Le gouvernement prévoit de développer des zones industrielles dans les régions, c’est une très bonne chose.

Avec des zones industrielles bientôt viabilisées, il faut des investisseurs…

De ce côté-là, notre Code des investissements est très bon, il permet aux investisseurs de s’installer facilement. Le défi, c’est de penser à la matière première pour ceux qui s’installent nouvellement, par exemple. Tout le monde s’est engouffré dans les petites unités huileries. Conséquences, il y a une pression sur la matière première (graine de coton) et certaines unités ne travaillent que quelques mois dans l’année.  Ça n’a pas d’avenir ainsi.

Transformer la matière première locale, oui, mais nous devons travailler en amont sur la disponibilité avant d’aller très loin.

Vous avez dit que la volonté politique était réelle, quelles sont vos attentes. ?

Le Code des investissements est un très bon Code. Mais quand des investisseurs courageux viennent s’installer chez nous, il faut leur garantir au moins l’équité. L’équité, c’est la lutte contre la fraude, la concurrence déloyale.

Si ces deux facteurs sont garantis en plus du Code des investissements et avec les bonnes nouvelles qui nous parviennent de l’énergie, on peut croire au développement industriel de notre pays.o

Entretien réalisé par FW

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Numéro d'édition: 402

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