Barro Diandjinaba: le regard d’un ancien

C’est un des hommes d’affaires les plus connus du pays. Barro Djandjinaba fait aujourd’hui office d’anciens. Fondateur du Groupe SOBA, L’Economiste du Faso l’a rencontré dans la nouvelle unité de production d’eau en sachets et en bouteille, Kolomba, dans la zone industrielle de Bobo. Le vieux porte un regard critique sur le secteur économique et industriel du pays et invite les autorités à maintenir le cap

L’Economiste du Faso : Les autorités burkinabè mettent l’accent sur le secteur industriel pour le développement économique du pays. Pour cela, elles ont pris un certain nombre de mesures. Comment les trouvez-vous ?

Barro Diandjinaba : Le gouvernement veut que nous intensifiions la production. Mais comment allons-nous écouler nos productions ? La fermeture des frontières avec la Covid-19 rend difficile l’écoulement de la production. La population ne peut pas consommer toute la production. Le pays ne dispose pas aussi de matière première en quantité suffisante. Par exemple, dans le secteur de l’huilerie, il n’y a pas assez de graines de coton au Burkina. Nous sommes obligés d’importer. Les industries burkinabè importent de la graine de coton avec beaucoup de pays comme la Côte d’Ivoire, le Togo, le Bénin et le Mali. Il y a des pays comme le Bénin et le Togo qui ne nous fournissent plus. Ils travaillent avec d’autres pays comme l’Inde et l’Italie. Dans cette situation, les usines arrêtent de fonctionner au bout de 6 mois de production seulement, faute de matière première. Les autorités ont pris des mesures pour que le Burkina soit capable de décortiquer la noix de cajou. Le problème dans ce secteur est le manque de matériel. La noix de cajou à une durée de vie avant transformation de 3 mois. Les capacités actuelles du pays ne permettent pas de traiter la noix de cajou avant ce délai. Le pays sera obligé d’exporter. C’est le cas aussi de la filière mangue. Donc, il faut développer les capacités de stockage et de transformation.

Bobo est la deuxième capitale, c’est la ville industrielle du Burkina. Vous, en tant qu’acteur industriel, cela tient-il toujours ?

Il y a beaucoup de projets à Bobo. Si le gouvernement valorise ces projets, il sera  à nouveau la capitale économique du pays. Le projet du port sec de Bobo vient de moi. C’est un vieux projet. Nous l’avions commencé avec la province du Rouen (France) qui avait un partenariat avec la Chambre de commerce. Ce partenariat a duré 3 ans et malheureusement, ça n’a pas été une réussite.  Après, la BOAD a accepté de nous soutenir. Il fallait trouver une banque locale pour le financement du projet. Toutes les banques avaient refusé, sauf Coris Bank.

Vous êtes un homme d’affaires. Quels sont les accompagnements que vous attendez de l’Etat pour développer vos activités ?

J’aimerais que le gouvernement revoie les tarifs douaniers pour les importations de pièces, des machines. Cela pourrait impacter positivement sur le prix de revient des produits et l’augmentation de la capacité des industries du pays. Cette augmentation de capacité aura comme avantage la réduction du chômage par le recrutement de plus de personnel. L’Etat seul ne peut pas offrir d’emploi à tout le monde. Le secteur privé peut participer à la réduction du taux de chômage. Bobo, c’est un carrefour. J’exhorte l’Etat à se pencher sur le développement du réseau routier de cette ville. Le développement passe nécessairement par le développement de la route. Il faut qu’il trouve des solutions à ces problèmes pour faciliter l’activité des transporteurs et des industriels.

Interview réalisé par JB

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Numéro d'édition: 402

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